3 min de lecture Féminisme

Pourquoi une tribune féministe est-elle accusée de transphobie ?

ÉCLAIRAGE - Depuis plusieurs semaines, des militantes féministes dénoncent la présence des femmes trans au sein du mouvement pour les droits des femmes.

La militante féministe Marguerite Stern, signataire de la tribune, le 6 juin 2019.
La militante féministe Marguerite Stern, signataire de la tribune, le 6 juin 2019. Crédit : LUDOVIC MARIN / AFP
Marie Zafimehy
Marie Zafimehy

Publiée, dépubliée, republiée. C'est le trajet chaotique qu'a connu une tribune revendiquée comme féministe, intitulée "Trans : suffit-il de s’autoproclamer femme pour pouvoir exiger d’être considéré comme telle ?" Finalement publiée sur le site internet de Marianne mardi 18 février, le texte est jugé problématique par certaines militantes. La cause : il s'oppose à la présence de personnes trans dans les rangs du mouvement féministe.

À l'origine intitulée "Question trans : les colleuses contre les féminicides se divisent et toutes les femmes sont menacées", cette tribune a été publiée par le Huffington Post mercredi 12 février avant d'être retirée. "Ce texte n’avait aucunement sa place sur notre site"a expliqué Lauren Provost, directrice de la rédaction du média. "Les propos transphobes à l’intérieur vont à l’encontre des valeurs prônées par Le HuffPost depuis sa création."

Marianne est d'un autre avis. "Même si la question que ce texte soulève est délicate, il faut pourtant pouvoir débattre de tout, de façon argumentée et civilisée", explique le magazine sur son site internet. Entre temps, le nombre de signataires de la tribune est passé de 60 à 140. Parmi celles et ceux qui y ont apposé leur nom : la journaliste Dora Moutot fondatrice du compte Instagran "T'as joui ?", l'universitaire Christine Delphy et la militante Marguerite Stern, à l'origine de la campagne de collages contre les féminicides.

Des féministes transphobes ?

Marguerite Stern, ex-Femen, est connue pour ses prises de positions radicales concernant le mouvement féministe. Dans une série de tweets publiés le 22 janvier dernier, elle dénonçait déjà les initiatives de certaines colleuses prônant l'inclusion des personnes trans dans la lutte pour les droits des femmes. Elle s'emportait ainsi contre des slogans tels que "Des sisters, pas des cisterfs".

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Cette formule qui utilise le terme "sisters" est un appel à la sororité, terme désignant la solidarité entre femmes. Celui de "cisterfs" est composé de "cis", abréviation de "cisgenre" (contraire de "transgenre") et de "T.E.R.F.", abréviation de l'expression anglophone "Trans-exclusionary radical feminist" (en français "féministe radicale excluant les personnes trans"). 
Le slogan lui-même appelle donc à la solidarité entre toutes les femmes - trans et cis - en dénonçant l'attitude des "T.E.R.F.".

Les féministes de ce mouvement, plutôt actif dans les monde anglo-saxon, considèrent que genre et sexe biologique sont liés et qu'il n'est pas possible de s'identifier comme femme si nos organes biologiques sont associés au sexe masculin. "Elles voient les personnes trans (...) comme victimes ou partisanes d'un mouvement dangereux contre les droits des femmes", explique par exemple le site américain The Daily Dot

Féminisme contre féminisme

C'est précisément cette position que les signataires de la tribune publiée dans Marianne adoptent. Selon eux, impossible d'être considérée comme femme sans avoir un sexe biologique dit féminin. "Être une femme n’est pas un ressenti, écrivent-ils. Cela correspond à une réalité physiologique très spécifique et à un vécu social tout aussi spécifique. (...) Ce statut repose sur la réalité de notre corps."

Sur la base de ces observations, les signataires pointent du doigt une situation qu'ils considèrent risquée. "Si les 'femmes trans' sont considérées comme des femmes, quel que soit leur corps ou leur apparence physique, alors le mot 'femme' s’applique à qui le souhaite, même à des personnes ayant un corps et une apparence d’homme." Un argument régulièrement utilisé par certaines féministes dites "T.E.R.F" - celles-ci  préfèrent les appellations de féministes radicales ou de "gender-critical" ("critiques du genre").

À l'opposé, les féministes intersectionnelles ou inclusives soutiennent que les femmes trans sont des femmes qui subissent tout autant les injonctions patriarcales que les femmes cisgenres, en plus de subir la transphobie au quotidien. Dès lors exclure les femmes trans du mouvement féministe est selon elles contre-productif. "Cela revient à créer une hiérarchisation, et automatiquement, une domination, voire une oppression, au sein d'une communauté opprimée", résume la journaliste Morgane Giuliani.

Interrogée par CheckNews lors du retrait de la tribune du site du Huffington Post, Rachel Garrat-Valcarel, journaliste et co-présidente de l’Association des journalistes LGBT, a dénoncé la brutalité du texte. "On remet encore en débat le vécu des gens. On ne se rend pas compte de la violence que c’est. Il existe évidemment un continuum entre le fait de dire que les femmes trans ne sont pas des femmes et les agressions de femmes trans dans l’espace public." 

Dans la même lignée, des militants et militantes trans ont lancé mardi soir le hashtag #NotreExistenceNestPasUnDébat pour visibiliser leur transidentité et dénoncer, une fois de plus, la transphobie de la tribune publiée.

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