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FIV : le premier bébé-éprouvette a créé de "grandes craintes", se souvient le Pr René Frydman

Le professeur René Frydman aura connu 23 échecs avant de réussir à donner naissance à un bébé via fécondation in vitro : Amandine, née le 24 février 1982. Il n’aura jamais baissé les bras.

René Frydman, Jacques Testart et Emile Papiernik le 24 février 1982 pour la naissance d'Amandine
René Frydman, Jacques Testart et Emile Papiernik le 24 février 1982 pour la naissance d'Amandine
Crédit : MICHEL CLEMENT / AFP
RÉCIT - FIV : Amandine, la naissance révolutionnaire du premier bébé-éprouvette
00:02:07
L'INTÉGRALE - Amandine, le premier bébé-éprouvette : un accouchement caché aux médias
00:40:00
Flavie Flament & Capucine Trollion

Le 24 février 1982, Amandine devient le premier bébé français conçu par fécondation in vitro. Ce bébé que tout le monde regarde avec émotion est le fruit d’une prouesse médicale. Elle l’apprendra plus tard, quand elle sera en âge de le comprendre. À elle, on ne dira pas qu’elle est née dans une rose, mais dans un laboratoire.

Le professeur René Frydman aura connu 23 échecs avant de réussir à donner naissance à cet enfant. Il n’aura jamais baissé les bras. "J'ai ressenti quelque chose [à l'accouchement] qui reste encore aujourd'hui, un peu inexprimable. C'est-à-dire c'est intellectuellement qu'on se dit : 'Tiens, l'embryon que j'ai vu dans le laboratoire de Jacques Testart, c'est le bébé qui est en train de sortir du ventre de sa maman'", confie le professeur René Frydman, gynécologue obstétricien, l'un des plus grands spécialistes mondiaux de la médecine de la reproduction et pionnier de la fécondation in vitro et parrain d'Amandine.  

4 ans plus tôt, la fécondation in vitro faisait la une de l’actualité internationale. En 1978 a lieu en Grande-Bretagne, la première naissance viable d’un enfant conçu par FIV. Elle s’appelle Louise Brown, l’évènement est retentissant dans le monde entier. Les parents remercient la science évidemment, pendant que l’Eglise, elle, s’offusque.

En France, le professeur René Frydman et le docteur Jacques Testart continuent à travailler.  "C'est un travail d'équipe qui s'est lancé en 1975 à la suite de la constatation d'échecs. C'est-à-dire que quand les femmes étaient infertiles du fait surtout des trompes qui étaient infectées, bouchées, on passait des heures à les déboucher, à les réparer au microscope. C'étaient des interventions de 4-5 heures qui donnaient peu de résultats", se souvient le professeur René Frydman au micro de Jour J.

La naissance a été cachée aux médias

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En 1982, ils y sont presque, depuis 5 ans, ils travaillent d’arrache-pied à la réussite de leur projet. D’ailleurs, les médias ont eu vent du travail des deux hommes, qui doivent désormais redoubler de prudence, de malice et d’ingéniosité. Les parents souhaitant rester dans l’anonymat, pour protéger au mieux l’intimité de leur famille.

L’accouchement aura donc lieu dans le plus grand secret. Pour ce faire, un scénario digne d’un roman policier est monté, dans le but de tromper les paparazzi et journalistes trop curieux. Une fausse date de césarienne pour une mystérieuse patiente est programmée une semaine après la date de l’accouchement de la mère d’Amandine, avec pour objectif de faire baisser une tension médiatique devenue invivable pour les équipes du professeur Frydman, et pour la famille. Le scénario monté pour protéger l’intimité de l’accouchement est une réussite.

"Ce qui était extraordinaire dans cette aventure, c'est que non seulement, c'était quelque chose de médicalement intéressant pour les femmes et les couples qui souffraient d'infertilité", poursuit le professeur Frydman dans Jour J. "Mais, c'était aussi parce qu'on touchait aux fondamentaux de l'humain, on va d'ailleurs tout de suite avoir la création du Comité National d'Ethique parce que c'est un progrès qui pose question. Ce qui était intouchable est devenu palpable, ce qui était invisible, parce que le début de nous-mêmes c'était dans le noir, là c'était à la lumière sous le microscope", décrit-il.

La farouche opposition de l'Église

Comment cette prouesse médicale a-t-elle été acceptée par la société ? "Il se faut se remettre en situation. Il y avait de grands espoirs et des grandes craintes", résume le professeur René Frydman. "Dans le milieu scientifique, il y avait des oppositions y compris chez nos chers collègues qui trouvaient qu'on n'avait pas fait suffisamment fait d'études chez l'animal (...) mais la société hors médicale était aussi, en particulier les religions, étaient très dubitatives, voire opposées", narre le gynécologue obstétricien. 

"Les évêques ne voulaient pas qu'il y ait une dissociation entre la sexualité et la reproduction, d'où la position assez logique : pas de contraception, pas de préservatif et pas de fécondation in vitro. Et évidemment moi sur le plan de conviction et de médecin, j'étais tout l'opposé", conclut-il.

Tous les jours dans Jour J, de 20h à 21h sur RTL, Flavie Flament vous fait découvrir les grands moments d’actualité qui ont marqué la mémoire collective.

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