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Ligue 1 : l'OM et l'OL résisteront-ils aux nouveaux rivaux Lille et Rennes ?

DÉCRYPTAGE - Face à la montée en puissance du Stade rennais et du Losc, Marseille et Lyon pourraient ne pas suivre cette saison.

Marseillais et Lyonnais à Décines-Charpieu le 23 septembre 2018
Marseillais et Lyonnais à Décines-Charpieu le 23 septembre 2018 Crédit : JEAN-PHILIPPE KSIAZEK / AFP
Ryad Ouslimani
Ryad Ouslimani
Journaliste RTL

Les nouveaux "gros" vont-ils renverser la table ? Si la Ligue 1 est censée fonctionner avec ses trois clubs les plus puissants (au moins médiatiquement et financièrement) Paris-Lyon-Marseille, le PLM a du plomb dans l'aile. Si Paris est hors concours, ce sont les deux autres membres du "Big Three" à la française qui sont en situation compliquée face à la montée en puissance de deux organisations bien rodées : Lille et Rennes. 

Champion en 2011, le LOSC a été racheté il y a trois ans par Gérard Lopez avec un projet de "trading", c'est-à-dire d'achat de joueurs de talent amenés à quitter le club en cas de plus-value sur un transfert. Un projet court-termiste ? Pas vraiment car le patron lillois a réussi à débaucher et persuader Luis Campos de le rejoindre dans le projet nordiste. 

Le Portugais, passé par le Monaco champion de France 2017 et demi-finaliste de la Ligue des champions, est peut-être ce qui se fait de mieux en matière de recrutement au monde. Dans un projet carré, bien défini, sa base de données hors normes concernant les joueurs ainsi que son réseau d'observateurs lui permettent d'avoir une dizaine de remplaçants potentiels à un joueur sur le départ. 

Deux clubs aux bases bien jetées

Deuxième en 2018-2019, le Losc termine 4e la saison suivante. Un classement figé avant la fin de championnat pour cause de crise Covid. La première partie de championnat ayant été plombée par les enchaînements Ligue des champions-Ligue 1, la phase retour voyait un début de montée en puissance des hommes de Christophe Galtier. 

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Cette année, Lille semble encore être une équipe solide, qui certes hoquette en début de saison le temps d'agglomérer les frais arrivants, mais les talents sont là, dans toutes les lignes. Hors PSG ils peuvent regarder tout le monde les yeux dans les yeux en théorie. Un effectif dense, comme le construit patiemment le Stade Rennais. 

C'est l'autre valeur montante de la Ligue 1, qui a mis en place une structure désormais bien construite, Les bases, lancées par l'ex-président Olivier Létang sont saines, solides, cohérentes. L'entraîneur Julien Stéphan est issu du club, y a connu les catégories de jeunes et connaît donc les rouages des Rouges et Noirs par coeur. 

En coulisses, Olivier Létang a été remplacé par Nicolas Holveck arrivé de la galaxie Monaco, il connaît parfaitement l'aspect organisationnel et administratif d'un club professionnel. Et cet été, Florian Maurice a quitté la cellule de recrutement de Lyon pour devenir directeur sportif des Bretons. Après une Coupe de France en 2019, un podium en 2020, les Rennais vont découvrir la Ligue des champions pour la première fois de leur histoire. 

Une croissance rapide, mais qui semble bien gérée avec un effectif étoffé, une organisation renforcée, et un actionnaire (François Pinault) capable de donner un coup de pouce sans verser dans les folies dépensières. Comme Lille, Rennes pourrait connaître une Ligue des champions difficile sportivement mais le club semble armé pour absorber le choc. Et même s'en servir pour accompagner sa croissance ? Pourquoi pas. 

Trop peu de recrutements réussis

Voici donc deux clubs dans une croissance maîtrisée, planifiée, voire exponentielle aux résultats sportifs. Deux situations à ce jour différentes de celles de deux clubs bien plus puissants dans le paysage du football mais qui semblent devoir gérer des crises constantes : l'OM et l'OL. 

Lyon n'a pas pu se qualifier cette saison pour une coupe d'Europe, une première depuis 24 ans. Une éternité, signe que le club de Jean-Michel Aulas a été d'une remarquable stabilité. De là se dire que ça pendait au nez du club depuis plusieurs saisons ? Un peu, car l'OL a souvent compté sur des fins de championnats en boulet de canon pour arracher une place sur le podium. Surtout, cela fait plusieurs années qu'il n'arrive pas à faire l'économie d'une saison sans crise. 

