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Michel Cymes : le vaccin contre le cancer est-il vraiment pour bientôt ?

Certains sites laissent penser qu'un vaccin anticancéreux serait imminent. Mais ces annonces sont à prendre avec de grosses pincettes.

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Le vaccin contre le cancer est-il vraiment pour bientôt ? Crédit Image : Schneyder Mendoza / AFP | Crédit Média : RTL | Durée : | Date : La page de l'émission
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Michel Cymes Journaliste

Un vaccin contre le cancer, c’est pour bientôt ? Ce serait même pour tout de suite, à en croire certains sites. On peut lire sur l'un d'eux "Un vaccin qui aide à lutter contre le cancer". Sur un autre : "Bientôt un vaccin contre les cancers".

Ce sont des articles très récents, et c’est sûr qu’on a envie d’y croire. En 2018, on a compté 382.000 nouveaux cas de cancers, en France métropolitaine, et 157.400 décès par cancer. C’est la première cause de décès chez l’homme, et la seconde chez la femme, après les maladies cardiovasculaires.

Et chez la femme, le plus fréquent des cancers, c’est le cancer du sein, qui donne aussi lieu à des articles très prometteur qu’on va décortiquer. L’un d’eux nous dit qu’un vaccin en phase d’essai clinique a soigné une patiente touchée par le cancer du sein. Cela correspond en effet à peu près à ce qu’annonce la Mayo Clinic, un institut américain de recherche. Et cela concerne une femme qui avait un cancer très peu développé, dont on a stimulé la réponse immunitaire avec ce que l’on peut en effet appeler un vaccin.

Pourquoi dit-on que ça correspondait "à peu près" ? Parce que les chercheurs ne disent pas qu’ils ont soigné cette femme. À la Mayo Clinic, on parle de "résultats prometteurs". Et au-delà de son cas, il faut rappeler qu’une personne reste un cas particulier et qu’une étude scientifique, c’est un processus très long.

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Oui, il y a plusieurs phases : en laboratoire, sur l’animal puis sur l’homme et finalement sur des centaines d’hommes et de femmes. Ça dure des années, au moins une dizaine, pour mener une étude. Tout ça, avant d’imaginer un développement du produit et les autorisations de mise sur le marché.

Donc les articles qui nous parlent d’aujourd’hui ou demain vont un peu vite en besogne. D’ailleurs, même la Mayo Clinic et ses résultats prometteurs ne donne aucune date. On évoque le futur et l’espoir de mettre au point un vaccin… On a pu lire "8 ans", dans une interview de chercheur donnée au Magazine Forbes, ça nous laisse quand même le temps de voir venir.

Où en est l'immunothérapie ?

Ça, c’était pour le cancer du sein, mais vous nous disiez que certains articles parle de vaccins permettant de soigner LE cancer, TOUS les cancers ! Oui alors là encore, c’est un peu comme s’il manquait des mots pour que cette info soit la bonne. La vérité, c’est l’INSERM qui l‘annonçait en fin d’année, et il s’agit d’un "vaccin pour lever la résistance aux immunothérapies". Alors ça mérite un petit décryptage.

L’immunothérapie, c’est une révolution dans la prise en charge du cancer, qui a d’ailleurs été récompensée par le prix Nobel de médecine en 2018, et cela consiste à réveiller les cellules de l’immunité, pour qu’elles luttent activement contre le cancer. C’est très prometteur mais le problème, en plus du fait que ça ne marche pas sur tous les types de cancer, c’est que cela ne fonctionne, au mieux, que chez un patient sur 4.

Et pour revenir aux annonces de l’INSERM, les chercheurs lyonnais ont montré que les vaccins contre les virus de la gastro -déjà commercialisés : ils existent- pouvaient lever les résistances à l’immunothérapie et donc, rendre cette approche thérapeutique pertinente pour plus de patients.

Ce qui se passe, c’est que le virus contenu dans le vaccin va s’attaquer d’abord aux cellules cancéreuses, ce qui affaiblit leur immunité. Quand les chercheurs ont injecté le vaccin + l’immunothérapie, la tumeur disparaissait, même sur des modèles qui jusqu’ici étaient résistants.

Là encore, on est in vitro et in vivo, sur des modèles animaux, donc très loin de l’homme… C’est en ça qu’il faut prendre des pincettes et que ça n’est pas pour demain… Mais c’est aussi comme ça que tout commence, et c’est très prometteur. D’autant que de nombreuses équipes, à travers le monde, planche sur ce vaccin tant espéré.

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