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Allongement du congé de paternité : pourquoi cette mesure était-elle si attendue ?

DÉCRYPTAGE - Emmanuel Macron a annoncé mercredi 23 septembre que le congé de paternité serait allongé à 4 semaines, dont une obligatoire. Une mesure attendue par les parents depuis de nombreuses années.

Un père et son enfant (illustration).
Un père et son enfant (illustration). Crédit : Unsplash/Larry Crayton
Marie Zafimehy
Marie Zafimehy

"Une vraie avancée". C'est ainsi que Patrice Bonfy saluait mercredi 23 septembre l'annonce de l'allongement du congé de paternité faite par Emmanuel Macron. "Je suis convaincu que les pères le prendront assez largement ce congé de paternité prolongé", se félicitait le fondateur du média Le Paternel sur l'antenne de RTL.


Selon les premiers éléments apportés par l'exécutif, la réforme envisagée ferait passer la durée du congé de paternité de 11 jours facultatifs à 28 jours dont sept obligatoires. Une mesure applicable au 1er juillet 2021 et dont le non-respect par les entreprises entraînerait une amende de 7.500 euros.

L'allongement du congé paternité était une réforme très attendue. Selon un sondage YouGov publié en 2018, 61% des parents y étaient favorables. Patrice Bonfy lui-même avait, à l'occasion de la Fête des Pères, signé avec une dizaine d'autres pères une tribune pour demander à ce que celui-ci soit étendu à au moins un mois. C'est désormais chose faite.

Effets d'annonce

Les membres de la majorité se plaisent à le rappeler depuis mercredi : François Hollande lui-même avait promis en 2012 d'allonger le congé de paternité instauré dix ans auparavant. "Ceux qui parlent. Ceux qui agissent", a ainsi tweeté la députée Aurore Bergé dès l'annonce du président.

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En 2018, Marlène Schiappa avait annoncé que le gouvernement envisageait l'allongement du congé de paternité. "L'idée est d'avoir un meilleur partage des tâches parentales", car "si les femmes passent moins de temps aux tâches domestiques, elles pourront passer plus de temps à développer leur carrière", justifiait-elle à l'époque. 

C'est finalement le rapport sur les "1.000 premiers" jours remis au secrétaire d'État à l'Enfance Adrien Taquet qui a donné le coup d'envoi à la réforme. Invité de RTL le 29 juillet dernier, le neuropsychiatre Boris Cyrulnik, qui présidait la Commission à l'origine de sa rédaction insistait sur l'impact significatif qu'aurait cet allongement sur le développement des enfants. "Quand le père intervient, il sécurise la mère et marque son empreinte dans le développement de l’enfant", résumait-il.

Une mesure pour l'égalité

Si le congé de paternité est une mesure plébiscitée c'est parce qu'elle fait partie des politiques indispensables en matière d'égalité femmes-hommes. La durée et la nature des congés parentaux, de maternité ou de paternité est ainsi un des indicateurs principaux d'égalité professionnelle. Elles font par exemple partie des données étudiées par l'OCDE ou l'Institut européen pour l'égalité des genres (EIGE) pour évaluer le niveau d'égalité femmes-hommes dans les pays passés à la loupe.

Comme le souligne l'EIGE, les politiques liées aux congés parentaux sont non seulement une question d'égalité de principe mais ont des répercussions sur "le taux d'emploi des femmes et les réductions des écarts de salaire". Par ailleurs, elles sont "des instruments important pour assurer aux enfants la présence de leurs deux parents".

En théorie, ces politiques sont censées mener à moins de discrimination sexiste sur le marché du travail puisque les femmes ne sont plus considérées comme les seules à être susceptibles de prendre des congés et d'être discriminées à l'embauche. Et dans la sphère privée, l'allongement du congé de paternité doit conduire à une meilleure répartition du travail de soin et des tâches ménagères.

La France à la traîne

Comme RTL l'expliquait mercredi, la France est en retard par rapport à ses voisins européens. Les pays scandinaves, souvent considérés comme les champions de l'égalité femmes-hommes, ont depuis longtemps instaurés des politiques significatives concernant les congés parentaux. En Suède, les parents doivent par exemple se partager un an et quatre mois de congés indemnisés et en Finlande, les pères auront bientôt six mois et demi de congé paternité.

Les durées sont plus longues mais il n'existe aucune obligation pour les pères de prendre tout ou partie de ces congés. De fait, en Suède, les femmes sont celles qui prennent la majorité des jours autorisés. "Il semble y avoir deux raisons pour cela : les dynamiques traditionnelles au sein des couples et les attentes des entreprises qui font pression pour que les pères prennent le minimum de semaines qui leur sont allouées", expliquait ainsi la journaliste suédoise Madelaine Gnewski dans un article du Guardian.

Est-ce suffisant ?

Malgré l'allongement du congé de paternité, le naturel risque de revenir au galop. Patrice Bonfy lui-même sur RTL en appelait à la responsabilité des entreprises. Beaucoup de pères ne prennent selon lui pas leur congé paternité à cause de leur employeur. "Dans notre étude, la troisième raison principale pour ne pas prendre un congé paternité est l'autocensure professionnelle, expliquait-il. Les pères n'expriment pas 'on me l'a interdit' mais disent 'je ne pouvais pas, il fallait que je fasse mes preuves'".

C'est ce que redoutent aussi les militants et militantes féministes. Jeudi, le collectif pour une parentalité féministe (PAF) a dénoncé une "réforme de confort". Pour une vraie politique égalitaire l'organisation prône un congé de paternité de huit semaines, autant que les femmes, pour véritablement empêcher celles-ci d'être discriminées sur le marché du travail. Le rapport des "1.000 premiers jours" préconisait aussi un congé de neuf semaines. 

Autre problème : l'exclusion des parents en couple homosexuel. Comme le souligne l'association des familles homoparentales, l'actuel congé de paternité "est accordé à la conjointe salariée de la mère mais pas au conjoint salarié du père". L'appellation "congé de paternité" est elle aussi problématique : car comme s'attache à le rappeler le PAF cette expression invisibilise les femmes lesbiennes. Pourquoi ne pas le renommer congé du "parent 2" ou du "co-parent" ?

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