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Turquie : Polony décrypte la "stratégie de victimisation" d'Erdogan

ÉDITO - Les déclarations outrancières du président turc à l'égard de son homologue français relèvent en réalité d'une stratégie à la fois "interne" et "externe", estime Natacha Polony.

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Turquie : Polony décrypte la "stratégie de victimisation" d'Erdogan Crédit Image : LUDOVIC MARIN / POOL / AFP | Crédit Média : RTL | Date :
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Natacha Polony édité par Valentin Deleforterie

Tandis que la tension monte entre Emmanuel Macron et le président turc Recep Tayyip Erdogan, il convient de rappeler quelques faits. La Turquie, c’est ce sympathique pays dont certains nous expliquaient dans les années 2000 qu’il fallait absolument qu’il devienne membre de l’Union Européenne parce qu’il avait à sa tête un islamiste modéré. 

La civilisation ottomane est une immense civilisation. Mais si nous voulons que l’Union Européenne ait un sens, il faut marteler deux ou trois évidences. La Turquie a une frontière commune avec l’Iran. Elle n’a jamais été en Europe, mais elle en a conquis une partie. Surtout, elle occupe illégalement Chypre depuis 1974, alors qu'il s'agit d'un pays membre de l'Union européenne.


Depuis quelques années, Recep Tayyip Erdogan montre son véritable visage : celui d’un dictateur impérialiste. Cela s'observe notamment en Méditerranée orientale, où il lorgne sur les réserves d’hydrocarbures récemment découvertes. Or, la France a été le seul pays d’Europe à monter au créneau pour défendre la Grèce et Chypre face aux incursions turques dans leurs eaux territoriales. Cela explique que le président turc attaque la France dès qu’il peut.

Erdogan se veut le principal protecteur des musulmans

En l’occurrence, il se paie le luxe d’accuser la France de maltraiter les musulmans.
Cela s’appelle "faire d’une pierre deux coups" : stratégie interne et stratégie externe. En interne, la Turquie subit une crise économique amplifiée par le coronavirus. S’inventer un ennemi, une bête noire, c’est une bonne vieille stratégie de dictateur en cas de flottement. Et puis, sur le plan international, c’est encore mieux : ça permet d’apparaître comme le principal protecteur des musulmans comme s’ils constituaient une seule communauté.

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En fait, la Turquie tisse ses réseaux en Europe depuis plusieurs années. Il faut se souvenir de cette tournée électorale menée auprès de la diaspora turque en Europe, en 2017. L’Allemagne avait finalement refusé de l’accueillir, mais François Hollande avait laissé faire. Cela avait donné lieu à un meeting à Strasbourg, hommes et femmes séparés, dans lequel Erdogan avait expliqué aux Turcs d’Europe qu’ils devaient absolument réussir économiquement mais surtout pas s’intégrer culturellement.

Une stratégie de victimisation

C’est le discours d’Emmanuel Macron sur le séparatisme qui a déclenché la réaction de Recep Tayyip Erdogan. La Turquie n'a envoyé aucun message de condoléance, comme cela se fait d'habitude en diplomatie, après la mort de Samuel Paty. Erdogan a ensuite réagi à l'affirmation d'Emmanuel Macron sur le fait que la France ne renoncerait pas aux caricatures. Mais le véritable enjeu concerne en réalité ce qui pourrait se passer sur la formation et la nomination des imams.

La Turquie cherche à tout prix à contrôler sa diaspora et à imposer une idéologie prônée par les Frères musulmans. La stratégie de victimisation fait partie du lot. Il s’agit de convaincre les musulmans, quels qu’ils soient, qu’ils sont tous maltraités. Il s’agit de créer cette fracture entre un "eux" et un "nous" et de réislamiser les musulmans d’Europe.

Si Erdogan s’énerve, c’est peut-être parce que la naïveté face à l’entrisme islamiste, notamment turc, aurait pris fin. C’est tout ce qu’on espère.

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