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Migrants : pourquoi les associations humanitaires sont en rupture avec le gouvernement

INTERVIEWS - La situation humanitaire des migrants en France alarme les associations, qui ne trouvent pas de terrain d'entente avec le projet de l'exécutif.

Gérard Collomb quitte le palais de l'Élysée le 22 novembre 2017
Gérard Collomb quitte le palais de l'Élysée le 22 novembre 2017 Crédit : Ludovic MARIN / AFP
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Cécile De Sèze
Journaliste RTL

Les relations entre les associations humanitaires et l'exécutif sont plus que tendues. Dimanche 10 décembre, 15 d'entre elles ont claqué la porte du ministère de l'Intérieur. Gérard Collomb les avait conviées pour présenter son projet de contrôler la situation administrative des étrangers présents dans les centres d'hébergement, et leur demander d'y collaborer. 

Le refus est catégorique. Pas question de faire un tri entre les réfugiés sous le statut de Dublin ou ceux dont la demande d'asile a été refusée avec les autres. En effet, les associations caritatives qui luttent pour l'hébergement s'opposent à la distinction des différents statuts de migrants dans leur traitement humanitaire.

Dimanche, à l'occasion de la Journée internationale des Droits de l'Homme, Emmanuel Macron a posté un message sur Twitter à propos des "droits universels", de "l'égalité entre les femmes et les hommes" et "les libertés fondamentales" qui sont le "combat, chaque jour", de l'État. Des propos qui n'ont pas manqué de faire réagir les associations, notamment Médecins du Monde, selon qui le gouvernement "harcèle" les migrants et "poursuit" les "citoyens solidaires".

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Le traitement des migrants en France est une question quotidienne pour ces associations. Déjà, en septembre dernier, elles alertaient sur la situation humanitaire à Calais auprès de RTL.fr, jugeant la situation "pitoyable". 

À l'heure où les premières neiges tombent sur l'Hexagone, ces organisations à but humanitaire sont d'autant plus inquiètes. L'Auberge des migrants appelle ainsi les internautes à relayer un message afin de pousser la préfecture du Pas-de-Calais à "ouvrir les bâtiments" prévus pour les périodes de grand froid et éviter que des individus, hommes, femmes et enfants, ne vivent dehors.

Car, selon Amnesty International, joint par RTL.fr début décembre, il manquerait encore "une bonne dizaine de milliers de places" pour loger tout le monde. Et d'ajouter que même s'il y a "un grand nombre de personnes avec un toit", la "qualité de la prise en charge psychologique, sociale et juridique n'est pas toujours au rendez-vous". 

Selon Jean-François Dubost, le responsable du programme de protection des populations, ce sont les bénévoles et les associations locales qui s'en occupent, alors qu'elles ne sont pas toujours bien formées. Il rappelle que "l'État doit pourtant garantir les besoins vitaux et juridiques".

On a une politique de tri entre bons et mauvais migrants

Nathalie Godard, responsable du pôle expertise des opérations en France de Médecins du Monde
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Médecins du Monde et Médecins sans Frontières ont d'ailleurs tenté d'alerter l'exécutif sur la situation des migrants à Paris à la mi-novembre dans un communiqué commun. Ils y dénoncent le fait qu'encore "1.000 migrants sont en errance dans les rues" de la capitale, "obligés de se cacher pour dormir, souvent sans duvet, sans couverture, sans tente". Et ce, malgré la promesse du nouveau président de la République en juillet dernier : "La première bataille, c'est de loger tout le monde dignement".

Nathalie Godard, responsable du pôle expertise des opérations en France de Médecins du Monde, qualifie auprès de RTL.fr "d'indignes", les conditions de vie de certains migrants. D'après elle, ils sont "harcelés" par les forces de l'ordre. Ce qui les pousse à "devenir invisibles". Elle déplore des "centres de tri plutôt que de répit" pour une population qui est déjà en situation de "grande vulnérabilité". "On n'a pas une politique de l'accueil digne mais une politique de tri entre bons et mauvais migrants", condamne-t-elle encore.

Le traitement des enfants est jugé "alarmant"

L'inquiétude est profonde, et davantage quand la question des mineurs est abordée. À la frontière italienne, Amnesty International estime que "la France joue le même rôle que le Royaume-Uni" à la frontière avec la France. Des guides de montagne ont d'ailleurs envoyé un message à Emmanuel Macron dans lequel ils préviennent des risques encourus par les migrants qui s'aventurent dans les Alpes au péril de leur vie. 

Ils empruntent cette route périlleuse car ils veulent "échapper par tous les moyens aux forces de police". Et de souligner ainsi le traitement "inacceptable" des forces de l'ordre dans la région à l'encontre des migrants, selon Médecins du Monde, et une situation des mineurs "alarmante". Un reportage de France Culture dévoile que quatre mineurs ont été laissés dans la montagne par la gendarmerie. "Ils nous ont envoyés à la frontière de l’Italie. Ils nous ont laissés dans la montagne", raconte l'un d'eux. 

Pour eux, c'est d'abord des migrants, pour nous, c'est d'abord des enfants

Nathalie Godard, responsable du pôle expertise des opérations en France de Médecins du Monde
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"Pour eux, c'est d'abord des migrants. Pour nous, c'est d'abord des enfants", résume Nathalie Godard. Et toutes ces associations et organisations de souligner que la France va à l'encontre de ses "obligations en matière de droit d'asile". "Refouler des enfants c'est illégal. Ils doivent être protégés", rappelle ainsi Amnesty International qui déplore "une dizaine de décès à la frontière italienne", faisant le parallèle avec le danger que représente la traversée du tunnel sous la Manche.

En janvier 2018 doit être présenté un projet de réforme sur la question migratoire en France. Si elles ne connaissaient pas encore l'ensemble de ce qui est prévu, les associations ne sont pas rassurées par la direction prise par le gouvernement. Pour Jean-François Dubost d'Amnesty International, ce projet "fait froid dans le dos". Contacté par la rédaction de RTL.fr, le ministère de l'Intérieur n'a pas encore répondu à nos sollicitations. 

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2017-12-14 09:02:00
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