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Body Positive : comment ce mouvement a été dénaturé de son discours politique

ÉCLAIRAGE - Le "body positive" est partout en cette saison estivale. Mais avant d'être un hashtag populaire sur Instagram, il s'agissait d'un mouvement politique, aujourd'hui complètement vidé de tout son sens.

Le mouvement body positive : bien plus qu'une histoire de s'aimer soi-même (illustration)
Le mouvement body positive : bien plus qu'une histoire de s'aimer soi-même (illustration)
Crédit : iStock / Getty Images Plus
Arièle Bonte
Arièle Bonte

Des citations inspirantes sur le physique et le poids, des clichés de nourriture, un gros plans sur des vergetures, des jeunes femmes minces en maillot de bain, d'autres en tenue de sport, une poignée de femmes grosses... Voici quel type de contenus alimentent le hashtag "body positive" sur Instagram.

Impossible de passer à côté de lui ces temps-ci. En pleine saison estivale, les marques, influenceuses et anonymes s'en emparent pour insuffler un vent de positivité à leurs clientes et abonnées. L'une d'elle, Margot, plus connue sous le nom de "You make fashion" a même posté une vidéo d'elle, au naturel et en maillot de bain le 30 juin dernier dans laquelle elle dit : "J’avais envie de parler de body-positive. C’est vrai qu’on en entend partout, il faut s’accepter (...) et c’est pas facile mais cependant ce qui est le plus difficile je trouve, c’est le regard qu’on se porte à nous-même (...)", explique la blogueuse dans cette vidéo vue 150.000 fois. 

"Je pense qu’il faut faire la paix (...) avec notre image, notre regard (...). Il faut se libérer ! Moi je fais cette vidéo pour me libérer, je serai comme ça cet été, on en parle plus (...) ça me fait du bien de faire cette vidéo, elle est presque thérapeutique et je vous invite à le faire aussi". Dans la légende de sa publication, Margot écrit : "J’ai longtemps cru que le body positive c’était prendre du recul avec le regard des autres, les stéréotypes des réseaux sociaux, les corps dits 'parfaits' dans les magazines, sur les campagnes de marque… alors que finalement la personne la plus dure avec son corps c’est soi-même."

Voir cette publication sur Instagram

J’ai longtemps cru que le body positive c’était prendre du recul avec le regard des autres, les stéréotypes des réseaux sociaux, les corps dits « parfaits » dans les magazines, sur les campagnes de marque… alors que finalement la personne la plus dure avec son corps c’est soi-même. Personnellement c’est avec mon regard à moi que je dois prendre du recul et que je dois adoucir. Cette vidéo est clairement thérapeutique moi mais j’espère qu’elle pourra aussi donner de la force à tous ceux qui sont trop durs avec eux-mêmes. Et si ça peut vous aider à décomplexer aussi, filmez-vous, photographiez-vous et n’hésitez pas à poster cette belle image sur vos réseaux (story, Instagram…) libérez-vous ! Je vais appuyer sur « publier » dans quelques secondes et ça me fait déjà du bien.

Une publication partagée par Margot (@youmakefashion) le

Le message est positif et libérateur. Sur un réseau social comme Instagram, où chaque cliché semble calculé au millimètre près, un discours comme celui de Margot dénote et fait du bien à ses lectrices. Elles sont d'ailleurs nombreuses à remercier la jeune femme pour ce contenu et à partager leurs histoires de complexes.

À écouter aussi

Cependant quelques commentaires (dont certains ont été supprimés) sortent du lot et attaquent la blogueuse sur son emploi du terme "body positive". "Je ne vous connais pas, mais vous êtes dans les standards de beauté européenne, c'est donc indécent de votre part de vous proclamer du mouvement body positive qui a été créé par et pour les gros-ses", écrit par exemple une internaute.

Pour comprendre cette remarque qui s'inscrit alors dans un débat largement documenté par la presse anglo-saxonne, il faut remonter aux origines du mouvement body positive. "Il a été créé par des femmes grosses et racisées (c'est-à-dir