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Les transports gratuits, une utopie ou l’avenir des villes ?

ÉCLAIRAGE - Alors que Rouen va tester les transports gratuits le samedi, on se demande si ce type de mesure pourrait vraiment être généralisé au niveau national.

À Dunkerque, les transports sont gratuits depuis 2018.
À Dunkerque, les transports sont gratuits depuis 2018. Crédit : PHILIPPE HUGUEN / AFP
Coline Daclin Journaliste

La métropole de Rouen se lance. À partir du 5 septembre, elle expérimentera des transports gratuits. Tous les samedis, les bus, métro et TEOR (les bus rouennais à haut niveau de service), et tout le reste du réseau seront tous gratuits, et ce pendant un an. C'était une promesse de campagne du maire socialiste Nicolas-Mayer Rossignol.

Comme Rouen, plusieurs villes en France testent, ou ont complètement adopté, les transports gratuits. C'est le cas par exemple à Niort (Deux-Sèvres), à Dunkerque (Nord), Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), Calais (Pas-de-Calais) ou Gap (Hautes-Alpes). Pendant les élections municipales, de nombreux candidats ont proposé cette mesure. 

Un argument fait mouche : celui de la dimension écologique d'avoir des transports gratuits. Plus de transports en commun, c'est moins de voitures sur les routes. Du moins en théorie, car en pratique, c'est un argument compliqué à vérifier. La mesure fait donc débat.

Une mesure sociale, pour dynamiser les centres-villes

En plus de l'argument écologique, adopter des transports gratuits est aussi une mesure sociale. Cela permet de faciliter l'accès aux transports à des personnes qui n'en avaient pas forcément les moyens. Or, avoir les moyens de se déplacer facilement est essentiel pour trouver du travail par exemple.

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En rendant les transports gratuits, les communes espèrent aussi re-dynamiser leurs centres-villes. En effet, depuis plusieurs années, la plupart des centres-villes se vident : manque de places pour se garer, création de zones commerciales en périphérie... Favoriser le recours aux transports en commun, c'est donc en théorie un coup de pouce pour les commerçants du centre. À Dunkerque par exemple, la fréquentation du centre-ville aurait progressé d'un peu plus de 30% depuis la mise en place des bus gratuits.

Plus de fréquentation des transports

Quand les villes instaurent la gratuité des transports, leur fréquentation augmente. Une étude du Groupement des autorités responsables de transport (GART), publiée en octobre dernier, montrait par exemple que la fréquentation avait été multipliée par 2 à Aubagne, par 1,8 à Châteauroux, et par 1,7 à Dunkerque pendant la première année de mise en place de la mesure. 

Cette évolution est aussi liée au fait que les villes qui rendent les transports gratuits ont plutôt tendance à développer leur réseau en parallèle. Et ils y ont plutôt intérêt : si elles ne le font pas, gare à la saturation ! Sans une politique d'augmentation de l'offre, les heures de pointe peuvent en effet devenir un véritable enfer quand les transports sont gratuits.

Au niveau économique, bonne ou mauvaise idée ?

Comme pour toute décision politique, la gratuité des transports est une question d'arbitrage.  Si les transports gratuits peuvent aider à re-dynamiser les centres-villes, c'est aussi une mesure qui coûte cher. Selon Maxime Huré, président du comité scientifique de l'Observatoire des villes du transport gratuit, interrogé sur France Culture, "les recettes des usagers couvrent en moyenne 17% du fonctionnement des réseaux". 

Dans des petites villes, ces 17% ne représentent pas nécessairement une somme trop importante. C'est pour cette raison que ce sont d'abord ces communes qui ont développé les transports gratuits. Pour les grandes villes, c'est une autre histoire. À Lyon, par exemple, les recettes des usagers représentent 226 millions d’euros. Alors que le nouveau gouvernement semble n'avoir que le mot de "territoires" à la bouche, c'est donc aussi la dotation des collectivités territoriales qui se pose avec ce genre de mesures. 

Certaines villes choisissent d'augmenter le versement transport, une taxe payée par les entreprises, pour payer la mesure. Pas facile à entendre pour les-dites entreprises, mais celles-ci peuvent voir d'un bon œil le fait de ne plus avoir à rembourser les titres de transports de leurs employés.

Enfin, les transports gratuits, ce sont aussi des métiers qui évoluent, voire disparaissent. Plus besoin de contrôleurs par exemple, et les chauffeurs de bus n'ont plus à vendre de tickets. Quant aux opérateurs des réseaux, ils voient disparaître avec les transports gratuits leur source principale de données sur leurs utilisateurs.

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