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Migrants à Calais : "L'urgence humanitaire est réelle", crient les associations

INTERVIEWS - Plus de deux mois après la décision du Conseil d'État, la mairie refuse toujours de se plier aux exigences selon les différentes associations sur place. Elles sont prêtes à user "tous les moyens juridiques à disposition" pour la faire changer d'avis.

Des migrants de Calais dorment devant le local de Secours Catholique, le 16 août 2017
Des migrants de Calais dorment devant le local de Secours Catholique, le 16 août 2017 Crédit : PHILIPPE HUGUEN / AFP
Ceciledeseze75
Cécile De Sèze
Journaliste RTL

"C'est pitoyable". Voilà comment est jugée la situation des migrants à Calais par différentes associations sur place. Depuis le démantèlement de la Jungle en octobre dernier, de nombreux réfugiés sont affrétés en bus deux fois par semaines pour rejoindre des centres d'accueil et d'orientation dans différentes régions françaises et faire une demande d'asile.

Mais pour les autres, ceux qui veulent rejoindre la Grande-Bretagne ou qui craignent un refus de leur dossier de demande d'asile et une reconduite dans leur pays, les conditions de vie ne s'améliorent guère, constatent les associations. D'après le Secours Catholique, ils seraient entre 600 et 700 encore dans les rues de Calais, à dormir sous les ponts... "Quand ils dorment". 

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Deux mois après la validation du Conseil d'État d'ordonner à la mairie de Calais et la préfecture du Pas-de-Calais de mettre en place des mesures d'aide aux migrants, notamment des douches désinstallées quand la Jungle a été démantelée, un dispositif a été mis en place mais est jugé "plus qu'insuffisant" par les associations sur place. 

On fabrique de futurs terroristes

Sylvain de l'association L'Auberge des migrants à Calais
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"Cinq robinets dans la cour de Secours Catholique et dix robinets mobiles en place 4 heures le matin et 4 heures l'après-midi, à 40 centimètres du sol, dans la rue, devant tout le monde", décrit Vincent de Conink, chargé de mission à Calais par le Secours Catholique, joint par RTL.fr. Sylvain, employé à L'Auberge des migrants, ajoute à RTL.fr qu'il n'y a "pas de gobelets et très peu de produits d'hygiène". Les conditions pratiques pour se laver ne sont donc pas réunies, estiment les humanitaires présents. Les migrants sont, selon eux, forcés de se contenter d'un robinet très proche du sol et de se mettre nus devant les Calaisiens. 

"Le dispositif ajoute de l'humiliation à la souffrance, c'est vraiment indigne !", fulmine le Secours Catholique. "On fabrique de futurs terroristes", s'avance, de son côté, Sylvain, qui ne mâche pas ses mots mais souligne ainsi la rancœur que pourraient éprouver ces réfugiés. 

La mairie de Calais en infraction depuis le 11 août

Le Conseil d'État a pourtant rendu sa décision en faveur des associations qui l'avaient saisi. Si la préfecture a demandé à l'association Vie Active de mettre en place ces "robinets à moins d'un mètre du sol", la mairie, elle, "préfère payer les amendes qu'appliquer la décision, et avec nos impôts", selon notre interlocuteur de L'Auberge des migrants. La raison ? Elle craint un effet d'"appel d'air", ou "d'appel d'eau", ironise Sylvain qui préfère désormais prendre la situation avec humour, mais un sourire jaune. 

Dans son ordonnance, le Conseil d'État préconise pourtant d'installer des "douches et des sanitaires (...) dans un délai de 48 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard". Maître Eolas, avocat au barreau de Paris, affirme à RTL.fr que "la mairie est en infraction depuis le 11 août, donc ça fait 2.100 euros d'astreinte à faire liquider". Contactés par la rédaction, les responsables de la mairie n'ont, pour le moment, pas donné suite à nos requêtes.

Pour palier à ce manque de conditions élémentaires d'hygiène, le Secours Catholique a mis en place une opération de communication sur les réseaux sociaux : #douchepourtous, qui vise à "sensibiliser, informer et tourner en ridicule cet argument d'appel d'air". L'Auberge des migrants propose, elle, des douches de camping solaires, "pour les plus téméraires" et leur permettent de prendre une douche, si ce n'est chaude, "au moins tiède", avec un minimum d'intimité. Une solution toutefois éphémère, les températures se raffraichissant à l'approche de l'automne.

Les associations menacent de saisir à nouveau le Conseil d'État

Outre solutions, principalement mises en place pour faire réagir, les associations ne comptent pas en rester là. Elles ont saisi le Conseil d'État une première fois et entendent bien recommencer si la situation n'évolue pas. D'autant que la préfecture promet des douches "réservées aux personnes vulnérables" - à savoir "personnes malades, femmes et enfants". Ce qui n'a pas manqué de faire bondir la Ligue des Droits de l'Homme (LDH), qui ne "comprend pas ce choix" et signe une lettre indignée adressée au préfet du Pas-de-Calais appuyée par de nombreuses associations. Elle estime que "la gestion d’un tel équipement, (...) est impossible et débouche sur des conflits" car elle exclut certaines personnes.

Nous allons user de tous les moyens juridiques à notre disposition

Vincent de Conink, chargé de mission à Calais par le Secours Catholique
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"On va ressaisir le Conseil d'État, on ne sait pas quand, mais on ne va pas attendre des semaines !", menace alors Vincent de Conink. La lettre de la LDH va dans la même direction : "Dans le cas où vous n’élargiriez pas le dispositif douches à l’ensemble des personnes vivant dans la rue à Calais et dans celui où vous ne modifieriez pas les aménagements des points d’eau, nous nous réservons, avec nos avocat-e-s, l’éventualité de repartir devant le Conseil d’Etat en procédure d’exécution."

"Si l'État ne revoit pas sa copie rapidement, nous allons user de tous les moyens juridiques à notre disposition", ajoute encore Vincent de Conink. Du côté de la mairie, selon maître Eolas, le seul recours possible pour les associations serait de "faire liquider l'astreinte et utiliser les fonds pour créer des points d'eau" et douches, c'est-à-dire "obtenir un jugement constatant que, du fait de son inaction, la commune leur doit tant d'euros". Mais "le refus d'obéir à une décision de justice de la part d'un élu n'est pas un délit en France", ajoute l'avocat.

Leurs propositions pour améliorer les circonstances de vie des migrants

Pour Sylvain, de L'Auberge des migrants, il est impératif de "trouver quelque chose de plus digne, l'urgence humanitaire est réelle et l'Europe a les moyens." 

Mais selon lui, il y a, avant tout, une "urgence absolue à ouvrir les frontières" avec le Royaume-Uni et "renégocier les accords du Touquet", signés par Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur, en 2003, vivement critiqués pendant la primaire de la droite par les différents candidats.

La solution est politique et plus grande que Calais

Sylvain de l'association L'Auberge des migrants à Calais
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"La solution est politique et plus grande que Calais", estime-t-il encore, affirmant que "l'Europe est assez riche" pour prendre le problème en main et surtout que "c'est son devoir." De son côté, l'Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) "encourage la France" à prendre des mesures plus larges concernant l'arrivée de migrants comme "créer en priorité 20.000 places d'accueil", "simplifier le système d'accueil", "offrir un accompagnement de qualité aux demandeurs d'asile" ou encore "s'assurer de l'accès effectif aux soins". Et Sylvain de conclure : "L'arrivée de migrants, on voit ça comme une crise, alors que c'est une chance".

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2017-09-02 07:45:00
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