Les discussions étaient mouvementées devant le local du bailleur social Vallis de Cavaillon, ce jeudi 26 janvier. Une cinquantaine d’habitants de la cité du Dr Ayme, emmitouflés dans leurs écharpes, protestent contre l’absence de chauffage dans leurs logements depuis le mois d’octobre. Une panne généralisée que l’office HLM de Cavaillon a bien du mal à expliquer. Le comble, pour ce service qui ne fonctionne pas ou partiellement, les charges d’électricité ont augmenté de 30 % en moyenne cet hiver. Elles atteignent désormais 80 à 100 euros par mois et par logement.
Certains habitants se sont vus conseillés de réchauffer leurs cuisines en allumant le four à vide, comme l'explique Sylvie, une locataire. "Nous avons 14, 15 degrés et mes voisins font ça : ils ont 90 ans et tous les jours, ils allument le four de leur gazinière et ils installent table et chaises à côté pour manger... C'est une honte, j’en ai pleuré quand je les ai vus dans cette situation", déplore-t-elle.
Karima est mère
de 4 enfants et accueille RTL dans son appartement aux allures de Pôle Nord. "Ma fille
de 10 ans est tombée malade à cause du froid ces derniers jours, mais ce matin,
elle m’a dit qu’elle voulait quand même aller à l’école, parce que là-bas au
moins il y a du chauffage". Dans le salon, un bébé s’agite dans son parc
à jouer. "Lui, c’est le petit
dernier, il a 6 mois. J’ai beau le couvrir, il ne peut pas bouger comme un
grand, donc il est toujours gelé, son visage et ses mains sont constamment
froids".
Sourd aux
courriers reçus cet hiver, l'office HLM Vallis, anciennement nommé Grand
Delta Habitat, a dépêché son "Directeur de la Proximité" pour
tenter de calmer ces mères de famille passablement énervées venues manifester
sous ses fenêtres. D’après le communiqué
de presse envoyé par le bailleur social, c’est lors de travaux de
réhabilitation sur la résidence du Dr Ayme qu’un
"dysfonctionnement" est apparu dans le système de chauffage.
Dysfonctionnement qui aura donc duré au moins 3 mois. "On nous a
également dit que nous n’avions pas été assez nombreux à signaler le
problème", avance une participante à la réunion de
"conciliation" organisée dans la foulée de la manifestation.
"Nous aurions dû tous venir un par un à l’office HLM pour dire que nous
n’avions plus de chauffage… C’est désespérant, nous avons envoyé des courriers,
fait des signalements…", ajoute cette locataire, habituée aux promesses
non-tenues.
Ce froid de longue durée a eu d'autres conséquences. "Il y a tout ce qui incombe à ce chauffage qui n'a pas fonctionné, c'est-à-dire de l'humidité et de la condensation. Et qui dit humidité dit maladies respiratoires, mobilier abîmé, peintures à refaire... Tout cela n'est ni fait, ni à faire", déplore Stéphanie, membre de la Confédération nationale du logement de Cavaillon.
"Laissés à
l’abandon" et contraints d’acheter massivement des chauffages d’appoint,
les locataires de la résidence du Dr Ayme sont passés à la vitesse supérieure
début janvier : pétition, menace de ne plus payer leurs charges, appui de l’association Marseillaise
"Conscience" qui travaille au respect du Droit dans les quartiers
populaires et articles dans plusieurs médias, dont RTL. Miracle ! Le
chauffage a finalement été rétabli dans tous les bâtiments du quartier jeudi 26 janvier,
les appartements repassant la barre des 19 degrés. Terminé les bonnets et
anoraks dans le salon. "Maintenant, on espère que la chaudière va
tenir", souffle une résidente âgée de 80 ans.
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