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Mikaa Blugeon Mered, spécialiste du Groenland, au micro de RTL, le 11 janvier 2026.
Crédit : RTl
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C'est l'obsession de Donald Trump : prendre le contrôle du Groenland pour, dit-il, "assurer la sécurité des États-Unis face à Pékin et Moscou". Depuis des semaines, le patron de la Maison-Blanche ne cesse de réaffirmer sa volonté d'acquérir ce vaste territoire, grand comme quatre fois la France métropolitaine et qui compte 56.000 habitants, l'équivalent d'une ville comme Lorient.
Sauf que le Groenland est un territoire européen, sous juridiction du Danemark. Samedi 10 janvier, les habitants se sont rassemblés dans les rues, scandant : "Devenir américain, c'est non". Trump assure que les États-Unis s'occuperont du Groenland, "avec la manière douce ou la manière forte".
Faut-il vraiment prendre au sérieux ces menaces ? "Oui", répond au micro de RTL Mikaa Blugeon-Mered, spécialiste du Groenland, des pôles arctique et antarctique, chercheur notamment à l'université du Québec à Trois-Rivières.
"C'est complètement sérieux. Ça fait sourire, parce qu'on se dit "le Groenland, c'est loin", "pourquoi s'emparerait-il de cette île peuplée de quelques pingouins ?". En réalité, le Groenland est un territoire éminemment stratégique pour des raisons militaires, mais aussi énergétiques, que ce soit pour la production potentielle de pétrole, de gaz ou pourquoi pas d'énergies renouvelables et d'hydrogène", liste Mikaa Blugeon-Mered.
Le sol du Groenland est riche en métaux critiques qui permettent, par exemple, de produire des aciers spéciaux pour l'aviation, le spatial, les secteurs de la tech, de la robotique ou encore de l'intelligence artificielle, rappelle le spécialiste.
Lorsque Donald Trump explique qu'il veut assurer la sécurité des États-Unis face à Pékin et Moscou en acquérant le Groenland, l'argument paraît-il sérieux ? "Oui", répond Mikaa Blugeon-Mered. "Le territoire est stratégique pour les Américains, comme pour les Européens, les Chinois et les Russes", explique-t-il.
"Ce qui se joue ici, ce n'est pas juste la question du Groenland. C'est que le territoire est à la croisée entre l'Arctique d'un côté, cet océan gelé, et l'Atlantique Nord. Si les Chinois, par exemple, étaient capables de bâtir des infrastructures et d'avoir des terrains au Groenland, cela poserait un problème pour l'ensemble de l'alliance transatlantique entre Européens et Américains", relève le chercheur.
Mikaa Blugeon-Mered rappelle qu'au début du siècle, il y a eu un désengagement américain dans la région, fermant quasiment toutes leurs bases militaires, sauf une, au Groenland. "Cela a créé un vide stratégique dans lequel, à partir de 2010, la Chine s'est engouffrée, à tel point qu'elle était prête, en 2018, à construire les aéroports principaux, les ports principaux, les mines les plus stratégiques au Groenland", retrace-t-il.
C'est à ce moment-là que les Américains et les Danois ont pris conscience de l'ampleur du problème et ont commencé à réagir. "Et c'est ça qui a débouché en août 2019 sur la première proposition de rachat du Groenland par Donald Trump", explique Mikaa Blugeon-Mered.
Donald Trump souhaite donc acheter le Groenland, mais ce territoire a-t-il un prix ? Aux yeux des Groenlandais, la réponse est évidemment négative. "On parle d'un territoire qui est à majorité autochtone, inuite, et qui est dans une démarche de décolonisation. Le cas du Groenland est assez similaire, au fond, avec celui de la Nouvelle-Calédonie-Kanaky et de la France", explique le spécialiste.
L'autre point de blocage, c'est que le Groenland est une composante à part entière du royaume du Danemark, même si les Groenlandais ont leurs propres compétences sur leurs ressources. "Les Groenlandais peuvent déclarer leur indépendance de Copenhague quand ils le veulent. Mais le Danemark ne veut pas les laisser partir, l'Union européenne non plus, puisque ce territoire est éminemment stratégique", poursuit Mikaa Blugeon-Mered.
"D'un point de vue économique ou militaire, les Américains peuvent faire ce qu'ils veulent au Groenland aujourd'hui. Mais l'administration Trump ne veut discuter avec personne. C'est une approche complètement néocoloniale", juge-t-il.
Quant à l'Europe, son seul moyen d'action serait d'intervenir préventivement au Groenland. "Si elle ne fait pas quelque chose, effectivement, Donald Trump va s'insérer au Groenland, assure-t-il. Ça veut dire, préventivement, mettre ce qu'il faut au Groenland pour rendre le coût d'une invasion, que ce soit par la manière dure ou la manière douce, donc par l'économie ou par la guerre, c'est rendre le coût de cette invasion, prohibitif".
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