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Polémique sur les masques : la grande distribution profite-t-elle de la crise ?

ÉDITO - C'est sur fond de polémique avec les soignants que la grande distribution a commencé à commercialiser des masques ce lundi 4 mai.

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Déconfinement : la grande distribution commence les ventes de masques Crédit Image : FRANCOIS GUILLOT / AFP | Crédit Média : RTL | Date :
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François Lenglet édité par Camille Sarazin

La grande distribution commence ce matin à vendre des masques pour le grand public, et les professionnels de santé voient rouge. Une violente polémique s'est déclenchée à la suite d'une tribune, signée par les présidents des ordres des médecins, dentistes, infirmiers et autres kinésithérapeutes. 

Les soignants s’indignent de voir arriver des dizaines de millions de masques dans les rayons d’un jour à l’autre, alors qu’ils ont subi, depuis le début de la crise, une pénurie de masques chirurgicaux. Masques qui leur sont évidemment indispensables pour exercer leur mission, face à des patients potentiellement contaminés.

Et ils n’y vont pas avec le dos du bistouri. Les distributeurs sont les "profiteurs de la crise", disent-ils, c’est "la surenchère de l’indécence", l"’heure viendra de rendre de comptes". Ils accusent les Leclerc, Carrefour et autres Système U d’avoir constitué des stocks alors qu’eux même étaient en pénurie.

Les reproches sont-ils fondés ?

Ces reproches sont-ils fondés ? Non, c’est absurde, même si l’exaspération des soignants face aux difficultés qu’ils ont subies explique sans doute en partie leur réaction. À la fin mars, les distributeurs en ont commandé pour leurs propres salariés, et on ne peut pas le leur reprocher. L’autorisation de vendre à partir du 4 mai leur a été donnée il y a quinze jours.

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Les commandes massives ont alors débuté, et elles arriveront progressivement dans les semaines qui viennent. Et heureusement, car même si les soignants restent prioritaires, le grand public va avoir besoin aussi de masques. À partir du 11, c’est obligatoire d’en porter un dans les transports, et peut-être dans certains magasins.

Un échec de l'État sur les masques

Mais pourquoi la grande distribution en trouve t-elle alors que l’État n’y parvenait pas ?D’abord parce qu’un mois et demie a passé, et que la production mondiale a explosé entre temps. Ensuite parce que la grande distribution est très connectée à la Chine, elle y fait ses achats depuis 20 ans. Elle dispose d’une force de frappe importante, la masse des commandes, elle a donc fait ce qu’elle sait faire, sourcer et s’approvisionner au meilleur prix. Et elle vendra d’ailleurs au prix coûtant. 

C’est tout le paradoxe de cette tribune saugrenue de ces médecins. Ils s’en prennent à ceux qui ont réussi à obtenir des masques, et pas à celui qui a raté son coup : l'État. C’était à lui de constituer des stocks, il ne l’a pas fait. Il a multiplié interventions, réquisitions, réglementations, normes et procédures douanières, sans parvenir à livrer les blouses blanches. Alors que les entreprises en avaient trouvé pour leurs salariés, que les régions en avaient trouvé aussi. C’est là qu’est le problème. Et ça n’est pas très rassurant pour l’avenir, en cas de nouvelle pénurie par exemple.

Et elle se profile pour les surblouses, ces vêtements jetables qui sont aussi indispensables à la protection du personnel médical, en cas de contact avec des malades contaminés. Et pour des produits pharmaceutiques, le fameux curare en particulier, qui sert à anesthésier les personnes intubées en réanimation. C’est l’État qui prend en charge l’approvisionnement et la gestion de ces produits essentiels. 

Emmanuel Macron avait d’ailleurs critiqué, lors d’une de ses interventions récentes, la marchandisation de la santé, et annoncé la mise en place de filières de production publiques. Au vu du ratage sur les masques, on se demande si c’est une bonne idée. L’État est-il la solution, ou le problème ? À moins que le ministère de la Santé ne se décide à recruter ses acheteurs chez Carrefour ou Leclerc.

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