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Affaire d'Outreau : 20 ans plus tard, Dominique Wiel, l'un des acquittés, a pardonné

DOCUMENT RTL - Celui qui a écopé de la plus lourde peine de prison dit ne pas en vouloir à Myriam Badaoui et parle d'un "accident de la vie".

L'abbé Dominique Wiel
L'abbé Dominique Wiel
Crédit : DAMIEN MEYER / AFP
Affaire d'Outreau : 20 ans plus tard, Dominique Wiel, l'un des acquittés, a pardonné
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Affaire d'Outreau : 20 ans plus tard, Dominique Wiel, l'un des acquittés, a pardonné
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Hortense Crépin - édité par Louis Chahuneau

Un fiasco judiciaire. Il y a vingt ans plusieurs habitants la commune d'Outreau, dans le Pas-de-Calais se trouvent accusés par des enfants de viols, d'agressions sexuelles. Le 22 février 2001, une information judiciaire est ouverte. Les arrestations se multiplient. En 2005, Myriam Badaoui, la principale accusée dans l'affaire, finit par innocenter la quasi-totalité des protagonistes, elle avait menti. Conséquence : 13 personnes vont être acquittées. 

Dominique Wiel, que l'on a rapidement surnommé "le prêtre ouvrier", avait écopé de la plus lourde peine de prison : 7 ans. Il en passera presque trois derrière les barreaux avant d'être acquitté en 2005. Et après le procès, il est resté vivre à Outreau pendant plus de dix ans, avant de déménager à Calais. Il va bientôt fêter ses 84 ans.

"Je suis resté à Outreau pendant douze ans après le procès parce que je ne voulais pas que les gens pensent que je n'étais pas clair et donc pas innocent. Donc j'ai voulu rester. Je m'étais donné au moins dix ans, j'y suis resté douze ans. Rien que pour montrer que je défendais mon honneur en restant à Outreau. Je suis parti parce que j'étais bénévole à Calais et ça m'était plus pratique d'habiter sur place. Je suis donc venu à Calais où je suis bénévole auprès des réfugiés au Secours catholique", raconte-t-il. 

Le jour où il est interpellé, il est "abasourdi". "Je ne pensais pas que l'arrestation était due aux paroles des enfants. C'est quand les gendarmes m'interrogent que je comprends que j'étais accusé par les enfants qui habitaient à côté de chez moi. Et c'est beaucoup plus tard que je vais comprendre les proportions des accusations".

Grève de la faim

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Il sera donc condamné à 7 ans de prison, la plus lourde peine : "Il faudrait demander au procureur pourquoi. Qu'est-ce qu'il s'est passé ? C'est difficile à dire. J'ai passé deux ans et demi en prison comme j'ai passé deux ans et demi au service militaire. Au départ, je suis envoyé à Maubeuge, puis deux ans à l'isolement à Fleury-Mérogis. J'ai ensuite fait la grève de la faim parce que j'en avais ras-le-bol. Je trouvais que la plaisanterie avait assez duré. Je voulais absolument revenir dans le Nord, et que le procès arrive le plus vite possible".

De retour dans le Nord, il retrouve les autres prévenus en prison : "Je vais revenir à Longuenesse, puis je vais voir arriver les autres prévenus, les uns après les autres, puis on finit par occuper un couloir de la prison. On est au complet à Longuenesse. On va être convoqué par le juge, et on s'y voit tous. C'est la seule fois où je vois les autres et où je vais découvrir ceux qui sont prévenus en même temps que moi et que je ne connaissais pas du tout".

Il y a des profils très différents lors de cette convocation : "C'est aussi ça qui a étonné, c'était de décrire très vite des profils très différents et qui n'avaient rien à voir les uns avec les autres. C'est d'ailleurs ce qui va mettre le doute dans l'opinion publique. C'était presque caricatural entre la boulangère, l'handicapé, le curé, l'huissier".

On ne souhaite pas se revoir

Dominique Wiel

Aujourd'hui Dominique Wiel a pardonné à plusieurs personnes : "Je n'en veux pas spécialement à Madame Badaoui parce que j'estime qu'elle n'était pas dans son état normal lors de son arrestation. En fait, c'est une femme qui fabulait. Je ne peux pas lui en vouloir, c'est comme si on me demandait d'en vouloir aux enfants, je ne pouvais pas leur en vouloir, eux ils suivent la mère. Par contre, les assistantes sociales, le juge, et le procureur, là ce sont des gens qui ont manqué à leur déontologie".

L'abbé dit ne plus avoir aucun lien avec les autres protagonistes de l'affaire : "Je n'ai plus de contact avec les autres acquittés. D'ailleurs j'ai toujours été surpris parce que tous les gens à qui je m'adressais après étaient persuadés qu'on avait gardé des liens entre nous très forts. En fait dès le procès de Paris, on est tous partis chacun de notre côté et on ne s'est pas revu. On n'a pas cherché à se revoir car on ne voulait pas échanger entre nous, ni évoquer ces années de prison, de stress, parce qu'on savait que si on se revoyait, on ne parlerait que de ça. Donc on ne voulait plus en entendre parler. Je crois qu'on ne souhaite pas se revoir en fait".

Dominique Wiel dit aussi avoir repris une vie normale depuis son acquittement : "J'ai eu le temps de ne plus penser à ça. Quinze jours après c'était fini. J'y ai pensé là par obligation parce qu'on m'avait invité à parler dans des conférences, donc forcément j'ai évoqué des souvenirs, mais ça ne m'a pas pris la tête. Cela s'est estompé et j'étais occupé ailleurs, par le bénévolat auprès du secours catholique. Cela m'occupait beaucoup plus que l'affaire d'Outreau. J'y ai mis un point d'arrêt et je ne veux pas que ça reste comme quelque chose d'essentiel. C'est un accident de la vie".

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