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Bridgestone : l'industrie automobile face à "une crise sociale à mèche lente", selon Lenglet

ÉDITO - La fermeture de l'usine Bridgestone de Béthune semble être une réponse inéluctable au bouleversement du marché de l'automobile.

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Bridgestone : l'industrie automobile face à "une crise sociale à mèche lente", selon Lenglet Crédit Image : DURAND FLORENCE/SIPA | Crédit Média : RTL | Date :
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François Lenglet édité par Ryad Ouslimani

Les négociations ont donc commencé lundi 21 septembre sur l'avenir de l'usine de pneus Bridgestone, à Béthune. La direction a maintenu sa ferme intention de fermer, et nos deux ministres présentes, Agnès Pannier Runacher à Bercy et Elisabeth Borne, à l'environnement, ont annoncé que le gouvernement allait mandater un cabinet de conseil, Accenture, pour faire une "contre-expertise" sur la viabilité du site. Idée doublement saugrenue. 

D'abord parce que qui mieux que Bridgestone, N. 1 mondial du pneu, sait ce qu'il faut faire avec une usine de pneus ? Ensuite parce que cette équipe gouvernementale nous chante la messe depuis trois ans avec l'attractivité du site France. Une initiative comme celle-là, aux yeux d'investisseurs étrangers, compromet des années d'efforts pour les convaincre que la France est un pays normal, où le gouvernement n'intervient pas à tout propos.
 
Que les pouvoirs publics exigent de Bridgestone des mesures de reclassement, une reconversion du site, la dépollution, le remboursement des aides versées, c'est légitime. Mais qu'ils veuillent rouvrir une usine de pneus en difficulté en investissant l'argent du contribuable, là, c'est aventureux. 

Un secteur automobile en crise

Et c'est faire peu de cas de la détresse des salariés, en créant un espoir qui a peu de chances d'aboutir. Surtout quand, dans le même temps, la politique anti-voiture s'intensifie, avec les malus sur les véhiculesl'interdiction possible de la pub pour les SUV, les restrictions à la circulation dans les villes. Fabriquer des pneus pour ne pas les vendre, on a du mal à y croire ! Tout cela augure mal des restructurations à venir dans le secteur automobile.
 
Car d'autres usines pourraient disparaître. Limitons-nous à faire l'inventaire des annonces déjà faites. BMW va supprimer 6.000 emplois, et 10.000 intérimaires. Audi, 10.000. Renault, 15.000. Daimler, 10.000. Valéo, un équipementier français, a supprimé 12.000 postes sur le premier semestre. Hier encore, Mahle, un équipementier allemand, annonçait 7.600 postes en moins. Et je pourrais continuer.
 
Qu'est-ce qui explique cette hémorragie ? À la marge, le Covid. En réalité, c'est d'abord le changement de technologie. Là où il fallait 5 personnes pour fabriquer un moteur diesel, il n'en faut plus que trois pour un électrique. Les équipementiers devraient produire 38% de pièces en moins, et les constructeurs 17% en moins, d'ici à 2030, selon un rapport FTI consulting. 

Vers la fin des concessionnaires ?

Ajoutez à cela le déclin de l'usage de la voiture chez les jeunes urbains, et les embouteillages croissants dans les grandes agglomérations, vous avez une sérieuse crise sociale à mèche lente, dans tous les pays européens à forte industrie automobile : l'Allemagne, la France, l'Italie, le Royaume-Uni, l'Espagne. Si on n'anticipe pas, ça va faire mal. D'autant que les concessionnaires auto pourraient être touchés aussi.
 
Ils sont ainsi menacés par les coûts de commercialisation, qui représentent 30% du coût d'un véhicule sortie d'usine, ça fait un quart du prix final consommateur. C'est énorme. Surtout alors que le prix des gammes va monter, à cause de l'électrique justement

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Les constructeurs réfléchissent à court-circuiter les bonnes vieilles concessions, pour faire de la vente directe, qui permettra de baisser les prix. Surtout à l'heure où internet permet de faire la commande d'un véhicule personnalisé avec une rapidité et une fiabilité sans égale. 

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