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Présidentielle américaine : ces femmes pressenties pour être la colistière de Biden

DÉCRYPTAGE - Pour accompagner le candidat démocrate dans sa course à la Maison Blanche, la sénatrice noire Kamala Harris est donnée grande favorite. Mais Joe Biden pourrait aussi chercher l'effet surprise en dévoilant un nom inattendu.

De gauche à droite : la sénatrice Kamala Harris, l'ancienne conseillère Susan Rice, la sénatrice Elizabeth Warren, la sénatrice Tammy Duckworth et la députée Karen Bass.
De gauche à droite : la sénatrice Kamala Harris, l'ancienne conseillère Susan Rice, la sénatrice Elizabeth Warren, la sénatrice Tammy Duckworth et la députée Karen Bass. Crédit : JEFF KOWALSKY, ALEX WONG, ANDREW CABALLERO-REYNOLDS, Nicholas KAMM / AFP / GETTY IMAGES NORTH AMERICA
Thomas Pierre
Thomas Pierre et AFP

Le suspense touche à sa fin. Joe Biden devrait bientôt révéler le nom très attendu de sa colistière, appelée à être vice-présidente des États-Unis si le candidat démocrate bat Donald Trump en novembre. En promettant de faire son choix "la première semaine d'août", l'ancien vice-président américain a plaisanté sur le fait qu'il lui serait bien difficile de recevoir en personne les finalistes alors que des journalistes font le guet devant chez lui.

Mais en coulisses, son équipe passe en revue les bilans et s'entretient (surtout par téléphone ou en ligne, coronavirus oblige) avec les dernières candidates encore en lice. Une liste qui s'est encore resserrée ces dernières semaines, au regard des nombreux événements faisant de cette campagne un moment crucial de l'Histoire politique américaine : une pandémie qui a fait plus de 150.000 morts aux États-Unis, la profonde récession qui l'accompagne, et la vague de colère contre les violences policières et le racisme. 

Le candidat âgé de 77 ans a promis de choisir une femme qui deviendrait, en cas de victoire le 3 novembre face au président républicain, la première vice-présidente des Etats-Unis. Et depuis la mort de George Floyd, asphyxié fin mai par un policier blanc, la pression s'est accrue pour qu'il désigne une colistière noire.

Kamala Harris

Kamala Harris, 55 ans, apparaît largement en tête des pronostics. "Talentueuse", "Grand respect pour elle": ces mots inscrits sous le nom de Kamala Harris ont été capturés mardi sur le carnet que Joe Biden tenait en main, devant les photographes, faisant encore grimper la cote de l'élue noire de Californie. Le CV et la trajectoire de cette fille d'immigrés jamaïcain et indienne renforcent ses chances.

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Mais son passé de procureure dont les mesures ont, disent ses détracteurs, affecté particulièrement les minorités, pourrait peser contre elle. Candidate à la primaire, elle n'avait pas décollé dans les sondages auprès des Afro-Américains, un électorat-clé pour les démocrates, avant de jeter l'éponge en décembre. 

Puis en janvier 2017, elle avait prêté serment au Sénat à Washington, s'inscrivant comme la première femme originaire d'Asie du Sud et seulement la seconde sénatrice noire dans l'histoire américaine. Kamala Harris connaît bien le candidat démocrate et était proche de son fils Beau Biden, décédé d'un cancer en 2015. 

Mais elle avait surpris en l'attaquant avec virulence lors de leur premier débat démocrate, en 2019, sur ses positions passées sur les politiques de dé-ségrégation raciale dans les années 1970. En racontant, émue, comment, petite fille, elle était dans l'un des bus amenant les écoliers noirs dans les quartiers blancs.

Susan Rice

Son expérience ne fait aucun doute. Ambassadrice aux Nations unies puis conseillère à la sécurité nationale sous la présidence de Barack Obama, Susan Rice est une des diplomates américaines les plus capées. Elle serait prête dès le premier jour à seconder Joe Biden sur les dossiers sensibles de politique étrangère.

Réputée offensive et pas toujours très diplomatique, cette Afro-Américaine de 55 ans a appris à batailler avec la Russie et la Chine au Conseil de sécurité de l'ONU de 2009 à 2013, et saurait donc afficher la fermeté que le candidat démocrate veut incarner face aux adversaires stratégiques des Etats-Unis.

Selon des diplomates, "conneries" ("crap") et "foutaises" ("bullshit") font partie de son vocabulaire habituel. Cette spécialiste de l'Afrique, marquée par le génocide de 1994 au Rwanda auquel elle a assisté impuissante au sein du gouvernement de Bill Clinton, connaît aussi parfaitement les rouages de la Maison Blanche.

