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Affaire Laurent Tarlevé : sa compagne l'a-t-elle empoisonné pour la Saint-Valentin ?

PODCAST - "L'Heure du Crime" revient sur l'affaire Laurent Tarlevé. En février 2017, cet homme fragile est retrouvé mort chez lui, près de Laval. Une surdose médicamenteuse. L'attitude de la compagne attire l'attention. Discrètement placée sous surveillance, elle cache bien des secrets.

Une photo montre une balance symbolisant la justice.

Crédit : Philippe HUGUEN / AFP

L'INTÉGRALE - Laurent Tarlevé : Saint-Valentin au Lexomil

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L'ENQUÊTE - Laurent Tarlevé : suicide ou assassinat ?

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L'INTÉGRALE - Laurent Tarlevé : Saint-Valentin au Lexomil

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Jean-Alphonse Richard - édité par Thomas Bernardon

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Lundi 13 février 2017, 20h31, une femme compose le 18 pour signaler une personne qui vient de perdre connaissance. Il s’agit de son compagnon. Il a fait un malaise à la maison. Il aurait bu de l’alcool alors qu’il est sous morphine. Vingt minutes plus tard, les pompiers se présentent au numéro 3 de l'impasse de Touraine à Loiron-Ruillé, près de Laval. Ils sont surpris car personne ne leur ouvre la porte. Aucun bruit ne se fait entendre dans la maison. Après dix minutes, on leur ouvre enfin. 


Derrière la porte, Sonia Christy, 48 ans, semble très choquée. Son compagnon, Laurent Tarlevé, 46 ans, git sur le canapé. Les sauveteurs tentent de le réanimer. Mais il est trop tard. Sonia Christy dit être en couple avec Laurent depuis huit mois. Ils avaient prévu de se marier cet été. Ils ont débouché une bouteille de mousseux pour fêter la Saint-Valentin avant l'heure. Ils ont bu une coupe. Laurent s’est ensuite installé devant son ordinateur. Il s'est assoupi. Elle a vu qu’il ne réagissait plus et a essayé de le réveiller. Mais le malheureux a fini par sombrer. 

Mardi 14 février, le corps de Laurent Tarlevé est autopsié. Le légiste ne note aucun traumatisme, coup ou blessure. Un cocktail médicamenteux a provoqué le décès. Le rapport indique une compatibilité avec une potentielle intention suicidaire. Les analyses toxicologiques confirment l'absorption d'au moins quatre médicaments prescrits par le médecin de famille. Le médecin décrit Laurent Tarlevé comme fragile psychologiquement mais pas impulsif. Il ne croit pas qu'il ait pu se suicider. La famille non plus. 

La thèse du crime passionnel

Les enquêteurs s'intéressent au couple Laurent Tarlevé-Sonia Christy. Ils se sont rencontrés sur internet. Lui, jouant volontiers les bons Samaritains, désirait sortir cette femme des griffes d'un conjoint violent. Il l’avait donc installée chez lui. Le jour du décès, il avait donné procuration à Sonia sur ses comptes bancaires. De son plein gré et sans y être forcé, va raconter l’employé de la Poste qui a reçu le couple. L'après-midi, le fils de Laurent les a accompagné pour aller faire des courses. Selon lui, son père était joyeux, il avait acheté du mousseux pour la Saint-Valentin.

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Samedi 25 février 2017, Sonia Christy se met en ménage avec Dominique F., l'un de ses voisins. Il s'était présenté aux gendarmes comme l'ami du couple. C'est bien plus que ça. Il est en réalité l'amant de Sonia. Le matin du décès, elle lui adresse plusieurs SMS passionnés. À 20h14, Sonia Christy écrit : "Lolo est évanoui, je t'appelle". Surprenant car à la même minute, Laurent Tarlevé, qui est alors évanoui, écrit à Sonia ce court message : "Je t'aime". Il adresse aussi dans la foulée six SMS, au contenu incompréhensible, à Dominique. Pour les enquêteurs, Laurent Tarlevé n’est certainement pas l’auteur de ces messages. 

En juin 2018, Sonia Christy et Dominique F. sont placés en garde à vue. L'amant reconnait une liaison longtemps platonique avec Sonia. Mais il n'a rien à voir avec la mort de Laurent Tarlevé. Il s'entendait bien avec lui. Quant à Sonia Christy, elle admet qu'elle a pu manipuler les boîtes de médicaments retrouvées. Mais elle nie avoir versé ou pilé des cachets dans le verre et le bol de Laurent. "La thèse passionnelle je n’y crois pas du tout. Elle n’avait pas besoin de l’empoisonner, elle avait juste besoin de le quitter", estime Me Megan Lepinay, avocat de la famille de Laurent Tarlevé. 

Sonia Christy condamnée à 20 ans de prison

Les investigations excluent définitivement le suicide de Laurent Tarlevé. Les analyses toxicologiques poussées confirment une sombre et progressive intoxication. Dès l'après-midi, Laurent Tarlevé a consommé du Lexomil. L'anxiolytique a été dilué dans le bol de chocolat. Les autres médicaments ont été dissous dans la flûte à champagne. Des traces de Laroxyl, un antidépresseur, Bromazépan, un anxiolytique, Oxycodone, un opioïde, et Tramadol, un antalgique sont dans le verre. La dose est celle d'une intoxication aiguë. 

Jeudi 25 novembre 2021, Sonia Christy est devant la cour d'assises de la Mayenne, à Laval. Elle est catégorique. Elle n'a pas empoisonné son compagnon Laurent Tarlevé. "Quand je suis sorti du palais de justice, l'une des proches de Laurent Tarlevé a dit que Sonia avait fait ça pour abréger les souffrances de son compagnon", précise Me Jean-Guillaume Le Mintier, avocat de Sonia Christy, dans L'Heure du Crime, sur RTL. 

Le lendemain, Sonia Christy est condamnée à vingt ans de prison. Les jurés considèrent qu'elle a bien versé un cocktail médicamenteux mortel dans le bol de chocolat chaud puis dans la coupe de mousseux servie à Laurent Tarlevé. "C’est une histoire très énigmatique. Et qui le reste encore même après le verdict parce qu’on n'a pas la vérité. On a une vérité judiciaire mais qui ne nous apporte pas la vérité de ce huis clos", déclare Me Jean-Guillaume Le Mintier. 

Les invités de "L'Heure du Crime"

- Me Megan Lepinay, avocat au barreau de Nantes. Avocat de la famille de Laurent Tarlevé. 
- Me Jean-Guillaume Le Mintier, avocat au barreau de Rennes. Avocat de Sonia Christy. 

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