Depuis l'époque Bruno Genesio (2015-2016), pris en grippe par les supporters dès le premier jour, Jean-Michel Aulas doit jouer les pompiers de service tout en allumant des contre-feux sur Twitter. Surtout, avec son stade (sublime) autofinancé, Lyon fait du business et l'investissement dans le sportif n'est pas une priorité. L'OL factuellement fait aussi du "trading". Tolisso, Lacazette, Umtiti, Ndombélé, Mendy sont autant de joueurs vendus certes très cher, mais très tôt aussi afin d'engranger des recettes. L'équipe n'a pas forcément le temps de profiter de leur talent. 

Surtout, à l'inverse, le staff lyonnais a enchaîné les recrutements ratés pour remplacer les jeunes talents partis. Andersen, Traoré, Thiago Mendes, Pap Cheikh, Yanga-Mbiwa, Beauvue... Memphis Depay a été un recrutement de qualité, dans l'absolu. Moussa Dembélé pourrait le devenir à terme. Mais là encore en cas d'offre il partira cette année ou la prochaine.

OM, une gestion lamentable du "Champion's Project"

Et la crise Covid n'aide pas, Lyon est soumis à une cure d'amaigrissement. Au détriment de la qualité de l'effectif. Et pour ne rien arranger, la stabilité sur le banc est plutôt précaire. Si Genesio a fini son aventure sur fond de crise avec le public, Silvinho est parti au bout de quelques matchs et a été remplacé par Rudi Garcia. Une arrivée qui n'a pas calmé les supporters qui réclament une "pointure" sur le banc et du spectacle. 

Demi-finaliste surprise de Ligue des champions, l'OL repart quasiment de zéro, avec une nouvelle ère marquée par la prise de fonction de Juninho comme directeur sportif, et une prise distance de Jean-Michel Aulas. Mais la hiérarchie reste floue, car Vincent Ponsot homme de confiance du président, a été promu directeur général du football. Y aura-t-il chevauchement des prérogatives ? Quand on connaît l'envie de Garcia de mettre aussi le nez dans les transferts, il faudra que chacun sache où est sa place, sous peine de revoir Aulas revenir jouer les patrons. 

Malgré tout, Lyon semble quand même en meilleure posture que l'OM, notamment parce que son centre de formation peut lui permettre de rester au niveau d'un Top 5 en attendant de reprendre de l'épaisseur. Car côté OM, c'est une vraie période de vaches maigres. Après avoir dépensé 200 millions d'euros sur des joueurs usés en leur offrant de gros salaires (Payet, Strootman, Rami), ou avoir mis des sommes importantes sur des joueurs au niveau incertain (Amavi, Rongier, Radonjic, Mitroglou), Marseille voit un déficit chronique venir plomber ses comptes et placer le club dans le viseur du fair-play financier. 

L'effectif est donc aujourd'hui court, Villas-Boas en a tiré le maximum sur une saison passée tronquée, à l'avantage du club, mais dont il faudra transférer des joueurs car le club a besoin de vendre pour équilibrer ses comptes. En quatre ans, l'OM a aussi vu les supporters prendre en grippe le président Eyraud, qui tarde à montrer une habileté à appréhender le monde du football. Et entre temps le passage de Rudi Garcia a été tendu. 

Marseille a pris le problème à l'envers

Le coach a semble-t-il piloté un partie du recrutement qui aujourd'hui s'avère plutôt raté. Le directeur sportif de l'époque, Andoni Zubizarreta, a peiné à imposer ses idées et aussi à dénicher des talents jeunes et à fort potentiel. La première phase de l'ex-Champion's Project a plombé le club au lieu de le lancer. Il a donc fallu changer le fusil d'épaule. Exit "Zubi", Pablo Longoria est venu prendre les rênes de la direction sportive. 

Passé par plusieurs championnats, le jeune Espagnol est réputé pour savoir dénicher des talents dans le monde, à peu de frais, pour les faire éclore et les vendre ensuite avec une plus-value. Un projet "trading" là encore. Côté direction, Hugues Ouvrard est venu apporter son expertise business au poste de directeur délégué adjoint. Deux nominations cohérentes en attendant de juger l'action des hommes. 

Mais des nominations qui auraient dû intervenir au début du projet, comme à Lille ou Rennes, afin de jeter des bases solides et mettre de la logique, de la perspective, un plan d'action à moyen terme pour un club qui a fêté ses 120 ans. En attendant que les effets de cette politique paient, il faudra attendre quelque temps. 

Et comme pour Lyon, la saison de l'OM pourrait être compliquée avec la Ligue des champions et un effectif qui semble un peu juste pour enchaîner tous les trois jours. Au final, Lyon et Marseille pourraient résister à Rennes et Lille, mais ils ne semblent pas aujourd'hui avoir de marge sur ceux qui étaient jadis des challengers, et qui les regardent aujourd'hui dans les yeux. 

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