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Groenland : quelles conséquences pour l'OTAN et l'UE en cas d'intervention militaire américaine ?

Les tensions montent entre les États-Unis et le Danemark après que le président américain a réaffirmé son désir d'annexer le Groenland, suscitant une vive réaction de la communauté internationale. En cas d'intervention militaire, ce que Donald Trump n'exclut pas, l'OTAN et l'Union européenne se retrouveraient dans une position délicate.

Emmanuel Macron en présence de la Première ministre danoise et du Premier ministre groenlandais

Crédit : Mads Claus Rasmussen / Ritzau Scanpix / Ritzau Scanpix via AFP

Eléonore Aparicio

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La folie des grandeurs. Après la capture du président vénézuélien Nicolas Maduro, le président américain a réitéré son intention d'annexer le Groenland. "Pour des raisons de sécurité nationale, nous avons besoin du Groenland, et le Danemark ne pourra pas le faire", a affirmé Donald Trump.

Mardi 6 janvier, la porte-parole de la Maison-Blanche a déclaré que "plusieurs options" étaient discutées pour obtenir le Groenland. "Utiliser l'armée américaine est toujours une option à la disposition" du président, a-t-elle précisé. Des déclarations qui ont provoqué l'indignation du Groenland et du Danemark.

Ces derniers ont reçu le soutien de plusieurs dirigeants européens, dont la France, l'Allemagne, l'Italie, la Pologne, l'Espagne et le Royaume-Uni. Dans une déclaration commune, ils ont affirmé : "Il revient au Danemark et au Groenland, et à eux seuls, de décider des questions concernant le Danemark et le Groenland". 

L'impuissance de l'OTAN face à une attaque des États-Unis

Colonie du Danemark au XVIIIe siècle, le Groenland est devenu un département d'Outremer en 1953 avant d'obtenir l'autonomie en 1979. En tant que partie intégrante du Royaume de Danemark, l'île est un territoire membre de l'Otan. Selon la première ministre danoise, "si les États-Unis choisissent d'attaquer militairement un autre pays membre de l'Otan, alors tout s'arrête, y compris l’organisation elle-même et la sécurité instaurée depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale".

Lors de la signature du traité de l'Atlantique Nord en 1949, l'objectif était avant tout d'instaurer une défense collective pour contenir l'expansion de l'Union soviétique en Europe. Au cœur de ce dispositif se trouve l'article 5, qui stipule qu'une attaque armée contre un état membre en Europe ou en Amérique du Nord est considéré comme une attaque contre toi. Chaque signataire s'est donc engagé à assister le pays attaqué "par tous les moyens en leur pouvoir".

Dans le cas hypothétique d'une attaque américaine contre un autre membre de l'Alliance, l'activation de l'article 5 semble compromise. Elle impliquerait un affrontement direct avec l'un des membres pilier de l'OTAN. À eux seuls, les États-Unis représentent 60% de la puissance militaire totale de l'Alliance.

L'Union européenne est-elle tenue d'intervenir ?

Initiée par le traité de Maastricht signé en 1992, la Politique de sécurité et de défense commune (PSDC) donne à l’Union européenne la possibilité d’utiliser des moyens militaires et civils pour répondre aux crises internationales. L'UE n'est pas dotée d'une armée propre, mais elle a la possibilité de coordonner les moyens civils et militaires mis à disposition par les États membres. Ce cadre juridique est défini par les articles 42 à 46 du traité sur l’Union européenne.

En cas d’agression armée contre un État membre, l’article 42 paragraphe 7 du traité sur l’Union européenne prévoit une clause de solidarité : les autres États membres doivent lui apporter aide et assistance par tous les moyens en leur pouvoir, conformément à la Charte des Nations unies. Cette obligation est réelle, mais elle n’est ni automatique ni uniformément contraignante. 

Chaque État conserve la liberté de déterminer la nature et l’ampleur de son soutien, qu’il soit diplomatique, économique, logistique ou, s’il le décide, militaire. L’Union européenne ne peut donc pas imposer une intervention armée collective. Cette clause serait avant tout un levier politique. 

Personne n'est prêt à se battre contre les États-Unis

La réponse commune de l'Union européenne prendrait très probablement la forme de pressions diplomatiques, de sanctions ou de mesures de soutien indirect, une confrontation militaire directe étant incompatible avec l’équilibre stratégique transatlantique et risquant de provoquer l’effondrement de l’OTAN. 

L'article 42 paragraphe 7 impose une obligation d'assistance, mais permet aux États membres de déterminer la nature de leur engagement, soulignant que la défense européenne repose davantage sur la coordination politique que sur une réponse militaire automatique. Malgré les pressions potentielles sur les États-Unis, Donald Trump ne semble pas préoccupé par les Européens. 

"Personne n'est prêt à se battre contre les États-Unis pour l'avenir du Groenland", a résumé Stephen Miller, l'un de ses conseillers de Donald Trump lors d'une interview sur CNN, illustrant ainsi que l'Union européenne ne constitue pas un obstacle crédible à une éventuelle attaque militaire des États-Unis sur le Groenland.

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