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Quand les trafiquants de drogue utilisent les noms du luxe pour vendre

Un phénomène se développe de plus en plus dans le milieu des narcotrafiquants, la drogue haut de gamme. Service après-vente, garanties et même contrefaçons, la came prend des airs luxueux.

Isabelle Choquet La Revue de Presse Isabelle Choquet iTunes RSS
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Comment les marques de luxe se sont inscrites dans le monde de la drogue Crédit Image : LOIC VENANCE / AFP | Crédit Média : RTL | Date :
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Isabelle Choquet Journaliste RTL

"Prada, c'est vraiment de la bonne. Un truc de classe mondiale. Ils font la queue en bas de chez moi pour en avoir". L'homme derrière ces paroles, c'est Fabrizio Fabietti, une figure de la pègre de Rome. Il n'est pas question de robe fourreau ou d'escarpins vertigineux. Sa Prada, c'est de la cocaïne. Et cette phrase au téléphone est interceptée par la brigade des stups italienne.

On lit ça ce mois-ci dans le masculin GQ. Dans la conversation, il est aussi question de Rolex, de Moët, de Vuitton… Toujours de la drogue de qualité supérieure, venue de Colombie ou du Brésil. Fabietti fait l'intermédiaire entre les cartels sud-américains et les acheteurs en gros. Ce jour-là, il a des problèmes avec son Audi, "j’en ai deux paquets encore fermés. Reprends-les, s’il te plaît", dit-il à son fournisseur. "Ne parlons pas de la Fiat, pas très bonne et difficile à vendre". Comme n’importe quels chefs d’entreprise, les cartels ont besoin d’un nom pour leurs produits.

Ces marques, c'est tout un programme. Quand la came est bonne, il faut que ça se sache. Et "plus ça claque, mieux c’est", écrit GQ. Prada, Mercedes, Lamborghini, BMW, Maserati… La liste est longue. Le phénomène a commencé au milieu des années 2000. Avant cela, les narcotrafiquants utilisaient des symboles basiques, des étoiles ou des animaux, des dauphins, des scorpions. Mais les marques de luxe, c'est mieux, ça vous assoit une réputation, surtout sur un marché illégal où, par définition, il n'y a pas de publicité. "Ces marques sont utilisées parce qu’elles sont universelles", dit un professeur de criminologie. "De Bogota à Rome, de Naples à Amsterdam, elles font partie de l’imaginaire de la réussite, comme les narcotrafiquants eux-mêmes". En clair, ils vendent du rêve.

Les mêmes méthodes et les mêmes problèmes

Pour entretenir le désir et continuer à vendre au prix fort, qu'on vende de la coke ou de la chaussure, c'est la même démarche : il faut maintenir une qualité élevée, et réduire l'offre. À Rome, la "Rolex" est très bonne, mais elle est rare. "On n’en a pas vu depuis une éternité", dit Fabietti . Les marques, c'est aussi la garantie d'un service après-vente de qualité. Pour les clients de la coke griffée, les cartels deviennent presque assureurs. Si une livraison de "Maserati" ou de "BMW" est interceptée par la police et n’arrive pas à bon port, on vous garantit une autre expédition gratuite.

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Le revers de la médaille, comme pour le luxe, c'est la contrefaçon. Généralement, les cartels sud-américains s'entendent, plus ou moins. Mais on n'est jamais à l'abri d'un autre clan qui propose sous la même marque des drogues moins chères et de moins bonne qualité. Exactement comme le gars qui vend un sac Louis Vuitton en toc sur la plage. Cela crée des tensions. Une Rolex à prix cassé peut finir en bain de sang.

Comme un sac à main, les briques de cocaïne sont siglées, souvent le logo est directement imprimé dans la poudre. "Même si les distributeurs européens déballent la drogue, ils la reconditionnent toujours en remettant le logo", explique l’Observatoire européen des drogues. "C’est un moyen d’indiquer la provenance à l’acheteur suivant. Une sorte de 'contrôle qualité' sur toute la chaîne". Un système de traçabilité pour les trafiquants donc, mais aussi pour les policiers. Depuis l'an dernier, Interpol a entré tous les logos dans une base de données baptisée Relief. 

Cela dit, les narcotrafiquants n'ont rien inventé. Les logos de marque existent depuis longtemps sur les comprimés d'ecstasy. Mais là, ce sont les consommateurs qui sont directement visés, et c'est un phénomène de masse. La preuve: le site PillReports.net, énorme base de données mondiale où des consommateurs anonymes du monde entier partagent leurs avis sur les pilules qu’ils gobent. "White Gucci", "Red Dolce Gabbana", "Blue Christian Dior"... Il y en a pour tous les goûts et de toutes les couleurs. Naturellement, les marques de luxe ne sont pas ravies d'être associées au trafic et le dénoncent mais impossible de porter plainte.

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