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McDonald's : comment les salariées se mobilisent contre le sexisme dans l'entreprise

INTERVIEWS - Le 13 novembre dernier, le collectif McDroits qui réunit des salariés et ex-salariés de McDonald's a annoncé que la direction de la chaîne de fast-food avait aboli le port de la jupe pour les équipières. Le fruit d'une mobilisation d'ampleur.

Le collectif McDroits se mobilisent contre le sexisme, le racisme et les LGBTphobies à MacDonald's.
Le collectif McDroits se mobilisent contre le sexisme, le racisme et les LGBTphobies à MacDonald's. Crédit : Collectif McDroits
Marie Zafimehy
Marie Zafimehy

"Première victoire", "grosse avancée", "la lutte paie" : vendredi 13 novembre, le collectif McDroits s'est félicité sur ses réseaux sociaux d'avoir réussi à convaincre la direction de McDonald's d'abolir le port de la jupe obligatoire pour les équipières des restaurants de la chaîne de restauration rapide. Depuis, l'enseigne multiplie les annonces pour pallier les discriminations qui règnent au sein de l'entreprise. Des décisions fruits de la mobilisation des salariés qui depuis plusieurs mois bataillent pour faire respecter leurs droits.

Le 12 octobre dernier, deux enquêtes ont été publiées. L'une par Mediapart, l'autre par StreetPress. Toutes deux relayaient les témoignages de dizaines d'employées du fast-food : harcèlement, sexisme, racisme, homophobie, transphobie... McDonald's était épinglé pour son inaction face à la multiplication de récits de discriminations souvent perpétrées par la hiérarchie sur des employés précarisés.

Mise en cause, la direction de l'entreprise avait notamment répondu à Mediapart qu'elle se "refusait à tout commentaire de situation individuelle, d’instruction interne ou juridique qui serait en cours" et qu'elle "[condamnait] avec une grande fermeté tous comportements à connotation sexuelle ou sexiste, tous comportements qui porteraient atteinte à la dignité des personnes en raison de leur caractère dégradant ou humiliant, et tous comportements qui créeraient une situation intimidante, hostile ou offensante". 

C'est quand on salit leur image qu'on a des résultats

Maylis, porte-parole de McDroits
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Parallèlement au travail de ces deux enquêtes, le collectif McDroits, créé en début d'année avait commencé son propre travail de récolte de témoignages publiés sur Twitter, décidé à faire bouger les lignes. "C'est quand on salit leur image qu'on a des résultats", résume Maylis, porte-parole à RTL.fr. La constitution du collectif a permis à plusieurs dizaines de membres de gagner en visibilité et en médiatisation. 

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En témoigne le 16 octobre dernier, quatre jours après la publication des enquêtes. Drapeaux et mégaphones à la main, les membres de l'organisation s'étaient rassemblés au pied du siège de McDonald's à Saint-Quentin-en-Yvelines (Yvelines) pour dénoncer les conditions de travail et les discriminations au sein de l'entreprise. Comme le relate Libération, la direction avait alors proposé à McDroits un rendez-vous le jour-même. Proposition refusée. "Ils voulaient nous voir à la va-vite, dénonce aujourd'hui Maylis. On a refusé par souci d'équité, on reste un petit groupe de salariés et ex-salariés."

Dénonciation du harcèlement sexuel

Un rendez-vous a finalement au lieu le mardi 10 novembre dernier. "On n'avait pas beaucoup de temps, on s'est concentré sur le harcèlement sexuel et les comportements sexistes", explique Maylis. Depuis cette victoire du collectif sur le port de la jupe (son port était jusqu'ici laissé à la discrétion de l'employeur, désormais le choix est laissé à l'employée), McDonald's a aussi envoyé une note interne à tous ses salariés pour rappeler que toutes les personnes trans doivent pouvoir être appelées par leur prénom d'usage.

McDonald's s'est par ailleurs engagé à former managers et équipiers spécifiquement sur les questions de discriminations. Aujourd'hui la formation aux discriminations fait partie d'un module global sur la sécurité au travail mais est amenée à changer pour devenir une formation spécifique d'une durée de six heures, confirme McDonald's à RTL.fr. "L'organisme qui dispensera cette formation sera certifié par l’État, celle-ci sera obligatoire pour l’ensemble des encadrants jusqu'aux directeurs de restaurants et sera validée par un test", explique l'enseigne. 

Chaque employé des quelques 1.500 restaurants français sera aussi formé. "Dans les prochaines semaines, nous allons aller encore plus loin en proposant un module de sensibilisation pour l’ensemble des équipiers car tout le monde est concerné et doit veiller à la bonne mise en œuvre des comportements attendus", a ainsi expliqué Salime Hassam, directeur des ressources humaines de McDonald's à RSE-Magazine le 5 novembre dernier.

Une mobilisation d'ampleur

MacDonalds indique par ailleurs à RTL.fr qu'elle s'apprête à appliquer une série de mesures destinées à garantir la sécurité de ses employés : ouverture d'un numéro vert pour dénoncer tout fait de harcèlement ou de discrimination, création d'une position de référent harcèlement au Conseil économique et social (CSE) et charte d'engagement à signer pour tout nouvel employé de l'enseigne.

Pour autant, McDroits n'est pas totalement satisfait de ces annonces. L'organisme qui dispensera les formations est encore inconnu, le contenu aussi. "On aurait voulu que ce soit co-construit avec les salariés, qu'un organisme spécialisé soit en charge", explique Maylis. Par ailleurs, comme en témoigne les enquêtes de StreetPress et Mediapart, le sexisme n'est qu'un des nombreux problèmes à régler dans l'entreprise. Pour aborder ces sujets comme le racisme ou la grossophobie, le collectif a demandé à la direction un deuxième rendez-vous, sans réponse pour le moment.


La mobilisation de McDroits, créé par des étudiantes parisiennes victimes de harcèlement sexuel, s'inscrit dans un mouvement plus global. Comme le rappelle Euractiv, en mai dernier, une plainte collective pour des faits similaires a été déposée par l’Union internationale des employés des services (UIES) et la Fédération internationale des syndicats de l’agro-alimentaire auprès de l'OCDE. Celle-ci regroupe plusieurs pays du Royaume-Uni, au Brésil en passant par les États-Unis

Sans y être directement affilié, le collectif McDroits s'est rapproché des organismes ayant déposé la plainte. En France, il est aussi soutenu par des syndicats comme la CGT ou Sud. Au Havre, ces derniers ont ainsi appuyé la grève de salariées accusant leur manager de harcèlement sexuel. Un mouvement qui a abouti à l'ouverture d'une enquête, rapporte Actu.fr, et à la destitution d'un responsable.

Un fonctionnement autonome qui permet aux membres de McDroits d'être protégés. "Ce sont surtout des jeunes qui travaillent à MacDo, justifie Maylis. Là au moins on a l’anonymat (Maylis n'est pas son vrai prénom, NDLR), peu de membres sont montrés". Ce qui n'est pas le cas lorsqu'on est syndiqué, explique-t-elle, une position où l'on est facilement mis en avant et médiatisé individuellement.

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