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Russie : Vladimir Poutine a-t-il déjà choisi son successeur ?

ÉCLAIRAGE - Alors que se multiplient les rumeurs sur l'état de santé du maître du Kremlin, se pose immanquablement la question de sa succession. Quelques noms circulent d'ailleurs déjà en coulisses.

Vladimir Poutine, à Istanbul, le 27 octobre 2018
Vladimir Poutine, à Istanbul, le 27 octobre 2018
Crédit : OZAN KOSE / AFP
Thomas Pierre

"Le temps viendra où, je l'espère, je pourrai dire que telle ou telle personne est digne selon moi de diriger un pays aussi merveilleux que la Russie", déclarait Vladimir Poutine le 30 juin 2021. Quasiment un an après, les rumeurs sur la santé du maître du Kremlin se font de plus en plus persistantes, et aucun successeur n'a été officiellement intronisé. 

Seule certitude, un successeur "il y aura", estimait à l'époque l'analyste politique Alexei Chesnakov sur Telegram. Encore illustre inconnu, Vladimir Poutine lui-même n'avait-il pas été désigné comme dauphin en 1999 par un Boris Eltsine malade et son entourage ? Le président russe, qui a fait modifier la Constitution pour pouvoir rester au pouvoir jusqu'en 2036, sait qu'un adoubement serait d'abord lu comme un aveu de faiblesse. Mais a-t-il déjà un nom en tête ? 

"Je préfère ne pas répondre à de telles questions", évacuait-il en octobre 2021 auprès d'un média américain. Une chose est sûre, les prétendants sont nombreux. Surtout que le président russe distribue ses faveurs au compte-goutte, les retire aussitôt et brouille les pistes constamment sur ses intentions, histoire de ménager le suspens ou de mettre le futur élu à l'épreuve, qui sait. 

Fin de règne ou non, la question est en tout cas sur de nombreuses lèvres, à Moscou ou ailleurs. Illustration en est faite le 9 mai dernier. En marge de célébrations du Jour de la Victoire très scrutées, le simple fait d'apercevoir Dimitri Kovalev, jeune chef de l'administration présidentielle, en intense discussion avec le chef de l'État l'avait instantanément propulsé parmi les favoris. 

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Pour autant, dans les couloirs du Kremlin, des noms circulent bel et bien. Qui pour diriger la Russie si Poutine venait à ne plus pouvoir exercer le pouvoir ? Selon toute vraisemblance, son héritier putatif devrait émerger du système mis en place depuis son accession au pouvoir en 2000. Peu chance dès lors de voir apparaître un outsider complet, tant les principaux protagonistes de l'écosystème poutinien semblent déjà en place aux postes-clés du pouvoir exécutif, militaire ou économique, à commencer par le Premier ministre actuel.

Michoustine, le Premier ministre

En cas d'incapacité de Vladimir Poutine, la Constitution prévoit en effet que le pouvoir échoue par le Premier ministre russe. Depuis janvier 2020, c'est Mikhaïl Michoustine qui occupe cette fonction, tenue jadis par Vladimir Poutine lui-même, Dimitri Medvedev ou encore Mikhaïl Kassianov, devenu un fervent opposant au régime. 

C'est donc lui qui devrait assurer l'intérim si le dirigeant russe venait à être empêché temporairement (maladie, intervention chirurgicale...), ou de manière permanente. Dans ce second cas, il reviendrait alors au Premier ministre en place d'organiser des élections présidentielles dans les trois mois. 

Faut-il pour autant voir dans cette fonction un tremplin vers le Kremlin ? Rien n'est moins sûr. Populaire auprès de l'opinion, l'homme d'affaires de 56 ans, considéré en interne comme un Premier ministre "technique", n'en semble pas moins éloigné du cercle réel des proches de Vladimir Poutine. 

Medvedev, la doublure

Lui aussi a longtemps servi Vladimir Poutine en tant que Premier ministre, au point d'être considéré comme sa doublure : Dimitri Medvedev. Né à Leningrad (aujourd'hui Saint-Pétersbourg) comme Vladimir Poutine, l'ancien président russe a fait toute sa carrière dans l'ombre de son mentor. Ce juriste de formation, considéré comme l'un des meneurs de l'aile "libérale" du poutinisme a un temps été désigné comme le successeur. 