Son image, liée à celle de son ami Barack Obama, pourrait rassurer les alliés de Washington malmenés par Donald Trump. Joe Biden "a d'excellentes relations avec elle, ils ont travaillé ensemble pendant huit ans de manière très très proche, et cela compte beaucoup pour quelqu'un comme lui", estime David Barker, professeur à l'American University de Washington.

Mais Susan Rice, née à Washington de parents universitaires, bardée de diplômes prestigieux, n'a jamais été élue et pourrait être perçue comme une fonctionnaire éloignée des réalités de l'Amérique profonde.

Karen Bass

Méconnue malgré sa déjà longue carrière parlementaire, Karen Bass a surpris en se retrouvant propulsée ces derniers jours parmi les colistières potentielles de Joe Biden les plus cotées.

C'est justement le profil discret de l'élue de la Chambre des représentants qui pourrait plaire au candidat, assuré que celle qui a indiqué ne pas briguer la présidence en 2024 ne cherchera pas à lui faire d'ombre, à l'image du fidèle bras droit qu'il dit avoir été pour Barack Obama. À 66 ans, Karen Bass dirige l'influent groupe des élus noirs du Congrès américain et a rédigé un projet de réforme de la police portant le nom de George Floyd.

Arrivée à la Chambre en 2011, cette ancienne assistante médicale était auparavant élue à l'Assemblée de Californie depuis 2004, dont elle était devenue, en 2008, la première présidente afro-américaine. Mais ses positions marquées nettement à gauche pourraient en faire une cible évidente pour les républicains. 

Karen Bass partage avec Joe Biden une grande tragédie: la perte de leurs enfants. L'ancien vice-président raconte souvent comment le souvenir de la mort de sa fillette et de sa première épouse en 1972, dans un accident de voiture, puis de son fils aîné, ont laissé un "trou noir" dans sa poitrine. Karen Bass a perdu sa fille et son beau-fils en voiture, en 2006.

Elizabeth Warren

Portée par des supporteurs enthousiastes, la sénatrice progressiste était un temps apparue favorite de la primaire démocrate avant d'enchaîner les scores décevants dans les urnes puis de jeter l'éponge, début mars. Plutôt que d'accorder son soutien à Bernie Sanders, un "ami" pourtant proche de ses idées, elle a fait durer le suspense jusqu'à se rallier à Joe Biden en avril. 

Malgré les critiques échangées pendant la primaire, elle fait depuis campagne activement pour son ancien rival centriste, et participait encore vendredi soir à une levée de fonds en ligne. Avec cette pourfendeuse de Wall Street à ses côtés, le candidat démocrate pourrait attirer les plus à gauche mais aussi des électeurs afro-américains, chez qui elle a fait de meilleurs scores dans les sondages que Kamala Harris.

Mais à 71 ans, elle aurait du mal à incarner la relève. Et son programme résolument progressiste pourrait effrayer les modérés et donner des arguments au camp Trump qui tente de décrire Joe Biden comme une "marionnette" de la "gauche radicale". Bête noire du président républicain, elle serait aussi certainement attaquée sur des origines amérindiennes infimes qu'elles a longtemps revendiquées.

Tammy Duckworth

Beaucoup moins connue du grand public que ses collègues Kamala Harris et Elizabeth Warren, la sénatrice Tammy Duckworth, une ancienne militaire d'origine asiatique qui a perdu ses deux jambes en Irak, pourrait renforcer l'un des points forts de Joe Biden: son humanité et son empathie.

Née à Bangkok, cette femme de 52 ans se déplace en fauteuil roulant dans les allées du Congrès à Washington, où elle représente l'Illinois, Etat industriel du Midwest, dont elle a été d'abord l'élue à la Chambre des représentants de 2013 à 2017, puis au Sénat.

Fille d'un vétéran de l'armée américaine et d'une mère thaïlandaise, elle s'est elle-même engagée dans l'armée et dans les Marines, avant d'être blessée en Irak en 2004, lorsque l'hélicoptère qu'elle copilotait fut touché par des insurgés. Amputée des deux jambes, elle a ensuite rejoint le gouvernement de Barack Obama au sein du très puissant ministère des Anciens combattants. 

Une candidate surprise ?

D'autres noms circulent avec insistance depuis des mois, même si leur cote est récemment retombée: les gouverneures Gretchen Whitmer et Michelle Lujan Grisham, une élue hispanique alors que cet électorat aussi est précieux pour les démocrates, l'élue de la Chambre Val Demings ou encore la sénatrice Tammy Baldwin. Mais l'équipe Biden pourrait aussi, comme d'autres avant elle, chercher l'effet surprise en dévoilant un nom inattendu.

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