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Illustration d'un sac de pommes de terre
Crédit : Couleur / Pixabay
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C'est une crise qui touche toute l'Europe, et notamment la France. Les agriculteurs font face à une surproduction de pommes de terre, qui entraîne une chute des prix. À la mi-janvier, une montagne de pommes de terre avait été déversée devant l'Assemblée nationale comme un cri de colère pour dénoncer cette baisse considérable des tarifs, subie en premier lieu par les agriculteurs.
Face à ce surplus, les dons se multiplient aussi. C'est le cas notamment à Monchy-le-Preux, près d'Arras, où un producteur a décidé d'en offrir 70 tonnes aux habitants, plutôt que de les jeter. "C'était vraiment histoire de ne pas gâcher la marchandise", explique Vivien au micro de RTL.
Cette surproduction européenne s'explique par plusieurs raisons, dont des conditions météorologiques favorables à des rendements conséquents de pommes de terre. Mais ce surplus intervient alors que l'industrie achète moins et que le nombre de surfaces cultivées a augmenté trop vite en France. Selon Vivien, l'offre est désormais supérieure à la demande. "Ils ont rempli les bâtiments en début de campagne, ils prennent leur contrat et c'est tout", déplore-t-il.
Le secteur en Europe "fait face cette année à une vraie difficulté, dont la raison principale est le déséquilibre entre l'offre et la demande", confirme François-Xavier Broutin, directeur des affaires économiques au CNIPT, l'interprofession de la pomme de terre en France, premier exportateur mondial, auprès de l'Agence France-Presse.
Depuis plusieurs mois, le réseau North-Western European Potato Growers (NEPG), qui regroupe les quatre premiers producteurs européens (Allemagne, France, Belgique et Pays-Bas), alerte quant aux risques d'une surproduction sur le Vieux continent. Dans ces pays, qui représentent les deux tiers de la production européenne, les volumes récoltés en 2025 approchent 30 millions de tonnes, soit une hausse de 10% sur un an.
Cette surproduction concerne principalement la pomme de terre industrielle. "C'est la pomme de terre pour aller alimenter des usines françaises ou européennes de frites", explique Geoffroy d'Evry, président de l'Union Nationale des producteurs de pommes de terre, dans C'est notre époque, sur RTL ce mardi 17 février. "On a une croissance mondiale de la consommation de pommes de terre dites transformées, frites et diverses, flocons, pommes de terre isolées qui croit. Mais il s'avère qu'aujourd'hui, la hausse de la production a été plus vite que la demande", note-t-il.
Les pommes de terre pour l'industrie ne sont donc à ne pas confondre avec celles fraîches, "qui sont des pommes de terre avec une segmentation bien particulière". Néanmoins, si les deux marchés sont bien distincts, "l'un entraîne l'autre".
Avec une consommation similaire aux années précédentes, soit 52 kilos de pommes de terre par an et par personne, le marché se retrouve donc saturé. En conséquence, les producteurs "qui n'ont pas de contrat avec ces industriels se retrouvent avec une marchandise qu'ils ne savent pas valoriser".
Selon le réseau NEPG, il y a eu "une contraction du marché des frites surgelées" en réaction à la hausse des droits de douanes américains (finalement de 15%), "un euro fort par rapport au dollar" qui pénalise les exportations européennes, et la concurrence accrue des "produits transformés venus de Chine, d'Inde, d'Égypte et de Turquie".
Ces deux dernières années, selon la même source, la Chine et l'Inde, les deux premiers producteurs mondiaux, ont "multiplié par dix leurs exportations de frites congelées vers les pays voisins", tandis que l'UE voyait ses exportations diminuer - jusqu'à -6% pour la Belgique, premier exportateur mondial de frites.
En France, trois usines sont en train d'arriver, dont une près de Dunkerque (Nord), avec une capacité initiale de 1.400 tonnes de frites par jour. Deux autres sont en chantier, dans la Somme et le Nord. "Les surfaces ont augmenté trop vite : on a eu en 2025 les volumes dont on aura besoin en 2030, avec les usines en cours de construction", précise François-Xavier Broutin, qui parle d'une crise "conjoncturelle".
Alors si la filière n'est pas menacée à long terme, le coup est rude pour les producteurs, qui voient les prix dégringoler.
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