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Une carte du monde illustrant le Groenland. (photo d'illustration)
Crédit : Kristian Tuxen Ladegaard Berg / NurPhoto / NurPhoto via AFP
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Donald Trump n'en démord pas, il veut le Groenland "d'une manière ou d'une autre". Depuis son retour au pouvoir, il y a un an, il évoque régulièrement la prise de contrôle de l'immense île arctique rattachée au Danemark, stratégique, mais peu peuplée. Le samedi 17 janvier, le président américain a menacé d'imposer de nouveaux droits de douane, pouvant aller jusqu'à 25%, sur les produits d'une série de pays européens "jusqu'à la vente totale du Groenland". "Les États-Unis tentent cette transaction depuis 150 ans", a-t-il assuré, accusant l'Europe de pratiquer "un jeu dangereux".
Dans le même temps, à Copenhague, une délégation bipartisane du Congrès américain a, au contraire, affiché son soutien ce samedi 17 janvier, au dernier jour d'une visite où ils ont rencontré la Première ministre danoise, le chef du gouvernement groenlandais, des chefs d'entreprises et des représentants au Parlement danois.
L'ambition du président américain est claire : acquérir le Groenland, que ce soit par achat ou par la force. Les conseillers de Donald Trump étudieraient sérieusement la première option. Depuis que l'idée d'un achat est envisagée, plusieurs spécialistes et médias américains se sont penchés sur l'évaluation du coût d'une telle transaction, chacun avec sa méthodologie. Des montants différents ont été évoqués, allant d'une centaine de millions de dollars à plusieurs centaines de milliards.
Selon NBC News, des spécialistes et d'anciens fonctionnaires américains seraient parvenus à estimer la somme de 700 milliards de dollars, sans préciser la méthodologie utilisée. "On pourrait imaginer qu'ils aient calculé la valeur potentielle commerciale des ressources minérales du sous-sol groenlandais, peut-être également la valeur estimée des ressources halieutiques", explique à RTL.fr Mikaa Blugeon-Mered, chercheur senior spécialiste du Groenland et Pôles, à l'université du Québec à Trois-Rivières (UQTR).
"Ce qu'on peut imaginer ici avec ce chiffre de 700 milliards, c'est qu'il y ait une évaluation sur un laps de temps déterminé, peut-être 20 ans, peut-être 30 ans, des différentes ressources exploitables sur le territoire. C'est ce qui paraît le plus logique pour arriver à une estimation comme celle-là", poursuit-il.
Dans le New York Times, David Baker, ancien économiste de la Réserve fédérale américaine, propose une estimation qui repose sur d'anciennes acquisitions territoriales américaines, ajusté selon l'inflation et la croissance des économies américaines et danoises. Selon cette approche, la valeur du Groenland se situerait dans une fourchette comprise entre 12,5 milliards et 77 milliards de dollars.
Donald Trump peut-il réellement obtenir le Groenland pour 77 milliards de dollars ? Même si elles se font rares, ces transactions sont possibles à condition que les deux parties soient d'accord. D'après Mikaa Blugeon-Mered, une éventuelle transaction serait vue comme une "vente forcée", compte tenu des menaces proférées par le président américain, qui a évoqué la possibilité de s'approprier le Groenland par la force.
"Vu tout ce que Donald Trump et les États-Unis ont mis en œuvre comme moyen de coercition pour arriver à ce résultat (...) la vente s'apparenterait, si on parlait de droit immobilier, à une vente forcée. Dans ce contexte-là, que ce soit dans le droit fédéral étasunien ou que ce soit dans le droit international, et singulièrement l'article 2-4 de la Charte des Nations Unies, rien que ça, la vente serait tout à fait illégale. En tout cas, beaucoup de pays seraient tout à fait fondés à ne pas reconnaître la légalité de cette vente", explique-t-il.
Reuters a rapporté qu’une autre option aurait été étudiée par l’administration américaine : celle de paiements directs aux habitants du Groenland. Selon des sources proches du dossier, des responsables américains auraient envisagé de proposer entre 10.000 et 100.000 dollars par personne afin de convaincre les quelque 57.000 Groenlandais de faire sécession du Danemark et, à terme, de rejoindre les États-Unis.
Dans cette hypothèse, le coût total représenterait quelques milliards de dollars. Toutefois, ces montants ne correspondraient pas à l’achat du territoire en tant que tel, mais à une tentative d’obtenir l’adhésion de la population locale à un changement de statut politique. Rien n’indique à ce stade que les habitants seraient prêts à accepter une telle proposition, et les autorités groenlandaises ont à plusieurs reprises rejeté l’idée même d’une cession.
Pourquoi Donald Trump veut-il mettre la main sur le Groenland ?
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Même en cas d'achat du Groenland, les Américains seraient dans l'obligation de payer des royalties, avance Mikaa Blugeon-Mered. Le Groenland, signataire des accords de Paris et du protocole de Nagoya, est soumis à des limitations concernant l'exploitation de ses ressources. "S'il y a des ressources, notamment des ressources vivantes, marines, qui sont exploitées, donc c'est une exploitation de la biodiversité, et bien de fait, il y a des royalties qui sont dues aux peuples concernés", explique-t-il.
"Même si, admettons, d'aventure les Américains payaient 700 milliards de dollars pour acquérir le Groenland tout simplement, ils devraient des royalties sur l'exploitation des ressources marines", conclut le spécialiste.
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