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Campanella, dernier parrain de Marseille, sur écoute avant son arrestation

Un an avant l'arrestation de Michel Campanella, la police de Marseille avait placé des micros dans son restaurant. Micros qui ont livré quelques indiscrétions révélées dans "L'Obs" cette semaine.

La police marseillais a arrêté Michel Campanella en juin 2020.
La police marseillais a arrêté Michel Campanella en juin 2020.
Crédit : CLEMENT MAHOUDEAU / AFP
Campanella, dernier parrain de Marseille, sur écoute avant son arrestation
03:20
Campanella, dernier parrain de Marseille, sur écoute avant son arrestation
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Isabelle Choquet - édité par Maeliss Innocenti

Michel Campanella, dernier parrain marseillais, a été arrêté fin juin avec plusieurs membres de son clan. Mais avant cela, la police avait caché quelques micros dans sa pizzeria, la Villa Rocca, à deux pas du Stade Vélodrome. À lire cette semaine dans L'Obs.

Nous sommes le 21 juin 2019, un an tout juste avant les municipales. Tout Marseille se demande qui va succéder à Jean-Claude Gaudin. À la Villa Rocca, trois hommes se posent la question différemment : qui faut-il "tamponner", c'est-à-dire lequel faut-il aider pour en faire un obligé ? Muselier ? "Il ne passera jamais", dit le plus âgé. Lui, c'est Patrick le Maux, 63 ans, un ami de 30 ans de Campanella, il l'a connu en prison au temps des braquages. Les deux jeunes l'écoutent, le flingue à portée de main. "C'est pour avoir des trucs, des associations, des subventions... ça gêne que nous, on le tord ?" Réponse de Le Maux : "Tu le tords, tu le tords, tu fais ce que tu veux." Arrive Campanella, 57 ans, physique de rugbyman qui a lâché l'entraînement. C'est le boss, tout le monde l'écoute. Et Muselier, c'est non. "Ça fait 35 ans qu'on est amis avec lui, il nous jamais donné une salière !"

Quatre mois plus tard, entre deux pizzas et un plat de supions, le sujet revient sur le tapis. Cette fois, il est question du sénateur Bruno Gilles, candidat de droite dissident. "Tu ne le ramènes pas ici pour l'instant ?" demande un type. "Non, mais on mange en ville", répond Canari, l'un des surnoms de Campanella. Bruno Gilles dément, tout comme Renaud Muselier qui affirme ne pas fréquenter ces gens-là, par peur d'une "addition trop salée", dit-il.
Pourtant, beaucoup d'élus se mettent à table chez Canari. Jean-Claude Gaudin, le maire sortant. Samia Ghali, désormais deuxième adjointe. Martine Vassal, la candidate de droite battue. Aucune conversation directe n'a été enregistrée. Et ils affirment tous qu'ils viennent là, "pour manger, c'est tout, parce qu'on y trouve les meilleures pizzas de Marseille".

Des policiers dans le camp de Campanella ?

Ce qu'on entend bien dans ces écoutes c'est que Campanella a la main mise sur le milieu de la nuit. "C'est eux les boss, les kings", dit un lieutenant. "Le coco Bongo ? C'est à eux. Le tabac ? C'est à eux. Le magasin BM ? C'est à eux." Et la liste continue. Conclusion : "Eux, je respecte. Ils ont tout niqué, tout niqué bien. Costards blancs." À table, Campanella lance un jour : "Le mec, je lui demande 2.500 euros par semaine... Ça fait 10.000 par mois. Après, que sa discothèque elle meurt, je m'en bats les couilles !"

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Un autre jour, il évoque la dette d'un autre patron de boîte : 8.000 euros. Peu après, un homme lui dépose une enveloppe de 3.500. Entre temps, on imagine l'amicale pression du Blond, un autre surnom. Un de ses hommes de main résume, à propos d'un patron de resto : "Si Michel veut que je l'étrangle, je l'étrangle. Il me paie pour ça."

Le clan se vante aussi de tenir les schmitts, les policiers. Campanella conseille les jeunes sur la meilleure façon d'approcher un condé : "Si tu lui donnes de l'argent, il va se dire 'je suis un enculé'. Mieux vaut faire des cadeaux. Des voyages, ou un meuble", dit-il. Il parle aussi d'une rente mensuelle de 1.000 euros qu'il verserait à un policier.

Depuis juin, Canari est en cage. Incarcéré à l'isolement à Luynes. Il nie tout en bloc. L'extorsion sur les patrons de boîte ? C'est de la protection assurée par sa société de sécurité. Les élus, il ne les connaît pas. Les policiers, quand il fait des cadeaux, c'est parce que ce sont ses amis. Le jour de son arrestation, on a trouvé 5.000 euros en petites coupures dans son sac à dos... Et dans sa villa avec piscine et hammam, 27.000 euros cachés au fond du panier à linge sale, dans une boîte en fer. "Ma femme a dû la mettre là pour éviter qu'on nous la vole."

À la table du dernier parrain de Marseille... Enquête à lire dans L'Obs cette semaine.

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