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Ils tuent jusqu'à 250 animaux par jour : comment des ultra-riches ont fait de la Sologne leur terrain de chasse

De riches patrons se réunissent en Sologne durant les week-ends pour chasser, décrypte un reportage du journal "Le Monde". Une véritable économie s'est installée dans le secteur, mais elle suscite la colère des habitants.

Un panneau de signalisation indiquant qu'une opération de chasse est en cours (Illustration).

Crédit : Mathieu Thomasset / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Ces ultra-riches qui ont choisi la Sologne pour en faire leur terrain de chasse

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Ces ultra-riches qui ont choisi la Sologne pour en faire leur terrain de chasse

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William Galibert - édité par Ennio Aparicio-Szkudlarek

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Des milliards, des châteaux et de la terrine de sangliers. Bienvenue en Sologne. C'est le territoire choisi par les grandes fortunes et les grands patrons pour se mettre au vert. Pour rester entre soi, souvent avec un fusil de chasse sous le bras. Vous allez reconnaître quelques noms.

Un long reportage publié dimanche 1er février par Le Monde nous plonge dans ce territoire. On y retrouve des parties de chasse, des réseaux d'influence et des tensions grandissantes avec certains habitants. Mais pourquoi les ultra-riches ont-ils choisi cet endroit ?

La Sologne n'est pourtant pas un décor facile. Situé au sud d'Orléans, entre Vierzon et Lamotte-Beuvron, le territoire est un ancien marécage asséché sous Napoléon III, composé de forêts giboyeuses et d'étangs immobiles. Un monde à l'écart du monde, mais pas trop loin de Paris. La région a même ses agences immobilières spécialisées dans les châteaux et les biens d'exception. 

Les PDG de Chanel, Bouygues, Franck Provost sont des habitués

L'une de ces agences est installée à Salbris (Loir-et-Cher), commune de 5.000 habitants. Son responsable raconte que ces grandes fortunes ont tendance à arriver le jeudi pour repartir le lundi. Et quand on passe trois ou quatre jours dans une résidence secondaire, avoir des amis autour de vous rend l'expérience plus agréable et confortable. Les compères vont donc eux-aussi acheter en Sologne, ce qui explique le développement du phénomène. 

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Dans la liste non exhaustive des ultra-riches amoureux de ces bois, nous retrouvons les frères Alain et Gérard Wertheimer, actionnaires de Chanel et Olivier Bertrand, dont le groupe de restauration rassemble les enseignes Hippopotamus, Léon, Lippe et Au pied de cochon. Le coiffeur Franck Provost est lui à la tête de deux propriétés, dont une rachetée aux héritiers d'Olivier Dassault. 

Et la liste se poursuit : le PDG de l'assureur Generali, l'héritier du groupe de casino Benjamin Tranchant, Olivier Bouygues, et le spécialiste des cryptomonnaies Éric Larchevêque, qui participe à l'émission Qui veut être mon associé ? sur M6. 

Une économie de la chasse

Notre agent immobilier de luxe explique aussi la petite astuce fiscale qui explique ces nombreuses conversions à la Sologne. Par exemple, si on achète une forêt à 1 million d'euros, 750.000 euros seront exonérés de l'impôt sur la fortune immobilière. Et lorsqu'on transmet, on ne paye pas les droits de succession, mais seulement sur 250.000 euros.

Pour l'économie locale, c'est une énorme manne financière. Elle mobilise des gardiens, des traiteurs et des artisans pour la rénovation des grandes demeures. À Salbris, une économie spécifique de la chasse s'est structurée, avec des armuriers haut de gamme et d'autres équipements.

On retrouve même une usine de découpe et de transformation du gibier, avec des débouchés vers Rungis et des projets pour fournir les grandes brasseries parisiennes. 

Des dépouilles d'animaux abandonnées ou incinérées

Mais l'envers du décor apparaît aussi. Des habitants s'agacent de voir des propriétés se fermer et des kilomètres de grillages apparaître, parfois au détriment de chemins communaux. Cela a conduit à la création de l'association "Les Amis des Chemins de Sologne". 

Son fondateur oppose deux visions de la chasse : "Nous, on fait attention à l'éthique. L'animal a la chance de pouvoir s'enfuir. Dès qu'on a prélevé 4 ou 5 sangliers, on arrête. Tandis que dans certaines de ces grandes chasses-là, ils tuent jusqu'à 250 animaux par jour. C'est le jeu de 'Qui va en tuer le plus ?' C'est du ball-trap sur cible vivante", témoigne-t-il dans le reportage. 

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Le constat est le même du côté des autorités. Le directeur régional de l'Office français de la biodiversité évoque une "densité d'animaux qui s'apparentent à de l'élevage clandestin dans certains de ces domaines". Et quand trop d'animaux sont abattus, tout ne peut pas être consommé. Le reportage évoque des dépouilles jetées, incinérées ou enterrées. Des sacs poubelles seraient même abandonnés dans des fossés contenant des faisans ou des chevreuils. 

La Sologne se retrouve donc sous tension. Certes, il y a une économie qui fait vivre des familles, mais le territoire se referme sur lui-même. Piégé entre la quiétude achetée à prix d'or et des habitudes plus anciennes qui disparaissent peu à peu derrière les grillages. 

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