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Pourquoi les œufs ont presque disparu des rayons de vos supermarchés

Rayons vides, ruptures de stock à répétition, et consommateurs désemparés : depuis plusieurs semaines, les œufs se font rares dans de nombreux supermarchés en France. En cause, une combinaison de facteurs allant des épidémies animales aux conditions météo, en passant par une consommation en forte hausse.

Des œufs

Crédit : Unsplash / Nik

Pourquoi il faut s'habituer à manquer d'œufs

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Pourquoi il faut s'habituer à manquer d'œufs

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Yasmine Boutaba

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Dans de nombreuses enseignes, trouver une boîte d’œufs relève désormais du parcours du combattant. "Cela fait au moins deux ou trois mois que l'approvisionnement en œufs est limité, il y a souvent des ruptures en magasins" s'est indignée une internaute sur TikTok. Partout en France, les témoignages se sont multipliés, certains magasins n’étant livrés que de quelques dizaines de boîtes, écoulées rapidement... D'autant plus avec l'Épiphanie et l'envie de préparer sa galette des rois maison. 

Premier facteur de cette pénurie, la grippe aviaire, qui continue de toucher de nombreux élevages. Les œufs pondus par les poules infectées ne peuvent pas être récoltés, réduisant mécaniquement l’offre. 

À cela s’est ajoutée la météo hivernale. Les fortes chutes de neige ont paralysé les routes la semaine dernière, notamment dans l’Ouest, où se concentrent la majorité des élevages. "Les poules ont pondu, mais les œufs sont restés stockés dans les bâtiments", a expliqué Yves-Marie Beaudet, président de l’Interprofession de l’œuf, évoquant des camions bloqués parfois jusqu’à 72 heures et la perturbation de la chaîne d'approvisionnement.

Une chaîne d’approvisionnement sous pression

L’œuf est un produit à rotation très rapide, particulièrement sensible au moindre retard logistique. "Dès que vous avez un jour de décalage, vous avez des ruptures" a rappelé sur RMC Story Frédéric Boublil, consultant en commerce et consommation. La succession des jours fériés de Noël et du Nouvel An a d'autant plus compliqué les livraisons, accentuant une tension déjà existante sur toute la filière.

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Si l’offre peine à suivre, c’est aussi parce que la demande a explosé. L'œuf a une place centrale de l’œuf dans l'alimentation quotidienne, notamment comme source de protéines accessible et saine. "C'est moins cher que la viande, les gens préfèrent acheter des œufs pour les protéines" a confié une internaute sur TikTok. 

Au-delà de constituer un produit bon marché, nutritif et facile à cuisiner, l’œuf s’est imposé comme une alternative à la viande dans un contexte inflationniste. Son image a évolué : longtemps associé au cholestérol, il est aujourd’hui largement valorisé pour ses bienfaits nutritionnels, notamment sur les réseaux sociaux où sportifs et influenceurs santé en font la promotion. Depuis la crise du Covid-19, la consommation d’œufs progresse de 5% par an. En moyenne, les Français consomment 240 œufs par an.

@inshape_nutrition

Les oeufs mauvais pour la santé ?? 😱

♬ son original - Inshape Nutrition

Une filière qui tente de s’adapter

Autre élément clé : l’évolution des exigences des consommateurs. Les œufs issus de cages, classés 1 et 2, sont de plus en plus délaissés au profit du bio ou du plein air. Une transition qui a demandé plus de surface et a entraîné une baisse du nombre de poules par bâtiment. Résultat, malgré près de 15 milliards d’œufs pondus chaque année, la production nationale a reculé de 3 à 4% après les épidémies de grippe aviaire de 2022 et 2023. La France, quasi autosuffisante en 2024, a dû importer davantage d’œufs de ses voisins européens -principalement l'Espagne, les Pays-Bas et la Pologne- en 2025.

Pour répondre à la demande, la filière a estimé qu’il manquait environ "un million de poules chaque année" a assuré Alice Richard, directrice du CNPO, de l'interprofession des œufs, à 20 Minutes. Plusieurs projets de poulaillers ont été lancés, avec l’objectif d’en construire 300 d’ici à 2030. Mais les délais sont longs. Entre la décision d’installation et la production des premiers œufs, il faut compter près de deux ans. "Sachant que nous, on a lancé ça à la mi-2024, on sait qu’on va voir les premiers effets à la mi-2026" a-t-elle précisé. 

La réglementation est également pointée du doigt. La ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, a appelé à lever certains freins : "La réglementation est trop contraignante", a-t-elle déploré ce lundi 12 janvier sur RMC-BFMTV. "La loi Duplomb permettra de pouvoir lever une partie des freins qui pèsent sur l'installation de bâtiments d'élevage", a-t-elle ajouté indiquant aussi que les Français "devaient accepter la construction de poulaillers". D’après la filière, la situation de tension sur les œufs devrait perdurer jusqu'à l'été.

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