4 min de lecture Coronavirus

Confinement : des personnes âgées "risquent de se laisser mourir", alerte une médecin

Une docteure a lancé un appel afin de se pencher sur le cas des séniors isolés, qui risquent de céder au "syndrome du glissement" s'ils sont coupés de tout lien social.

Une personne âgée (photo d'illustration).
Une personne âgée (photo d'illustration). Crédit : Jeff Pachoud - AFP
Ryad Ouslimani
Ryad Ouslimani
et AFP

La bataille face à l'épidémie de coronavirus en France passe depuis mardi 17 mars par un confinement de la population, avec des autorisations de sorties accordées uniquement pour des raisons précises et réglementées. Hélas, afin de préserver la santé des personnes les plus fragiles, il ne faut pas rendre visite aux personnes âgées. 

Parfois isolées, elles bénéficient en temps normal de quelques visitent qui égaient le quotidien. Or, elles sont désormais coupées de tout contact, pour leur bien, mais cela pourrait avoir des conséquences dramatiques. 

Les personnes très âgées qui vivent encore chez elles "ne comprennent pas toujours pourquoi elles n'ont plus autant de visites, et certaines risquent de se laisser mourir", alerte une médecin généraliste d'Eure-et-Loir.

Des séniors livrés à eux-mêmes

La docteure Lydie Moronvalle installée à Bailleau-l'Évêque, un village de 1.200 habitants près de Chartres, compte une dizaine de patients de plus de 90 ans. Mardi, "je suis allée voir une patiente dont la fille n'avait plus de nouvelles depuis la veille. Elle pensait qu'elle ne s'alimentait plus et qu'elle était peut-être tombée", témoigne la praticienne à l'AFP. 

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Quand je suis arrivée chez elle, la dame était perdue car elle n'écoute pas les informations et ne comprenait pas pourquoi ses enfants, qui font ses courses et remplissent son frigo, ne venaient plus la voir tous les jours. Elle attendait leur passage pour s'alimenter", témoigne le médecin auprès de l'AFP.

La Dr Moranvalle raconte avoir trouvé sa patiente "sur son lit dans le noir, mais heureusement pas déshydratée et sans signe de traumatisme ou de fracture". Les enfants ont été rappelés en urgence pour faire manger leur maman.

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3. Coronavirus : les Français face au confinement Crédit Image : RTL Originals | Crédit Média : RTL Originals | Durée : | Date :

Le risque du droit de retrait des auxiliaires de vie

Depuis que le gouvernement a décrété le confinement pour enrayer l'épidémie de coronavirus, cette médecin généraliste redoute que les personnes âgées isolées soient livrées à elles-mêmes plusieurs semaines, notamment celles bénéficiant de l'aide d'une auxiliaire de vie pour manger, faire le ménage et se laver.

"Des aidants envisagent d'exercer leur droit de retrait, en particulier parce qu'ils n'ont pas de masques de protection, et parmi le personnel soignant, certaines personnes tombent aussi malades", souligne Lydie Moronvalle. Elle cite encore l'exemple d'une patiente atteinte d'Alzheimer "bien entourée par son fils unique" mais qui souffre d'une pneumopathie et dont l'auxiliaire de vie envisage de faire valoir son droit de retrait.

Face à la crainte d'un isolement croissant, la médecin a alerté la mairie, qui a comptabilisé 222 personnes âgées de plus de 65 ans.

Le "syndrome du glissement"

La solidarité s'est alors organisée sur place afin d'apporter du soutien et de l'information aux personnes âgées. "Nous avons organisé une réunion avec les médecins et sectorisé le village : chacun des 14 élus est responsable d'une ou deux rues, et nous contactons par téléphone les personnes les plus âgées et les plus fragiles pour prendre de leurs nouvelles et recueillir leurs besoins", explique Josette Faverot, première adjointe, qui se veut rassurante.

Mais pour la Dr Moronvalle il va falloir rester vigilant car ce n'est pas le covid-19 qui menace ces personnes-là. Ainsi, elle souligne que l'isolement, plus important depuis ces derniers jours, "a un impact psychologique qui n'est pas souhaitable". "Certaines personnes âgées ne vont pas mourir du coronavirus mais vont mourir d'autres chose ou se laisser mourir". Elle évoque le "syndrome de glissement".

Selon elle, la crise sanitaire "révèle les failles d'un système déjà très tendu, avec un manque de personnel localement pour la prise en charge des personnes âgées dépendantes".

La perte de stimulation aggrave la situation

Pour Véronique Cayado, docteure en psychologie et spécialiste du vieillissement, interrogée par l'AFP, "les gestes pratiqués chaque jour par les aidants pour les personnes dépendantes, comme l'aide au lever au coucher, à l'alimentation, sont des actes de survie".

"Le manque de lien social, la sédentarité sont des facteurs de risque pour la santé qui génèrent une accélération dans la perte des capacités physiques, comme l'équilibre, et cognitives, dès lors qu'il n'y a pas de stimulation", souligne-t-elle, ajoutant qu'"il y a un risque de basculement pour les personnes fragiles vers la perte d'autonomie".

Au Mans, le Centre communal d'action social (CCAS) a renforcé cette semaine son service d'appel "Téléphon'âge" destiné à maintenir un "échange de convivialité" pour les séniors isolés. "Les associations et clubs de retraités ont fermé et il y a plus de gens en détresse. Il y a un plus fort risque de dépression et d'angoisse pour les personnes âgées isolées au fur et à mesure qu'elles perdent leurs contacts sociaux", met en garde Franck Forget, du CCAS du Mans.

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