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Issei Sagawa quitte la préfecture de police de Paris le 17 juin 1981
Crédit : DOMINIQUE FAGET / AFP
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Samedi 13 juin 1981, peu avant 19 heures, un couple d'amoureux qui se prélasse dans l'herbe, tout près du lac du Bois de Boulogne, observe, amusé et intrigué, le manège d'un petit homme en costume noir et chemise blanche. L'individu pousse tant bien que mal un chariot de courses sur lequel il a empilé deux valises. Il semble hésitant. Le chariot se renverse, les valises tombent, l'une d'elles, en carton bouilli se déchire. L'homme jette alors les bagages dans les buissons. La valise a laissé une traînée de sang. La police est alertée.
Les légistes confirment que ces valises contiennent les restes du corps d'une femme. La victime aurait entre 25 et 30 ans, la peau très claire et mesurerait autour d’un mètre soixante-cinq. À l’Institut Médico-Légal, les docteurs assemblent des os des jambes et de la colonne vertébrale. Des lambeaux de cuisses. Un visage auquel il manque les lèvres et le nez. Un sein est également absent du buste. La victime a été tuée d'une balle de 22 long rifle tirée à bout portant dans la nuque. Elle a été violée après sa mort. Puis découpée avec une scie et un couteau électrique.
Deux jours plus tard, un appel à témoins, publié dans le journal Le Parisien, est diffusé. Un témoignage, celui d'un chauffeur de taxi propriétaire d'une Peugeot 504 rouge, retient l'attention. Le chauffeur se souvient parfaitement du petit homme aux valises. Il a chargé ce client dans le 16ème arrondissement, devant le numéro 10 de la rue Erlanger. Les enquêteurs se rendent sur place. Une habitante confirme avoir vu l'homme recherché. La concierge dévoile son identité. Il s'agit d'Issei Sagawa. Les policiers l'abordent à la sortie d'un taxi. Le Japonais ne semble pas surpris.
Le studio de la rue Erlanger est perquisitionné. Issei Sagawa, petit bonhomme chétif, reste dans son coin. Il a tué et découpé ici l’étudiante hollandaise Renée Hartevelt. Il l'a rencontrée à la fac de Censier Paris III. Les officiers remarquent une tâche de sang sur la moquette et une carabine 22 long rifle posée contre un mur. "À la fin de la perquisition, en ouvrant les derniers placards de cuisine, un placard a révélé un frigo encastré qui était plein de sacs en plastique contenant de la chair", indique le commissaire Jacques Poinas dans L'Heure du Crime, sur RTL.
À propos de Renée Hartevelt, le Japonais raconte qu'il la connaissait depuis un mois. Ils se voyaient chez elle, rue Bonaparte, ou chez lui. Sagawa avoue qu'il était amoureux d'elle. Jeudi soir, elle est venue rue Erlanger. Il a tenté une approche. Elle l'a repoussé. Il lui a demandé de lire une page de poésie. Le reste est enregistré sur un dictaphone. On y entend la voix de l'étudiante, une détonation de fusil puis un corps qui tombe.
En garde à vue, Issei Sagawa affirme : "Je pense que si Renée avait accepté de faire l'amour avec moi, je ne l'aurais pas mangée". Il a pris des photos de toutes les étapes de son banquet anthropophage. "Il a dit qu'avec du sel, du poivre et de la moutarde, cela aurait été bien meilleur", raconte Olivier Foll, ancien chef adjoint de la brigade criminelle du 36 quai des Orfèvres. Quelques mois plus tôt, en banlieue de Tokyo, il s'en est pris à une étudiante allemande. Son père a dédommagé la victime et Sagawa a été envoyé loin du Japon.
Mercredi 10 mars 1982, le juge d'instruction Jean-Louis Bruguière, le commissaire divisionnaire Olivier Foll et l'inspecteur Roger Robillard sont au Japon. Il s'agit pour eux de retracer le parcours, notamment médical, du suspect. Selon son dossier, Issei Sagawa a été déclaré mort-né après avoir été privé d'oxygène pendant une vingtaine de minutes après l’accouchement. L'incident n'a pas laissé de séquelles mais explique le physique chétif de Sagawa. Le père de famille reconnaît brièvement un séjour en asile psychiatrique.
Un an plus tard, le juge Bruguière rend une ordonnance de non-lieu. Issei Sagawa est déclaré irresponsable. Le père de la victime, Joan-Gysbert Hartevelt fait appel. Persuadé que le Japonais cannibale était maître de lui-même quand il a tué, dépecé, et mangé sa fille. Le non-lieu est validé. Sagawa est interné en psychiatrie.
Mardi 22 mai 1984, Issei Sagawa est de retour à Tokyo. L'avocat de la famille de la victime a obtenu qu'il soit interné dans un hôpital psychiatrique du pays. Au bout de quinze mois, il quitte l'établissement. Le cannibale devient rapidement une personnalité courtisée par les télévisions et la presse à scandale. Il écrit cinq livres. Son business va tourner à plein régime pendant plusieurs années. En 2006, il exprime des remords par rapport à son crime dans les colonnes du Monde. Puis, le cannibale se fait plus discret. La nouvelle de sa mort est publiée dans les médias le 24 novembre 2022.
- Jacques Poinas, commissaire à la brigade criminelle du 36 quai des Orfèvres.
Auteur du livre : Le temps des aveux - Le réfrigérateur du japonais cannibale et autres récits de la brigade criminelle, aux éditions Mareuil.
- Olivier Foll, ancien chef adjoint de la brigade criminelle du 36 quai des Orfèvres.
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