3 min de lecture Élisabeth Borne

Confinement : les entreprises récalcitrantes à mettre en place le télétravail

Plusieurs salariés témoignent d'une mise en place du télétravail moins massive lors de ce deuxième confinement, avec des entreprises qui traîneraient des pieds.

Le télétravail (illustration)
Le télétravail (illustration) Crédit : ARIS OIKONOMOU / AFP
Ryad Ouslimani
Ryad Ouslimani
et AFP

Le message du gouvernement est pourtant clair depuis plusieurs semaines, plusieurs mois : le télétravail est à privilégier. Depuis la mise en place du confinement vendredi 30 octobre, Elisabeth Borne l'a déclaré "obligatoire", "pas facultatif". Pourtant, les entreprises semblent moins enclines à le mettre en place systématiquement, même quand le présentiel n'est pas obligatoire à l'exécution de la tâche.

"Tous ceux qui ont des tâches télétravaillables, et il y en a beaucoup, doivent télétravailler cinq jours sur cinq", a encore rappelé ce mardi la ministre du Travail sur Europe 1. Elisabeth Borne a même évoqué le recours désormais à des sanctions envers les entreprises récalcitrantes.

Du côté des employés, il y en a beaucoup qui aimeraient que cela soit mis en place réellement. C'est le cas de Sofia (prénom modifié), salariée d'un cabinet de conseil en région parisienne, qui aimerait voir son employeur respecter l'injonction.

Accepté en mars, refusé en novembre

En effet, son entreprise a précisé par mail aux 500 salariés "le maintien de ses activités en mode 'normal'", soit un seul jour de télétravail par semaine. "C'est très choquant, on a l'impression qu'on ne vit pas dans le même pays. C'est juste une stratégie de contrôle des gens", déplore Sofia à l'AFP, qui souhaiterait éviter de prendre les transports pour se rendre en banlieue parisienne. "Pour travailler, on a besoin d'un ordinateur et d'une connexion internet", assure-t-elle.

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Bertrand (prénom modifié), qui travaille pour le Crédit Agricole, fait le même constat. Sa direction a indiqué un maximum de deux jours de télétravail par semaine. "Nos postes étaient 100% en télétravail en mars", rappelle Bertrand, qui a du mal à comprendre.

Comme lui, des salariés d'offices HLM, de sociétés de dépannage informatique en ligne ou de location d'engins de BTP ont raconté à l'AFP avoir travaillé uniquement depuis leur domicile en mars-avril dernier, ce qui ne leur est aujourd'hui plus permis.

Tous avancent le même argument: le refus du télétravail est lié à "une peur de perte de contrôle du salarié, avec une baisse de productivité".

Une liberté d'appréciation trop grande laissée aux entreprises ?

La branche banque de Force ouvrière (FO) a de son côté tenu à pointer la situation du LCL, filière du Crédit Agricole et s'est émue d'un "0% télétravail" imposé à tout le réseau commercial. "La profession, à de rares exceptions, exclut toujours de recourir massivement au travail à distance en particulier pour les salariés des réseaux et en contact direct du public", dénonce FO.

Alors que syndicats et patronat ont entamé des discussions mardi 3 novembre sur le télétravail, la négociatrice de la CFDT Catherine Pinchaut a évoqué "de fortes remontées" venant d'entreprises qui refusent le télétravail.

La syndicaliste a ainsi dénoncé le protocole sanitaire pour les entreprises mis en ligne jeudi par le ministère du Travail. Selon elle, il "laisse libre cours à de nombreuses interprétations", a-t-elle dénoncé. "C'est à l'appréciation pure de l'employeur, qui décide que le poste de M. ou Mme Dupont est télétravaillable ou pas", sans discussion avec le salarié, a déploré Mme Pinchaut. "On voit bien qu'il y a une boulette dans la rédaction du protocole", a-t-elle regretté.

Macron "a dit que les usines devaient tourner"

Néanmoins, Elisabeth Borne a pointé certains "signaux positifs" comme la fréquentation en baisse des transports en commun en Île-de-France lundi (entre 25 et 40% en moins par rapport à la normale).

"Je vais continuer toute cette semaine à mobiliser les entreprises, j'ai plusieurs visioconférences avec des directeurs de ressources humaines", a-t-elle assuré, affirmant qu'une enquête allait être diligentée en fin de semaine pour "mesurer la façon" dont le télétravail a été mis en oeuvre.

En attendant, Thibault (prénom modifié), qui travaille pour une entreprise de dépannage informatique à distance dans la région de Nantes, note une différence de taille par rapport à la situation du printemps : "Contrairement au premier confinement, notre client n'a pas arrêté sa production donc il y a autant de travail, voire plus, avec plein de problèmes techniques", explique-t-il, rendant le travail à distance plus compliqué cette fois-ci.

À Dassault Aviation, certains salariés se sont plaints de ne pouvoir travailler à 100% depuis chez eux, pour "des raisons de performance économique" selon la CFDT. Mais comme le rappelle Bernard Mathieu, délégué syndical CFE-CGC, "le président de la République a dit que les usines devaient tourner" donc "le 100% télétravail est impossible", et pas seulement pour les ouvriers.

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