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Londres : la Selfie Factory propose des studios géants pour vos photos Instagram

La Selfie Factory, à Londres, met à disposition des studios pour alimenter les réseaux sociaux des visiteurs.

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Londres : la Selfie Factory propose des studios géants pour vos photos Instagram Crédit Image : ISABEL INFANTES / AFP | Crédit Média : RTL | Date :
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Isabelle Choquet édité par William Vuillez

À Londres, il existe un parc d'attractions d'un nouveau genre : la Selfie Factory, qui est un véritable piège à jeunes filles. Elles s'y pressent tous les après-midi pour prendre quelques clichés insolites qui alimenteront ensuite leur profil Instagram. Il s'agit d'une installation immersive, un endroit pour vous faire vivre une "expérience".

Le magazine Marie Claire nous en fait la visite guidée. Pour 12 livres, soit environ 13 euros, on a accès à neuf pièces préfabriquées installées dans un centre commercial. Pour la bande-son, les derniers tubes de Sam Smith ou Ed Sheeran et pour l'image, des décors très pop : un caddie de course dans un rayon de supermarché, des liasses de dollars en plastique, un faux dîner américain des années 50... Tout est clinquant, tout est rose, du rose poudré sur les murs au rose fuchsia des coussins jusqu’au rose bonbon de la moquette.

Sans surprise, on croise surtout des filles, qui posent, la bouche en cœur, sur un divan, une machine à laver, dans une baignoire, en groupe, à deux, toutes seules.

 "Nous, les adultes, on vient faire des photos ridicules où on se casse la figure. Mais, les filles le prennent très au sérieux et elles attendent des commentaires positifs, sinon elles se vexent !", explique Laura 11 ans, accompagnée de sa mère. La jeune fille s'arrête ensuite pour compter son butin : 668 photos depuis le début de la séance, plus une vidéo déjà postée sur TikTok. "C’est beaucoup. C’est pour ça que je mets des limites et que je récupère son téléphone la nuit. Mais je ne lui interdis pas, ça l’exclurait", ajoute sa mère. Sa fille elle, reprend la pose, main sur la hanche, tête en arrière façon femme fatale.

"Ça peut être déprimant", dit un psychanalyste

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Dans ce monde 2.0, une seule injonction : le post. Comme si le moment vécu n’existait pas tant qu’il n’était pas photographié, puis exposé. Bien sûr, les décors sont les mêmes pour tout le monde, alors on peut se demander où est l'originalité. Un collégien balaye la remarque d'un revers de main : "Mes photos ne manquent pas d’originalité car je suis l’originalité. Et je suis original, parce que je suis moi. Plus tard, je veux être sous les projecteurs et rien d’autre".

Pour d'autres, le selfie, c'est comme une thérapie. "Je poste une photo par jour", dit Emma, 22 ans. "Ça m’aide à avoir confiance en moi. Pendant un an, j’ai eu une relation avec un garçon qui me disait que je ne valais rien. Quand on s’est quitté, j’ai commencé à publier mes portraits sur les réseaux sociaux. Depuis, je reçois beaucoup de compliments, et ça me fait du bien", explique-t-elle. 

"Le risque, c’est que le moi virtuel prenne le pas sur le moi réel", raconte un psychanalyste. "Dans le monde idéalisé d’Instagram, le mal-être ne peut plus s’exprimer. Tout doit être tellement étonnant. Ça met la pression, ça renforce les complexes, ça peut être déprimant". En plus, avec leurs filtres, les applications agissent comme un miroir déformant. Et c'est ainsi que le selfie produit de nouveaux standards de beauté. Dans les instituts de chirurgie esthétique, on voit de plus en plus de patientes qui demandent à ressembler à leurs images retouchées.

Fini le style Brigitte Bardot, place au modèle Beyoncé

Un autre article, dans Marianne, évoque une "laracroftisation" des jeunes filles. Lara Croft, héroïne de jeu vidéo, qui a fait muter les codes de la beauté féminine. Pendant des décennies, note Marianne, le style Brigitte Bardot a régné : nez plat, bouche charnue, chevelure ébouriffée, une bouille de pékinois sexy appelée "baby face". Côté corps, une silhouette juvénile, déliée, taille fine, membres graciles. Tout cela a explosé avec le nouveau millénaire. 

Place au modèle Beyoncé, une femme musclée, hypersexuelle, matérialiste, dominatrice. Dans l'idéal, elle a le visage anguleux. Fini les yeux de biche à la Bambi, place au "Fox Eye", l'œil de renard. Il faut des abdos et des épaules de déménageurs, mais aussi, un gros popotin, énorme, épanoui, pigeonnant, façon Kim Kardashian

Les chirurgiens esthétiques se sont adaptés : ils proposent des injections de graisse ou, pour un volume encore plus volumineux, des prothèses en silicone. Les plus masochistes optent pour le "lifting colombien", en institut de beauté : des séances d’aspiration sous des cloches en plexiglas. Au XXie siècle, il faut toujours souffrir pour être belle.

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