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Une dame achète des poireaux dans un supermarché (image d'illustration).
Crédit : ERIC FEFERBERG / AFP
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Il faut sauver le soldat poireau. C'est l'appel lancé le 10 février 2026 par cinq groupes de la grande distribution (Auchan, Carrefour, Casino, U et Intermarché). Pour "venir en aide à la filière", menacée par la surproduction, les consommateurs ont été invités à acheter massivement ce légume d'hiver.
Dans le sillage de cet apparent élan de solidarité avec les producteurs, les enseignes ont mis en place des opérations promotionnelles. Au-delà d'une mise en avant soignée en tête de gondole des rayons, certains supermarchés ont baissé les prix. Le week-end dernier, le légume vert se vendait à prix coûtant chez Leclerc, par exemple.
Selon Linéaires, média spécialisé de la grande distribution, on pouvait déjà acheter des poireaux pour 56 centimes pièce dans certains drives Intermarché en amont de l'appel des supermarchés. Après le chou-fleur en décembre et la pomme de terre en ce moment, la star de nos poêlées d'hiver doit relever les défis posés par la surproduction. Au risque de planter la filière dans les années à venir.
Trop de poireaux, tue le poireau ? Pas tout à fait. Selon plusieurs acteurs du secteur contactés par notre rédaction, la notion de "surproduction" est un peu galvaudée.
Après un été très sec, les rendements du poireau, n'étaient pas bons. Grâce aux conditions climatiques exceptionnellement douces à l'automne, il y a eu un rattrapage inespéré. "Il y en a un peu plus que d'habitude mais pas tant que cela", résume Pierre Glérant, directeur de l'association Poireau de France (AOPN), contacté par RTL.fr.
Aujourd'hui, chaque poireau est préparé à la main.
Crédit : AMELIE-BENOIST / IMAGE POINT FR / BSIP via AFP
Philippe Lecler, président de cette même association, abonde. Dans certains coins de France, les rendements seraient même en-dessous des normales. C'est le cas dans le nord ou encore dans les Landes, où la production de poireaux est stoppée par les importantes crues qui touchent la région.
Le vrai problème du légume d'hiver selon lui, c'est tout simplement que les Français en consomment moins qu'auparavant. D'une part, les températures douces de cette fin d'année ont été plutôt à la faveur des salades de tomates tardives qu'aux pot-au-feu. D'autre part, notre interlocuteur soupçonne une évolution des modes de consommation. "On pense que les jeunes cuisinent moins. Or, un poireau ne se mange pas brut", analyse le président de l'AOPN.
Il n'en reste pas moins qu'il y a des stocks à épuiser. Pour cette raison, l'association du Poireau de France, qui représente 70% de la production française, se dit ravie des opérations de mise en avant que l'on peut constater en ce moment dans les rayons. Elle l'est en revanche un peu moins desdites pressions exercées par la grande distribution pour toujours plus baisser ses prix. "Les trois quarts des grands acheteurs demandent de faire encore moins cher qu'aujourd'hui", avance Philippe Lecler.
C’est le producteur qui paie la promotion. Les distributeurs nous maintiennent un peu plus la tête sous l'eau.
Philippe Lecler, président de l'association Poireau de France (AOPN)
"La surproduction n'est qu'une excuse", singe-t-il. "C’est le producteur qui paie la promotion. Les distributeurs nous maintiennent un peu plus la tête sous l'eau", poursuit-il. Pour lui, même si la grande distribution rogne sur ses marges, elle parvient tout de même à en garder une. Ce qui n'est pas le cas des producteurs depuis fin novembre 2025.
Aujourd'hui, un kilo de poireau s'achète 40 centimes auprès des producteurs, d'après les données du Réseau des nouvelles des marchés de l'agro-alimentaire (RNM), plateforme qui permet d'accéder en temps réel aux cours des fruits et légumes. Or, un kilo de poireau coûte 70 centimes à produire. Autrement dit, les producteurs vendent le fruit de leur récolte à perte.
À titre de comparaison, le kilo de poireau s'achetait à un euro en mai et juin dernier, la valeur la plus haute sur l'année écoulée. Cet "effondrement" des prix a également été constaté par la FDSEA de la Manche, département responsable de 50% de la production de poireaux en France. "Les invendus s'accumulent", écrit le syndicat agricole dans un communiqué publié fin novembre.
"La filière pourrait vivre du poireau pour 2 euros le kilo en rayons", déclare le président de l'AOPN. "On aurait alors une rémunération à 80 centimes pour le producteur et la grande distribution pourrait faire sa marge." 1,39 euro chez Carrefour, 0,85 centimes dans un Leclerc… Aujourd'hui, on est loin du compte.
Il nous faut ici nuancer. Notons que cette dégradation de la rémunération n'a rien de nouveau. "Il y a des moments moins porteurs dans l'année", précise Pierre Glérant auprès de notre rédaction. Mais si la filière pouvait s'accommoder d'un surplus de production par le passé, elle le sera probablement moins à l'avenir. "Le poireau coûte de plus en plus cher à produire", regrette Philippe Lecler. Main d'œuvre, matériel… Les coûts de production, qui augmentent, ne permettent plus d'absorber les caprices de la météo.
En "abandonnant sur le bord de la route" les producteurs, on risque d'en décourager certains. "Une deuxième année comme celle-ci et on ne s'embêtera plus à en produire", explique celui qui exploite également 90 hectares en Normandie, appelant la grande distribution à "jouer le jeu". Pourtant, la France, seul pays à pouvoir produire du poireau toute l'année, est une "belle filière", selon les termes du président de Poireau de France.
Le désamour des producteurs de poireaux semble déjà d'actualité. En faisant un tour sur Leboncoin, on trouve une quinzaine d'annonces pour des arracheuses de poireaux, à l'heure où ces lignes sont écrites. Elles ont été publiées entre décembre 2025 et aujourd'hui.
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