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Des poupées plus vraies que nature "adoptées" pour soigner la solitude

Le marché des poupées "reborn" est en expansion, avec des applications dans le traitement de la dépression ou l'accompagnement des malades d'Alzheimer.

Isabelle Choquet La Revue de Presse Isabelle Choquet iTunes RSS
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Des poupées plus vraies que nature "adoptées" pour soigner la solitude Crédit Image : JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN / AFP | Crédit Média : RTL | Date :
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Isabelle Choquet édité par Ryad Ouslimani

Comme chaque matin, nous explorons la presse hors des sentiers battus. Et ce mardi 6 octobre matin, on vous présente des bébés pour le moins étranges. D'abord AJ, un petit garçon avec déjà une bonne tignasse brune, de bonnes joues et une fossette au menton. Depuis 3 ans, c'est le bébé d'Amanda.  Elle est photographe à Londres, la quarantaine, et pendant de longues années, elle a été dépressive. 

Son seul réconfort, c'était quand elle voyait des amis, et qu'elle pouvait jouer avec leurs animaux ou prendre un bébé dans ses bras. Amanda est célibataire et elle veut le rester. Mais un jour, sur internet, elle a trouvé l'amour. Coup de foudre pour bébé AJ. Tout minuscule, tout potelé, super craquant. Juste pas vivant. AJ, c'est une poupée, un reborn.

Du vinyle et des poils de chèvre mohair, mais plus vrai que nature. On les appelle aussi des "bébés USB". Avec un peu d'électronique, les plus perfectionnés peuvent reproduire le bruit des battements de coeur, la succion ou la respiration d'un nourrisson... 

Un remède contre la dépression

Les reborn sont vendus en kit : des bras, des jambes, une tête et un corps mou. Il faut 80 heures pour créer une poupée reborn. Une trentaine de couches de peinture, des cheveux implantés un à un. Les fabricants sont des artistes qui repoussent sans cesse les limites de l'hyperréalisme. Certains imitent des taches de naissance, un réseau sanguin, des larmes, de la salive. Parfois même, la mission de l'artiste reborneur est de copier les traits des parents adoptifs.

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Le phénomène est apparu aux États-Unis dans les années 90. Poupées de collection pour certains, our d'autres, comme Amanda, c'est un enfant de substitution. Elle l'habille, elle le promène, emmitouflé dans une écharpe de portage. "Au départ, dit-elle, mes parents ont été choqués et troublés. Aujourd'hui ce sont de merveilleux grands-parents".  

Des grands-parents qui gardent le petit quand elle s'absente. Mais elle est quand même capable de le laisser seul pour aller travailler. Et elle en plaisante : "Au moins il ne me réveille pas la nuit, il ne me vomit pas dessus, et il n'a jamais besoin de nouveaux vêtements". Un peu d'humour british dans une vie qui donne le frisson entre réalité et virtuel. Mais chez Amanda, le mot reborn prend tout son sens : renaissance. Ce faux bébé lui a redonné goût à la vie. Elle a le sentiment qu'il l'écoute, qu'il la comprend. Depuis qu'il est là, plus de crises d'angoisse.

On ne les achète pas, on les adopte

Des poupées sans vie pour réparer les vivants. C'est aussi l'expérience que mène Delphine, une infirmière de Caen, artiste reborneuse à ses heures perdues. Ses poupées, elle les offre aux Ehpad de la région. Il y a deux ans, elle a même créé une nurserie pour les malades d'Alzheimer. Les infirmières leur confient un bébé, elles les encouragent : "Faites lui un câlin, chantez lui une berceuse". La crainte, c'est que les patients découvrent que c'est du faux.

"Il est un peu froid", dit Gisèle. "Son corps est dur", ajoute Geneviève. Mais le miracle se produit. Rapidement, les mémés se replongent dans leurs meilleurs souvenirs : quand leurs enfants étaient petits, qu'elles étaient jeunes et l'avenir plein de promesses.

Les reborn ne s'achètent pas, on les adopte. On les trouve sur internet, bien sûr, mais il existe aussi quelques boutiques, à Madrid par exemple. Au premier regard, trompé par le réalisme, on est attendri. Et puis très vite, on est effrayé. "Il se passe quelque chose en nous, un instinct primaire, qui nous fait comprendre que le bébé est factice. Soit on est bluffé par l'objet et on contemple tous les détails, soit on a le sentiment d'être devant un bébé mort". C'est ce qu'explique Julie, créatrice de reborn pour le cinéma et la pub.

Car oui, ça sert aussi à ça. Elle, elle a créé par exemple le bébé métis du film Qu'est-ce qu'on a encore fait au bon dieu ? Mais ça, c'est anecdotique. Le vrai marché est ailleurs. 20.000 adeptes dans le monde, qui nous ramènent à une vieille question : objets inanimés, avez-vous donc une âme ? Article surprenant à lire dans le magazine We Demain.

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