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Marseille : dans les cités, la chirurgie fait de plus en plus d'adeptes

La chirurgie esthétique fait de plus en plus d'adeptes dans les cités de Marseille, quartiers pourtant très populaires.

Isabelle Choquet La Revue de Presse Isabelle Choquet iTunes RSS
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Marseille : de plus en plus d'accros à la chirurgie esthétique dans les cités Crédit Image : WIN MCNAMEE / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP | Crédit Média : RTL | Durée : | Date :
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Isabelle Choquet
Isabelle Choquet édité par William Vuillez

À Marseille, la chirurgie esthétique fait un carton, dans les cités, les quartiers Nord, quelques arrondissements qui concentrent un tiers des habitants de Marseille et l’essentiel de ses problèmes : la pauvreté, le chômage, les trafics. Dans ces quartiers sans le sou, on devient accro à la liposuccion et à la mammoplastie.

On peut donc découvrir dans La Croix l'Hebdo, Soumia, trentenaire dont la première opération chirurgicale remonte à 2014. Pas à Marseille, trop cher, mais en Tunisie : pose d’implants mammaires bonnet D, liposuccion des hanches, cuisses et genoux, puis lifting brésilien, autrement dit la réinjection d’une partie de son propre gras dans les fesses. Un premier voyage à 4.800 €. Il y en aura deux autres. "La chirurgie, c’est mon seul plaisir. C’est le pouvoir de devenir celle que l’on a envie", dit-elle. 

Le bistouri pour se trouver jolie, ou simplement pour s'accepter confie de son côté Leila : "Je suis une femme de tempérament, mais contrairement à ce que je dégage, je ne me suis jamais aimée". Elle compte ses opérations sur ses doigts et les deux mains n'y suffisent pas : trois liposuccions du ventre, lifting et implants mammaires, lipoaspiration du dos, des cuisses, des genoux, fils tenseurs pour gommer  le relâchement du visage, blépharoplastie (chirurgie des paupières)…

On a beau lui dire qu’elle est belle comme elle est, rien n’y fait. Enfance cabossée, adolescence boulimique, puis trois grossesses, avec un anneau gastrique, Leila a perdu 45 kg et depuis, elle enchaîne les interventions. "Je trouverai toujours quelque chose à refaire. Je comble un manque affectif, c’est évident", dit-elle.  

"Ces opérations, ce n’est pas que pour les riches !"

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Leila est employée municipale. Soumia, elle, enchaine les petits boulots.  "Ne pas avoir beaucoup d’argent, ça ne doit pas être un frein pour se sentir bien", dit-elle. Bien sûr, elle se serre la ceinture. Mais elle affirme aussi sa "fierté d'y avoir droit". À la clinique Phénicia à Marseille, le chirurgien Christian Marinetti confirme : "Oui, il y a une chirurgie des cités qui explose. On a d’ailleurs adapté nos tarifs à cette patientèle".

Ce nouveau marché représente aujourd’hui près de 40% des interventions. Avec une petite différence tout de même, la clientèle traditionnelle réclame la fameuse "French touch", cette chirurgie qui ne se voit pas. Les nouvelles patientes, à l’inverse, assument un acte visible. "Pour certaines, il y a clairement l’expression d’une revanche sociale", dit le docteur Marinetti. 

Leila confirme : "Ces opérations, ce n’est pas que pour les riches ! Après, on se sent au même niveau que les gens qui ont plein de pognon". Une travailleuse sociale des quartiers nord s'en inquiète. "Certaines portent leurs lèvres repulpées ou leurs implants comme si c’était un sac Vuitton", dit-elle.

Bien sûr, ça ne vaut pas pour tout le monde. "Dans les quartiers, vous avez des gens dans une pauvreté profonde, qui sont très très loin de penser à ce genre de dépenses. Mais vous avez aussi une consommation plus bling-bling, liée à l’argent des trafics. Les femmes des dealers se font tout refaire avec l’argent de la drogue", dit une militante associative. Une jeune femme avoue sans complexe que son ex-compagnon, "qui était un peu voyou", lui a payé cash une mammoplastie à 5.000 € chez un praticien réputé, qui n'a pas bronché.

De plus en plus de jeunes

Cette nouvelle vague esthétique est portée, bien sûr, par la télé-réalité, comme celle des soeurs Kardashian mais aussi l'émission Les Marseillais et ses bimbos atomiques. Dès qu'une influenceuse publie des photos de ses dernières transformations, le nombre de coups de fil bondit dans les cabinets. D'autant que certains chirurgiens postent sur Snapchat ou Instagram sous des pseudos évocateurs, #DrBeauty ou #BoobsTiful.

À la clinique Phénicia, 60% de la clientèle a moins de 44 ans et les 18-24 ans pèsent pour 20%. Des jeunes filles commencent très tôt avec des injections d'acide hyaluronique pour augmenter le volume des lèvres. "Ça devient ingérable. Il m’arrive de refuser des jeunes filles de 14 ans. Et parfois, elles sont accompagnées par leur mère !", dit une esthéticienne.

On est quelque part entre les diktats des réseaux sociaux et une certaine affirmation de soi. Leila le dit, elle se bat pour sa liberté. Son idéal féminin à elle, c'est Sophia Loren. Une femme belle et forte. "Ici, la chirurgie, c’est un peu une révolte", dit-elle. Plus belles à tout prix, grande et belle enquête à lire dans la Croix l'Hebdo.

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