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Pactole, méandre et bérézina... Comment les légendes de l'Antiquité influencent la langue

Pour créer des mots, la langue française fait feu de tout bois y compris des cours d’eau ! Démonstration avec Muriel Gilbert, qui nous entraîne jusque dans les légendes de l’Antiquité.

Un dictionnaire (illustration)
Un dictionnaire (illustration)
Crédit : Pisit Heng / Unsplash
Pactole, méandre et bérézina : des rivières de mots
02:51
Muriel Gilbert

Amis des mots, aujourd’hui, j’ai une petite devinette pour vous – et je me réjouis déjà car je suis sûre que je vais vous piéger. Ça vous a peut-être échappé, mais une grosse cagnotte du Loto a été remportée il y a quelques jours. On a lu un peu partout que le gagnant avait touché le pactole. Mais, qu’est-ce que le pactole, à votre avis ?

Certes, c’est le gros lot, une grosse somme d’argent, mais à quoi le mot pactole fait-il référence ? J’ai déjà entendu raconter que ce pactole était une déformation populaire du mot paquet, comme on dit parfois un pacson. Mais non. Le Pactole, figurez-vous, est à l’origine une rivière, le Pactolus, qui coulait en Lydie, un royaume disparu qui se trouverait aujourd’hui en Turquie, près de la mer Égée, dans la région d’Izmir. C’est aussi de ce pays que viennent les jolis prénoms de Lydie et de Lydia. 

Et tenez, un autre prénom : vous avez déjà entendu parler de Crésus, naturellement – encore un qui a touché le pactole, me direz-vous, et vous ne croirez pas si bien dire ! Quand on dit d’un gagnant du Loto qu’il est devenu "riche comme Crésus", on fait allusion, bien souvent sans le savoir, au dernier roi de Lydie, qui a vécu au VIe siècle avant J.-C. C’était un souverain immensément riche, et la légende veut que ce soit grâce aux paillettes d’or que charriait cette fameuse rivière, le Pactole. Mais d’où venaient ces paillettes ? Du roi Midas ! Oui, celui qui transformait tout en or. Il était à la tête d’un royaume voisin de la Lydie, celui de Phrygie.

Une légende liée à Dionysos

La légende raconte que Dionysos, le dieu grec de la vigne, du vin et des excès en tout genre, avait voulu récompenser une bonne action de Midas en lui accordant un souhait. Cet imbécile cupide a demandé que tout ce qu’il touche se transforme désormais en or, sans en imaginer les conséquences : quand il voulait boire, l’eau se transformait en or, idem pour les aliments. À bout de force et près de mourir de faim et de soif, il finit par supplier Dionysos de reprendre son don. Celui-ci lui conseilla d’aller se laver les mains dans le Pactole qui s’est ainsi chargé de cet or qui allait rendre Crésus riche comme Crésus.

Quid du méandre et de la bérézina ?

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Il y a d’autres cours d’eau qui, comme le Pactole, nous ont donné des noms communs. Par exemple le Méandre, qui décrit aujourd’hui la sinuosité d’une rivière, était un fleuve particulièrement tortueux de Phrygie, le royaume de Midas. Plus près de nous, la Bérézina, cette rivière que l’armée napoléonienne a dû traverser pendant la retraite de Russie, à l’hiver 1812. Je n’entrerai pas dans la polémique entre fans de l’Empereur parce que je n’ai pas tout compris, mais selon certains il s’agirait en fait d’une victoire de la Grande Armée contre l’armée russe. Bon, comme cette victoire s’est faite au prix d’un massacre et dans le cadre général d’une retraite, une bérézina, aujourd’hui, en français, c’est bien une déroute lamentable. Et encore une rivière qui nous a donné un nom commun !

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