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Coronavirus : vos selfies avec un masque servent peut-être à améliorer des logiciels de reconnaissance faciale

Des entreprises utilisent des images aspirées sur des profils publics sur les réseaux sociaux pour améliorer leurs algorithmes de reconnaissance faciale déroutés par le port du masque.

Les entreprises de reconnaissance faciale utilisent les selfies masqués pour adapter leurs algorithmes aux contraintes de la pandémie
Les entreprises de reconnaissance faciale utilisent les selfies masqués pour adapter leurs algorithmes aux contraintes de la pandémie Crédit : Github
Benjamin Hue
Benjamin Hue
Journaliste RTL

La crise du coronavirus a-t-elle ralenti la banalisation de la reconnaissance faciale ? Les fournisseurs de la technologie étaient en train de déployer leurs solutions un peu partout à travers la planète lorsque le virus a imposé le masque de protection comme une nouvelle norme sociale. Même si certains industriels affirment le contraire, le port du masque déroute la technologie. A Hong-Kong, les manifestants utilisent d'ailleurs cette technique depuis des années pour déjouer la vidéo-surveillance. 

A l'instar du système de déverrouillage de l'iPhone, les dispositifs de reconnaissance faciale ont toutes les peines du monde à identifier les personnes dont la partie inférieure du visage est obstruée par un bout de tissu. Les masques faciaux empêchent les algorithmes d'accéder à la partie du visage qui contient la majorité des données biométriques qui permettent de distinguer les individus, celles qui sont comprises entre le menton et les yeux. 

Mais le masque ne saurait constituer un obstacle infranchissable face à un marché mondial estimé à plusieurs milliards de dollars. Certaines entreprises affirment que leur technologie n'est pas affectée par cette protection et que l'intelligence artificielle peut toujours identifier les personnes avec un taux de précision élevé. Les industriels doivent seulement apprendre à leurs algorithmes à se baser sur certaines parties du visage et elles ont besoin pour cela d'images très spécifiques : les selfies masqués.

Des milliers de photos aspirées sur les réseaux sociaux

Comme le rapporte le site spécialisé américain CNET, vos selfies avec un masque ne sont pas seulement vus par vos amis et votre famille. Ils sont aussi collectés par des entreprises privées qui les utilisent pour améliorer leurs algorithmes de reconnaissance faciale. Des bases de données de plusieurs milliers d'images ont ainsi été constituées en ligne par une entreprise du secteur et des chercheurs chinois sur la base de photos récoltées sur des profils publics sur Instagram et d'autres réseaux sociaux sans le consentement des internautes. 

Extrait de la base de données constituée par des chercheurs de l'Université de Wuhan en Chine
Extrait de la base de données constituée par des chercheurs de l'Université de Wuhan en Chine Crédit : Github
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Wafaa Arbash, PDG de la start-up de reconnaissance faciale Workaround qui a constitué une base de données de 1.200 visages masqués a déclaré à CNET qu'il n'avait pas demandé l'autorisation aux personnes incluses dans l'ensemble mais qu'elles pouvaient toujours rendre leurs profils privés si elles voulaient éviter que ce genre de scénario ne se reproduise.

Une pratique illégale mais récurrente

Les entreprises du secteur utilisent depuis longtemps les photos publiques pour entraîner leurs algorithmes. Ces systèmes fonctionnent avec des technologies d’apprentissage automatique. Ils ont besoin de se nourrir de milliards d’images d’un même sujet pour pouvoir l’identifier avec succès dans le plus grand nombre de situations possibles. En début d'année, l'entreprise américaine Clearview avait défrayé la chronique en affirmant avoir ainsi aspiré 3 milliards de visages piochés sur les réseaux sociaux pour concevoir un outil plus performant que ceux du FBI.

Cette pratique est illégale, tant du point de vue du cadre réglementaire en vigueur en Europe et aux Etats-Unis qu'au regard des conditions d'utilisation de réseaux sociaux comme Facebook ou Instagram qui interdisent d'extraire des données pour alimenter une base de données tierce. Mais il est très difficile d'empêcher ces sociétés de piocher dans les ressources publiques quasiment illimitées d'Internet. Et les personnes dont le visage est utilisé pour entraîner des algorithmes ne savent généralement jamais qu'elles figurent dans ces bases de données.

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