3 min de lecture

"J’ai fait 15 heures de TikTok et Snapchat en une seule journée" : quand les réseaux sociaux deviennent une source de conflits familiaux

Alors que le projet de loi visant à interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans est présenté ce mardi 6 janvier devant le Conseil d’État, la question divise et soulage à la fois de nombreux parents. Addictions, mensonges, contrôle parental… Derrière les écrans, les réseaux sociaux sont devenus un terrain de tensions familiales.

Maya et ses parents, François et Alexandra

Crédit : RTL

Rencontre avec des enfants complètement accrocs aux réseaux sociaux

00:03:21

Léna Ménager - édité par Yasmine Boutaba

Je m'abonne à la newsletter « Infos »

Emma avait à peine 11 ans lorsqu’elle a installé TikTok et Snapchat sur son téléphone. Trois ans plus tard, l’adolescente a reconnu une consommation excessive. "Il y a une fois où j’ai fait 15 heures de TikTok et Snap en une seule journée" a-t-elle confié. Une utilisation intensive, passée presque inaperçue aux yeux de ses parents.

La jeune fille a admis avoir installé certaines applications sans leur accord. "Moi je les ai installées sans leur accord, surtout TikTok et Snap. Instagram, j’ai le droit. Une fois, ma mère a ouvert TikTok et elle a vu du contenu +18 ans. Elle m’a dit 'non', mais je l’ai installé quand même. Comme elle ne vérifie pas… bon."

Tricher est alors devenu un jeu d’enfant. Emma a déverrouillé son iPhone pour montrer la manière dont elle masque ses réseaux sociaux. Grâce à une protection Face ID sur certaines applications, aucun logo n’apparaît à l’écran. Si sa mère fouille dans le téléphone, elle ne verra aucune plateforme apparaître sur l'écran.

"Je me sens un peu dépassé" : des parents en difficulté face aux usages numériques

À Châlons-en-Champagne, dans la Marne, la famille de Maya, 14 ans, a illustré ces difficultés du quotidien. L’adolescente utilise Snapchat chaque jour pour échanger avec ses amies, parfois même avec des personnes qu’elle n’a jamais rencontrées. Son père, François, a avoué son désarroi. "Je me sens un petit peu dépassé parce que je ne comprends pas le principe de Snapchat. Après, ça devient un peu du n’importe quoi."

Sa mère, Alexandra, a tenté d’alerter sa fille sur les dangers. "Comment tu peux savoir qui tu as en face ?", lui a-t-elle demandé. Maya a répondu à cela qu’elle avait déjà appelé ces contacts en visio. Mais la mère a insisté : "Tu penses savoir que c’est une fille, mais si en face de toi, tu as une personne qui te montre son sexe par exemple ?".

Depuis quelque temps, Maya réclame aussi Instagram. "Ça y est, j’ai grandi, je suis bientôt au lycée et j’ai envie d’avoir un autre réseau social que Snapchat", a-t-elle expliqué. Une demande immédiatement refusée par sa mère. "C’est mort. On voit tellement de choses, c’est trop compliqué Instagram. Il y a les gossips." Elle a notamment cité un compte Instagram local, "Gossip Châlons", qui relaie, au quotidien, des rumeurs. "Ma fille a déjà été nommée dedans, ça me fait peur."

Maya a relaté avoir été insultée sur ce compte. "Ça disait que j’étais une 'BDH'", une expression de la génération Z pour désigner une "bandeuse d’hommes". Désormais, pour la protéger, les parents lui ont imposé un contrôle parental strict, avec un temps limité à trois heures par jour sur Snapchat.

"Se mettre en posture d’adulte qui protège" : les conseils des professionnels

Lorsque le dialogue est devenu impossible et que la triche s'est installée, de nombreux parents se sentent démunis. La pédiatre Sylvie Dieu Osika reçoit régulièrement ces familles en consultation. "Si on se sent débordés, il faut préserver le sommeil. C’est la première chose qu’il faut essayer d’obtenir avec l’adolescent" a expliqué la professionnelle de santé.

Selon elle, il est essentiel de réaffirmer le rôle parental. "D’abord, se mettre en posture : 'je suis l’adulte qui te protège'. Puis on fait un deal : il n’y a plus d’écran dans ta chambre. Déjà, si un adolescent dort, on pourra un peu discuter avec lui. Ensuite, on pourra parler de la suite, des contenus et de ce qu’il se passe dans la journée."

Son deuxième conseil est tout aussi clair : montrer l’exemple. Car les parents qu’elle a déjà vu en consultation passent parfois autant de temps que leurs enfants sur les réseaux sociaux. Une contradiction qui complique encore davantage l’apaisement des conflits à la maison.

La rédaction vous recommande
À lire aussi

L’actualité par la rédaction de RTL dans votre boîte mail.

Grâce à votre compte RTL abonnez-vous à la newsletter RTL info pour suivre toute l'actualité au quotidien

S’abonner à la Newsletter RTL Info