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Le politiquement correct va-t-il tuer la langue française ?

Ce dimanche 2 mai, Muriel Gilbert revient sur les euphémismes de la langue française, ces façons d’adoucir les termes que l’on estime choquants.

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Le politiquement correct va-t-il tuer la langue française ? Crédit Image : Pisit Heng / Unsplash | Crédit Média : RTL | Durée : | Date : La page de l'émission
Muriel Gilbert
Muriel Gilbert édité par Quentin Marchal

Ce dimanche, amis des mots, je voudrais vous convaincre d’appeler un chat un chat… Appeler un chat un chat, c’est, selon Larousse.fr, "parler franchement, dire les choses telles qu’elles sont". Mais le livre dont je vais vous parler ce matin, qui s’intitule en effet Appelons un chat un chat, n’est absolument pas un livre sur les expressions.

C’est un livre sur les mots. L’auteure, Françoise Nore, fustige les euphémismes, ces façons d’adoucir les termes que l’on estime choquants, qui ne sont parfois que des procédés pour prendre la réalité avec des pincettes, ou pour la travestir. La question que pose la linguiste, c’est "le politiquement correct va-t-il tuer la langue française ?".

Personnellement, je n’irais pas jusque-là, la langue française est plus solide que ça. Mais l’un des euphémismes les plus agaçants, qui fait que l’on lit ce livre avec autant de soulagement que d’exaspération, c’est par exemple la façon d’appeler "plan de sauvegarde de l’emploi", ce qui en réalité est un plan de licenciements. On lit et on entend régulièrement des phrases aussi abracadabrantes, quand on y pense, que : "Dans le cadre du dernier plan de sauvegarde de l’emploi, un quart de l’effectif a été licencié".

Une tendance née dans les années 1970

Cette tendance à ne pas appeler un chat un chat viendrait d’outre-Atlantique, selon l’auteure, où le politiquement correct, cette "façon de s’exprimer qui efface du langage usuel des termes jugés offensants ou dévalorisants", est né dans les années 1970. C’est la même tendance qui fait qu’il n’y a plus de vieux en France, par exemple. 

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Pendant quelques décennies, on a eu des personnes âgées, ou du troisième âge, et même du quatrième âge, et maintenant, même ces mots-là sont connotés trop négativement, donc on a des seniors. Bon, ça commence à 50 ans, senior, alors voilà, de 50 à 100 ans, les Français sont tous des seniors

Magique, plus personne n’est vieux. Rappelons quand même, pour paraphraser Sainte-Beuve, que si devenir vieux n’est pas une partie de plaisir, c’est la meilleure façon que l’on ait trouvée de ne pas mourir jeune.

De multiples exemples en France

Donc en France, il n'y a plus de gros, mais des personnes en surpoids, plus d’aveugles mais des non-voyants, et on a même réussi à éliminer les clochards en les remplaçant par des SDF. 

Dans le même temps, l’assistante est venue remplacer la secrétaire, c’est tellement plus chic, tandis que l’assistante maternelle prenait la place de la nourrice. On peut aussi se demander si les cantines sont devenues tellement meilleures depuis qu’on les appelle restaurants d’entreprise ou restaurants scolaires

Le plus délicieux, c’est que Françoise Nore cite Pierre Desproges, se livrant déjà au même constat en 1981 et concluant "Françaises, Français, réjouissons-nous, nous vivons dans un siècle qui a résolu tous les vrais problèmes humains en appelant un chat… un chien". Quant à moi, amis des mots, je dis, comme Françoise Nore :  "Appelons un chat un chat".

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