En 2008, Poutine ne pouvant enchaîner plus de deux mandats consécutifs, c'est Dimitri Medvedev qui est élu président. Une simple "permutation", car Vladimir Poutine reste son Premier ministre avant de reprendre les rênes du pouvoir en 2012. Pourrait-il chercher ainsi à se positionner dans la course, alors que se multiplient les rumeurs sur l'état de santé du maître du Kremlin ? 


Ses chances sont faibles, faute de soutien, mais "il est possible qu'il tente d'y remédier par son actuel discours radical", estime Ben Noble, professeur de politique russe à l'University College de Londres. L'ancien président semble en effet marginalisé par la montée en puissance du clan rival des "siloviki", composé des militaires et des services de sécurité. 

Les "Silovarques"

Dans la Russie d'aujourd'hui, ces "Silovarques" seraient en effet plus influents que les Oligarques eux-mêmes. Occupants les postes-clés autour du maître du Kremlin, ils forment un cercle restreint d'une demi-douzaine d'hommes, pour la plupart passés par le KGB ou le FSB, qui dirigent l'armée et les différentes agences de renseignements russes. 

Parmi ces hommes-forts, il faut ainsi compter sur Alexandre Bortnikov, le patron du très puissant FSB depuis 2008. "Le FSB de Bortnikov est à la fois le cerveau et le cœur du régime de Poutine, et un 'État dans l'État'", résume le Daily Express citant un rapport de Dossier Center, l'organisation de Mikhail Khodorkovsky, opposant russe en exil. Une position de choix d'où il pourrait manœuvrer pour se hisser au pouvoir. 

Autre personnalité importante du système : Sergueï Naryshkine, le chef du service des renseignements extérieurs (SVR). Issu d'une famille noble remontant au Tsar, le maître-espion de Vladimir Poutine ne semble cependant plus en odeur de sainteté depuis la guerre en Ukraine. À la veille du conflit, il avait ainsi été rabroué publiquement par le président russe. A contrario, au sein de du clan des "siloviki", deux hommes se distinguent plus nettement.

Serguëi Choigou, le général

Du côté militaire notamment. Sergueï Choïgou, le ministre de la Défense, a ainsi longtemps reçu les faveurs du maître du Kremlin, partageant avec lui nombre de moments privés, comme de parties de pêche ou des séances de chamanisme. À l'origine de l'intervention russe en Syrie et derrière le succès de l'annexion de la Crimée, Sergueï Choïgou est longtemps apparu comme un successeur potentiel de Vladimir Poutine. 

Pas sûr pour autant que les difficultés rencontrées par l'armée russe depuis le 24 février lui soient favorables aujourd'hui. Après sa disparition de près de deux semaines quelques semaines après le début du conflit, la disgrâce de ce fidèle parmi les fidèles pourrait même être à l'ordre du jour. Sa position d'héritier semble intrinsèquement liée à la guerre en Ukraine. Une issue défavorable pourrait compromettre ses chances d'accéder un jour au Kremlin.

Patroutchev, le bras droit

Non, à en croire la chaîne Telegram 'General SVR', tenue par un prétendu ex-responsable des renseignements russes, le nom qui s'imposerait actuellement en coulisses comme potentiel dauphin à Vladimir Poutine ne serait autre que celui de Nikolaï Patrouchev, secrétaire du Conseil de sécurité de Russie

Ce natif, lui-aussi, de Saint-Pétersbourg, âgé de 70 ans, passé également par le KGB, partage avec le président russe une même idéologie. Surnommé le "faucon du Kremlin", ce fidèle est "connu pour son nationalisme fougueux, sa vision du monde conspiratrice et sa vaste expérience dans l'espionnage", rappelait le site américain Politico en 2017. Et signe qu'il pourrait marcher dans les pas de Vladimir Poutine : en 1999 quand ce dernier est nommé Premier ministre, ce n'est autre que Nikolaï Patrouchev qui le remplace comme directeur du FSB. Une carrière en coulisses qui pourrait le conduire jusqu'au Kremlin.

Pourtant, toujours selon la chaîne Telegram 'General SVR', ce septuagénaire y verrait plutôt son fils Dimitri, l'actuel ministre de l'Agriculture. À 44 ans, ce banquier de formation, passé par Gazprom ou le FSB, pourrait à la fois représenter le futur et la continuité du système mis en place par Vladimir Poutine et ses proches en Russie. 

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