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Présidentielle américaine : en Arizona, le shérif le "plus dur d'Amérique"

REPORTAGE - Gracié par Trump, Joe Arpaio n'a pas hésité entre 1992 et 2017 à emprisonner immigrants illégaux mais aussi femmes et enfants. Un symbole de l'État frontalier d'Arizona, qui pourrait bien vaciller dans le camp démocrate mardi 3 novembre.

Le shérif Joe Arpaio, lors de la campagne 2016 de Donald Trump
Le shérif Joe Arpaio, lors de la campagne 2016 de Donald Trump
Crédit : SCOTT OLSON / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP
Présidentielle américaine : en Arizona, le shérif le "plus dur d'Amérique"
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Lionel Gendron - édité par Thomas Pierre

À la veille des élections, c'est un État qui symbolise les changements d’une partie des États-Unis : l’Arizona. Depuis 1952, cet État du Sud-Ouest a toujours voté en majorité pour le candidat républicain, sauf Bill Clinton en 1996. Mais cette année, Joe Biden pourrait l’emporter. Il est en tête dans les sondages. Toute une génération d'immigrés va voter et des électeurs venus d'États voisins changent la donne cette année. 

Joe Arpaio était surnommé "le shérif le plus dur des États-Unis".  Et à 88 ans, ça le flatte toujours : "je ne veux pas qu’on m’appelle le shérif gentil. 'Dur' ça me va". Son bureau, en périphérie de Phoenix, est une galerie à sa gloire qu’il se plait à montrer : des dizaines de médailles, des articles de presse. 

De 1992 à 2017, Joe Arpaio était le shérif du comté de Maricopa. Responsable des prisons donc, il était la terreur des immigrants illégaux : "j'ai arrêté des milliers et des milliers de personnes ici, des illégaux". Quand les prisons furent pleine, il a dressé des tentes en plein désert. Des prisonniers en pantalons rayés et chaines aux pieds, tels des bagnards.  

"J’ai aussi mis des enfants" en prison

Des hommes, mais pas seulement. "J’ai aussi mis des femmes dans mes prisons où on enchaînait les gens. J’ai aussi mis des enfants et des adolescents", reconnaît-il. À la question, regrettez vous ? Il demande à son assistant de faire sonner son téléphone. Retentit alors My Way, la reprise du tube de Claude François par Paul Anka. Il en a fait son hymne en raison de cette phrase : "I dit it my way" (Je l’ai fait à ma manière), c’est-à-dire en toute conscience. 

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En 2015, il est l’un des premiers à soutenir Donald Trump. Devenu président, ce dernier  s’en souviendra en graciant le shérif, condamné pour ses méthodes, notamment de profilage racial. Mais aujourd’hui, c’est via les urnes que ce républicain convaincu pourrait regretter ses actes. "Il y a une population très motivée ici, peut-être que c’est moi qui les ai motivés. Car à l’époque j’en ai moi-même arrêté des milliers", ironise Joe Arpaio. 

La revanche des hispaniques ?

Les hispaniques sont prêts à prendre leur revanche donc, pour eux ou leurs parents. Ils représentent près du tiers des électeurs en Arizona. Et beaucoup en veulent aussi à Donald Trump à cause notamment de son fameux mur. Pour s’en rendre compte, direction Nogales, tout au sud. 

Depuis 1995, la ville est scindée en deux parties : mexicaine et américaine. Un vieux train de marchandise traverse le centre fantomatique. Dans son salon de coiffure presque toujours vide, Maria, de parents mexicains, est désespérée. "Le mur ajouté au coronavirus (ndlr : son père vient d’en mourir). Nogales n’a plus d’avenir", dit-elle. "Beaucoup de gens ne veulent qu’une chose, c’est partir. Et ils ne reviennent pas".

"On n’aime pas beaucoup Donald Trump"

Aujourd’hui, elle a un client, Jerry. Pour lui, les gens sont malheureux ici et ils en veulent à Donald Trump. "Avant, les familles traversaient la frontière, il y avait des échanges. Ici, on n’aime pas beaucoup Donald Trump", affirme-t-il. 

En fait, contrairement à sa promesse, Donald Trump n’a construit qu’une soixantaine de kilomètres du mur. Il a surtout renforcé le mur déjà existant ainsi que les contrôles. Quant à Maria, quand on lui demande si une victoire de Joe Biden changerait son quotidien, elle répond : "Que Dieu vous entende"

Une population moins favorable à Trump

Ce qui change aussi cette année, c’est la sociologie de la population de l’Arizona, et ses sept millions d’habitants, Une population moins favorable à Donald Trump : 900.000 nouveaux électeurs depuis 2012. Et parmi eux, beaucoup de retraités (Donald Trump a perdu du terrain chez les seniors) et de Californiens aux idées libérales venus travailler dans les nouvelles technologies.

Pour le responsable du parti démocrate à Phoenix, Steven Slugocki, l’Arizona a profondément changé. Changement démographique : "la population latino a pris de l’importance, de plus en plus de jeunes, un population variée, plus variée qu’avant", dit-il. 

"Les jours du shérif Arpaio et de sa politique raciste sont bel et bien finis". Et si ce militant démocrate a raison, si Donald Trump perd les 11 grands électeurs de l’État, comme l’indiquent pour l’instant les sondages, l’Arizona pourrait bien entrainer sa défaite.

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