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Affaire d'Outreau : comment est-on passé du "tous coupables" au "tous innocents" ?

PODCAST - Dix-sept accusés, quatre condamnés : avec ses revirements et sa couverture médiatique, l'affaire d'Outreau a bouleversé la France. Maître Pantaloni qui représentait trois enfants en appel en 2005 revient sur ce monstre judiciaire.

Myriam Delay Badaoui (D), principale accusée dans l'affaire de pédophilie d'Outreau et son mari Thierry Delay attendent le début de l'audience, le 08 Juin 2004 au palais de justice de Saint-Omer.
Myriam Delay Badaoui (D), principale accusée dans l'affaire de pédophilie d'Outreau et son mari Thierry Delay attendent le début de l'audience, le 08 Juin 2004 au palais de justice de Saint-Omer.
Crédit : PHILIPPE HUGUEN / AFP
12. Affaire d'Outreau : la justice a-t-elle été rendue "sereinement" ?
30:11
Marie Zafimehy

En novembre 2005, Maître Marc Pantaloni représente trois enfants lors du procès en appel de l'affaire d'Outreau à Paris. Quelques mois auparavant, dix personnes ont été condamnées en première instance à Saint-Omer. Six d'entre elles ont fait appel de la décision. Toutes seront acquittées. 

Au total, seules quatre personnes seront reconnues coupables des accusations de viols qui les visent dans le cadre de l'affaire d'Outreau. Pourtant, douze enfants ont bien été reconnus victimes. Comment en est-on arrivé là ? "La justice n'a pas été rendue sereinement dans ce dossier", explique Maître Pantaloni dans Les Voix du Crime.

L'avocat blâme la couverture médiatique. "Lorsque la justice est rendue sous la pression de l'arène du peuple cela devient beaucoup plus compliqué parce qu'à ce moment-là, chacun a un avis sur chaque déclaration dès lors qu'elle est divulguée, transmise, etc.", estime-t-il. Sous les caméras, l'affaire d'Outreau a pris une tournure malsaine. "Chacun se rangeait dans un camp, ce qui est tout à fait anormal. Et c'est d'autant plus anormal qu'en plus on se trouvait confronté à des paroles d'enfant".

La parole des enfants n'a pas été nécessairement bien recueillie au départ

Maître Pantaloni

L'affaire d'Outreau a démarré avec les témoignages d'enfants faisant état de violences sexuelles commises par leurs parents et d'autres adultes auprès de leurs assistantes maternelles. C'est elles qui ont alerté les autorités au début des années 2000. 

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"Je pense que la parole des enfants a été piétinée parce que d'abord, elle n'a pas nécessairement été bien recueillie au départ, même lorsque les policiers recueillent la parole des enfants", explique Maître Pantaloni. "Je dirais que les enfants sont un peu interrogés avec la volonté de vouloir confirmer ce que d'autres ont dit, ce qui fait qu'au total, la parole est recueillie dans le cadre d'une espèce de surenchère."

Plus tard, la parole des enfants est de nouveau recueillie, mais sans questionnement. "Au fond, le juge d'instruction recueille des paroles, mais il est aussi amené à les confronter, estime Maître Pantaloni. Et dès lors qu'il les recueille et les reçoit pour argent comptant, sans jamais les mesurer, sans jamais leur porter la contradiction, et bien à ce moment là, on a un recueil de parole qui devient nécessairement fragile."

Un contexte propice

Cette parole fragile a été d'autant plus mise à mal que Myriam Badaoui, principale accusée a retiré ses témoignages à plusieurs reprises. Dont une lors du procès en appel, où la mère a innocenté tous les accusés. Quelque temps auparavant, deux enfants, représentés par Maître Pantaloni ont retiré leurs accusations. "En ce qui concerne le dernier enfant, il n'était pas revenu sur sa parole", se souvient-il. 

Pourtant, tous les accusés ont été acquittés. Une décision qui peut avoir été influencée par la position du pouvoir politique selon Maître Pantaloni. L'avocat se souvient notamment d'une conférence de presse intempestive tenue par le procureur Yves Bott où celui-ci "fait amende honorable". "Il vient dire qu'il n'y a que des innocents et que l'innocence a été bafouée", raconte-t-il. "Lorsqu'on sait que le parquet est hiérarchisé, il paraît assez évident que la démarche vient de haut."

En 2006, une commission parlementaire est mise en place pour comprendre pourquoi la justice a tant dysfonctionné pendant l'affaire d'Outreau. Maître Pantaloni est amené à témoigner. Depuis, "le recueil de la parole des enfants a partiellement changé", commente-t-il. "Je pense qu'on est plus vigilants."

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>> Les Voix du crime sont avocats ou avocates, enquêteurs ou enquêtrices, proches de victimes, de suspects ou de coupables. Ces témoins-clefs se confient au micro de Diane DouzilléJérôme Florin et Jean-Alphonse Richard. Des témoignages inédits, qui apportent un éclairage nouveau sur la justice et les grandes affaires criminelles d’aujourd’hui.


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