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Guerre en Ukraine : la Turquie, entre deux eaux face à la Russie ?

ÉCLAIRAGE - Ankara, qui est membre de l'OTAN, veut ménager la Russie, dont elle dépend économiquement, après son invasion de l'Ukraine. Mais tout en s'activant diplomatiquement pour mettre fin au conflit.

Le président turc, Recep Tayyip Erdogan s'entretenant avec son homologue russe Vladimir Poutine lors de la cérémonie d'ouverture du 23e Congrès mondial de l'énergie à Istanbul, Turquie, le 10 octobre 2016.
Le président turc, Recep Tayyip Erdogan s'entretenant avec son homologue russe Vladimir Poutine lors de la cérémonie d'ouverture du 23e Congrès mondial de l'énergie à Istanbul, Turquie, le 10 octobre 2016.
Crédit : KAYHAN OZER / TURKISH PRESIDENTIAL PRESS OFFICE / AFP
Thomas Pierre & AFP

La Turquie, entre deux eaux. Dans le conflit qui oppose la Russie à l'Ukraine, la position d'Ankara est celle de l'équilibriste. "N'abandonner ni Kiev, ni Moscou", résumait lui-même Recep Tayyip Erdogan au début de l'invasion russe, pour expliquer l'équation à laquelle il est soumis. 

Le mois dernier, le président turc s'est ainsi rendu dans la capitale ukrainienne pour y rencontrer le président Volodymyr Zelensky, auquel Ankara livre les drones de combat qui ont déjà visé les colonnes russes. Mais Erdogan s'active en parallèle pour trouver une issue au conflit, réitérant à plusieurs reprises son invitation à Vladimir Poutine à le rencontrer. 

Jeudi 10 mars à Antalya, en Turquie, a ainsi eu lieu la première rencontre de haut niveau entre Moscou et Kiev depuis le début de la guerre. Réunis sous les auspices de leur homologue turc, les ministres des Affaires étrangères des deux pays ont échoué à conclure un cessez-le-feu mais ont promis de poursuivre le dialogue. Un succès diplomatique pour Ankara.

Des atouts diplomatiques

Car la Turquie conserve des atouts indéniables sur la scène diplomatique. Sous contrôle turc, les détroits du Bosphore et des Dardanelles, seuls accès russes à la Méditerranée, sont surnommés les "verrous de la mer Noire". Une position de poids qui confère stratégiquement à Ankara un puissant levier dans ses relations avec Moscou. 

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Ensuite, bien que la Turquie soit membre de l'OTAN, elle ne représente "pas l'Occident", aux yeux du Kremlin. Ankara s'illustre ainsi régulièrement par son emploi de la force hors de leurs frontières. "Vladimir Poutine respecte la force. Il a commencé à respecter Recep Tayyip Erdogan le jour où ce dernier a fait abattre un (avion) SU-24 russe en Syrie", selon une source issue de la communauté du renseignement français. 

La Turquie aussi "est le seul membre de l'OTAN qui a su montrer les limites aux Russes, en Syrie, en Libye, etc", estime l'ambassadeur de Turquie en France, Ali Onaner. "Au cours de la crise syrienne, les responsables turcs et russes ont régulièrement eu des négociations tendues en défendant des positions opposées. La Turquie est le membre de l'OTAN qui a acquis la plus grande expérience pour traiter des questions difficiles avec la Russie", estime-t-il encore.

Une relation "historiquement compliquée"

"La relation turco-russe est historiquement compliquée", explique de son côté Taline Ter Minassian, spécialiste de la Russie et du Caucase à l'Inalco, "mais malgré quelques accès de crispation, Erdogan et Poutine arrivent à s'accorder. Ils ont plusieurs dossiers différents sur lesquels ils ont intérêt à s'entendre". Les présidents russe et turc "ont une relation fonctionnelle", selon une autre source du renseignement français. 

Le président Erdogan s'est ainsi rapproché de Moscou ces dernières années après une série de déconvenues et de tensions avec les Occidentaux. Les deux pays sont même parvenus à dépasser la crise qui les a opposés après qu'un avion de chasse russe a été abattu par la Turquie en 2015. 

Un soutien discret à l'Ukraine

La Turquie, dont l'économie est très dépendante du tourisme, du gaz et du blé russe, tient cependant une position ambivalente sur le conflit. "En réalité, la Turquie est activement engagée au côté de l'Ukraine et se détourne progressivement de la Russie", estime Ozgur Unluhisarcikli du German Marshall Fund. 

Interrogée par l'AFP, Elizabete Aunina, chercheuse à l'Amsterdam Institute for Social Science, résume ainsi la position de la Turquie: "un soutien discret à l'Ukraine, tout en minimisant toute menace potentielle pour sa propre sécurité, ses intérêts géostratégiques et économiques". "Mais sans prendre ouvertement parti", ajoute-t-elle. La Turquie s'est ainsi gardée de se joindre aux sanctions contre les intérêts russes et s'est également abstenue au Conseil de l'Europe lors du vote suspendant la Russie. 

Une "diplomatie habile"

Ankara s'en tient également à une lecture à la lettre de la Convention de Montreux qui régit la circulation dans le Bosphore et le détroit des Dardanelles, qui ouvre la voie à la Mer Noire. Sinan Ulgen, directeur du centre d'Etudes Edam à Istanbul évoque une "diplomatie habile", qui sans "sanctionner la Russie" applique "avec fermeté" le traité.

Ankara a ainsi refusé l'accès à trois bâtiments militaires russes les 27 et 28 février, trois jours après le début de l'invasion russe en Ukraine, qui n'étaient pas enregistrés en Mer noire et donc pas autorisés à s'y rendre, a fait savoir le ministre turc des Affaires étrangères. "Le fait que la Turquie n'ait pas fermé son espace aérien aux avions russes ni imposé de sanctions à Moscou, prouve qu'Ankara est soucieux d'éviter une couteuse rupture", ajoute-t-il. Surtout à seize mois de la prochaine échéance présidentielle turque, en juin 2023.

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