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Affaire d'Outreau : la justice a-t-elle été rendue "sereinement" ?

PODCAST - Vingt ans après le début de l'enquête de l'affaire d'Outreau, l'avocat Maître Pantaloni qui défendait trois enfants au procès en appel revient sur ce monstre judiciaire.

Un croquis représente la présidente de la Cour d'appel de Paris lors du procès en appel d'Outreau.
Un croquis représente la présidente de la Cour d'appel de Paris lors du procès en appel d'Outreau.
Crédit : BENOIT PEYRUCQ / AFP
12. Affaire d'Outreau : la justice a-t-elle été rendue "sereinement" ?
30:11
Jérôme Florin

Nous sommes en novembre 2005. Quelques mois auparavant, la cour d'Assises de Saint-Omer a condamné six personnes accusées d'avoir violé et prostitué leurs enfants à Outreau, dans le Pas-de-Calais. Maître Marc Pantaloni récupère ce qu'il appelle un "beau dossier", aussi "fragile" et "difficile" : il représente trois enfants en appel. Deux accusent l'abbé Wiel. Un autre son père, l'huissier Marécaux.

"C'est un dossier qui a quand même abouti à un certain nombre de condamnations en première instance et il n'y a pas eu d'appel de tous les accusés", explique Maître Pantaloni dans Les Voix du crime.

Dès lors, son travail est de recueillir la parole des enfants pour mieux les représenter. "Lorsque nous les rencontrons, nous les rencontrons dans les locaux du Conseil général, la protection à l'enfance", raconte-t-il. "Ils sont là, pas contre leur volonté, mais sans que leur volonté n'aie véritablement été sollicitée (...) On revient sur ce qu'ils ont dit, sur les déclarations qu'ils ont faites et on les interroge ou on les sollicite quant à leur perception des faits."

Les enfants sont un peu nécessairement impressionnés

Maître Pantaloni

Pendant le premier procès, à Saint-Omer, les enfants "sont passés pour des menteurs" : 11 personnes ont été acquittées après les revirements de Myriam Badaoui et la remise en cause des accusations faites par les enfants. En appel, les trois concernés par la procédure témoignent à huis clos.

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"C'est difficile pour eux, se souvient Maître Pantaloni. Il faut voir ensuite qu'ils sont tous issus de milieux carencés, sauf le fils Marécaux, et que donc, ils sont le résultat de manquements culturels, éducatifs de toutes sortes. En fait, ils sont effectivement un peu nécessairement impressionnés."

Là, commencent leurs dépositions devant la cour. "On va les interroger sur ce qu'ils ont dit, c'est la première observation, explique Maître Pantaloni. La deuxième, c'est qu'il y a différentes manières de s'interroger sur ce qu'on a dit, soit on leur demande de confirmer, soit on les interroge sur le mode interrogatif et donc 'est ce que tu es sûr que...?'" À l'issue de cette étape, les deux enfants qui accusent l'abbé Wiel ne confirment pas leurs premières déclarations.

Je crois que la justice doit être rendue sereinement

Maître Pantaloni

Plus encore, pendant le procès en appel, Myriam Badaoui se rétracte à nouveau et innocente tous les accusés. Elle dit qu'elle a menti. "Chacune de ses déclarations annule la précédente, analyse aujourd'hui Maître Pantaloni. Ce n'est pas une déflagration du tout."  Au final, tous les accusés seront acquittés, même l'huissier Marécaux dont le fils a maintenu ses accusations contre son père.

Comment en est-on arrivé là ? L'attention médiatique, estime Maître Pantaloni. "Je crois que la justice doit être rendue sereinement, insiste-t-il, lorsque elle est rendue sous la pression de l'arène du peuple, ça devient beaucoup plus compliqué parce que à ce moment là, chacun a un avis sur chaque déclaration."

Lors de cette affaire, "chacun se rangeait dans un camp, ce qui est tout à fait anormal", déplore l'avocat. "Et c'est d'autant plus anormal que, en plus de se trouver confronté à des paroles d'enfant, la justice n'a pas été rendue sereinement dans ce dossier."

Depuis 2005, des condamnations en baisse

Aujourd'hui, il regrette la manière dont la parole des enfants a été recueillie. "Je pense que la parole des enfants a été piétinée", répète-t-il. "D'abord, elle n'a été pas nécessairement bien recueillie au départ, même lorsque les policiers recueillent la parole des enfants : les enfants ne sont pas enregistrés. Je dirais que les enfants sont un peu conduits à être interrogés avec la volonté de leur voir confirmer ce que d'autres ont dit, ce qui fait qu'au total, il y a une espèce de parole qui est recueillie dans le cadre d'une espèce de surenchère".

Depuis 2005 et l'affaire d'Outreau, les condamnations pour crimes sexuels n'ont cessé de baisser (40% en dix ans), comme le rapporte Le Monde. La parole des victimes et a fortiori des enfants a été décrédibilisée, la demande de preuves est plus exigeante. Les mouvements #MeToo et ses dérivés comme #MeTooInceste changent-ils la donne ?

Maître Pantaloni salue la libération de la parole des victimes, mais livre sa vision juridique de ces affaires souvent prescrites lorsqu'elles sont rendues publiques. "Tout a vocation à être discuté pour voir la part du vrai et du faux, estime-t-il. Il n'y a pas de parole absolue et donc on ne peut pas sacraliser la parole d'une victime. Elle doit quand même être discutée."

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>> Les Voix du crime sont avocats ou avocates, enquêteurs ou enquêtrices, proches de victimes, de suspects ou de coupables. Ces témoins-clefs se confient au micro de Diane DouzilléJérôme Florin et Jean-Alphonse Richard. Des témoignages inédits, qui apportent un éclairage nouveau sur la justice et les grandes affaires criminelles d’aujourd’hui.


Une fois par mois, l'une de ces Voix du crime nous raconte son point de vue une affaire criminelle. Un podcast RTL. 

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