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Présidentielle américaine : 4 questions sur la vice-présidence

DÉCRYPTAGE - Joe Biden doit annoncer dans les jours qui viennent le nom de sa colistière démocrate. S'il l'emporte le 3 novembre, elle deviendra la première vice-présidente de l'histoire des États-Unis. Un rôle symbolique mais qui peut aussi se révéler d'influence.

Donald Trump et son vice-président Mike Pence, le 20 juillet 2020
Donald Trump et son vice-président Mike Pence, le 20 juillet 2020 Crédit : POOL / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP
Thomas Pierre
Thomas Pierre et AFP

Aux États-Unis, le rôle du vice-président se résume surtout à une blague : une femme avait deux fils. L'un prit la mer, l'autre devint vice-président du pays. Elle n'entendit plus jamais parler ni de l'un, ni de l'autre. Célèbre, la boutade a longtemps résumé la perception qu'avaient les Américains de leur "VP". Et, dans l'Histoire, nombreux sont les "numéros 2" qui peuvent largement souscrire à cette définition.

Mais les dernières décennies ont montré que les lignes avaient bougé en la matière. Le poste a gagné en visibilité, son titulaire en accès au Bureau ovale. Et ce n'est pas Joe Biden qui dira le contraire. Le candidat démocrate qui, huit ans durant (2009-2017), a été un véritable bras droit pour Barack Obama, s'apprête à choisir celle qui devra occuper le même rôle à ses côtés, s'il parvenait à remporter la présidentielle le 3 novembre prochain face à Donald Trump. 

La nouvelle occupante, et hypothétique première vice-présidente de l'histoire, se verrait alors incomber une responsabilité supplémentaire : celle d'être, aux cotés d'un candidat âgé de 78 ans, une dirigeante en puissance. En juin, Joe Biden reconnaissait clairement que son choix s'avérait crucial et que la femme désignée devrait se montrer "prête à devenir présidente dès le premier jour". 

1 - À quoi sert un(e) vice-président(e)?

Une attente bien différente que celle que peut avoir aujourd'hui Donald Trump vis-à-vis de Mike Pence. Car, dans les faits, la Constitution confie au vice-président un rôle limité. Elle stipule qu'il présidera le Sénat mais n'aura pas de vote, sauf si les 100 sénateurs élus ne peuvent se départager.

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Elle précise aussi qu'il remplace le président s'il décède ou démissionne. Au total, neuf vice-présidents sont devenus présidents dans ces conditions. Les derniers en date: Lyndon Johnson après l'assassinat de Kennedy, Gerald Ford après le départ de Nixon lié au Watergate. "Si ces rôles demeurent, ils ne reflètent pas vraiment ce que fait un vice-président à notre époque", explique Joel Goldstein, professeur de droit à Saint Louis University.

Longtemps, le vice-président fut physiquement éloigné du pouvoir exécutif : son bureau était au Sénat. Le tournant, sur le fond comme la forme, a eu lieu avec la présidence de Jimmy Carter (1977-1981) qui fera une véritable place permanente au sein de la prestigieuse "West Wing" à Walter Mondale.

Depuis, personne n'y a touché. Le VP a son bureau entre le secrétaire général et le conseiller à la sécurité nationale. Au-delà d'un accès beaucoup plus direct au président, la symbolique est forte.

2 - Quel est le pouvoir du "VP?"

Le vice-président moderne est "un super conseiller sur tous les sujets", souligne Joel Goldstein. Ronald Reagan s'est largement appuyé sur les connaissances en politique étrangère de George H. W. Bush, ancien ambassadeur à l'ONU et ancien directeur de la CIA. Bill Clinton a pu compter sur Al Gore pour nombre de combats politiques.

Avec la vice-présidence Dick Cheney, un cap, excessif, selon nombre d'observateurs, a été franche. À l'époque, l'influence du vice-président, particulièrement après le 11 septembre, est telle qu'elle suscite des interrogations sur le rôle exact du président George W. Bush.

Une autre blague est d'ailleurs restée célèbre. "Dick Cheney a dit que j'étais le pire président qu'il ait connu. C'est drôle parce que moi je pense qu'il est le pire président que j'ai connu", ironisera Barack Obama lors d'un dîner des correspondants de la Maison Blanche.

3 - Comment Joe Biden voit-il le rôle?

Au cours du XIXe siècle et dans la première partie du XXe, le candidat à la présidentielle ne choisit pas son vice-président, c'est son parti qui s'en charge. Il n'est alors pas question de complicité intellectuelle ou d'alchimie personnelle.

L'équation évolue après la Seconde Guerre mondiale pour se rapprocher d'un duo plus soudé. Barack Obama et Joe Biden ont franchi encore un cap en affichant une véritable complicité. Et Joe Biden a clairement indiqué qu'il cherchait à retrouver une alchimie similaire avec la femme qu'il désignera pour le poste. "Je suis littéralement le dernier à rester dans la pièce avec le président, c'est comme cela que nous fonctionnons", soulignait-il en 2012.

Le contraste est saisissant avec les propos tenus, plus de deux siècles plus tôt, par John Adams, premier vice-président de l'histoire américaine, qui s'était plaint avec amertume de son sort dans une lettre à sa femme Abigail. "Mon pays a, dans sa grande sagesse, conçu pour moi le poste le plus insignifiant jamais imaginé par l'homme".

4 - Y-a-t-il déjà eu une "vice-présidente"?

Les États-Unis ont organisé 58 élections dans leur histoire, mais jamais une femme n'a été élue à la présidence ou à la vice-présidence. Joe Biden a annoncé dès le mois de mars qu'il choisirait une colistière. "De nombreuses femmes ont les qualités pour devenir présidente à l'avenir. Je désignerais une femme comme vice-présidente", avait-il déclaré lors d'un duel télévisé face à son rival Bernie Sanders, qui s'était, lui, montré moins catégorique.

Deux candidats avant lui avait fait la même démarche: le démocrate Walter Mondale avec Geraldine Ferraro en 1984 et le républicain John McCain avec Sarah Palin en 2008. Ce dernier tandem s'était révélé à double tranchant pour le candidat défait. Désignée pour s'adjoindre les votes des ultra-conservateurs du "Tea Party", Sarah Palin avait rapidement constitué un fardeau pour la campagne républicaine.

"La différence cette fois-ci est que c'est la première fois qu'un candidat qui est perçu comme le favori et qui a une véritable chance de l'emporter choisit une femme", note Joel Goldstein.

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