4 min de lecture Cinéma

"Lady Bird" : pourquoi ce premier film est-il un cas d'école du "female gaze" ?

NOUS L'AVONS VU - Le premier film de Greta Gerwig offre une belle représentation des adolescentes et des relations mère-fille faisant de lui un bel exemple du "female gaze". Explications.

Saoirse Ronan et Danielle Macdonald dans "Lady-Bird"
Saoirse Ronan et Danielle Macdonald dans "Lady-Bird" Crédit : IAC Films
ArièleBonte
Arièle Bonte
Journaliste

Christine n'aime pas le prénom que ses parents lui ont donné. Peut-être qu'il résonne trop avec le "christianisme", le courant religieux que son lycée de la banlieue de Sacramento, en Californie, lui enseigne. C'est alors sous le nom de "Lady Bird" que la jeune fille, interprétée par Saoirse Ronan, se fait appeler par son amie Julie, son petit ami Danny, rencontré dans le club de comédie musicale du lycée, et (tant bien que mal) sa famille avec laquelle elle entretient des liens aussi forts que conflictuels. 

Lady Bird, c'est l'histoire d'une année scolaire, la dernière de son personnage principal avant l'université au début des années 2000, là où les ados rebelles refusent encore de posséder un téléphone portable. Là où, comme c'était le cas hier et comme ce le sera encore demain, les jeunes gens tentent de trouver leur voie, entre pression parentale et espoirs inavoués.  

>
Lady Bird Bande Annonce (2018) VOSTFR Date :

Vous l'avez compris, ne vous attendez pas à un scénario exceptionnel. Avec Lady Bird, la réalisatrice Greta Gerwig a souhaité peindre l'envol d'une jeune fille dans un récit sincère, touchant et qui s'inscrit dans une longue tradition du teen movie à l'américaine... pour mieux les dépoussiérer et offrir un bel exemple du female gaze ("vision féminine"). 

À lire aussi
Seulement 20% des films français sortis en salles en France sur la période 2012-2016 ont été réalisés par des femmes. Cinéma
Cinéma : comment faire une place aux réalisatrices ?

Le female gaze, s'oppose au male gaze, la "vision masculine" attribuée à un personnage féminin qu'a théorisée la critique de films Laura Mulvey dans un article publié en 1975, peut-on lire dans la newsletter Les Glorieuses. Il s'agit alors de cette manière de filmer les personnages féminins comme des être vivants à part entière et non comme des objets sexualisés, n'existant que pour satisfaire le voyeurisme du réalisateur et/ou du spectateur. La preuve par quatre dans cette vision non-stéréotypées des femmes en course pour les Oscars

1. Des corps féminins non sexualisés

Saoirse Ronan dans le rôle titre de "Lady Bird" par Greta Gerwig
Saoirse Ronan dans le rôle titre de "Lady Bird" par Greta Gerwig Crédit : IAC Films

De Lolita Malgré Moi à American Pie en passant par Pitch Perfect ou Princesse malgré elle, les adolescentes sur grand écran sont, bien souvent, des jeunes femmes au teint parfait, aux cheveux doux et brillants, à la silhouette de mannequin largement mise en valeur par le regard de la caméra : le male gaze. Sur petit écran, même combat, les ados de RiverdaleGossip Girl ou Pretty Little Liars paraissent sortir des pages en papier glacés des magazines. 

Dans Lady Bird, Greta Gerwig donne à voir des ado gauches, à l'apogée de leur ingratitude et de leurs imperfections physiques. Avec elle, pas de gros plans sur des ventres plats ou des fesses rebondies. De leurs corps à leurs tenues, rien n'invite les spectateurs ou spectatrices à désirer sexuellement ces jeunes filles. On entre dans leurs émotions, amours et amitiés en adoptant leurs points de vue. Le tout aurait été impossible sans le regard bienveillant de la réalisatrice du film.

>
Rencontre avec Saoirse Ronan, l'actrice de "Lady Bird" Crédit Image : RTLnet | Crédit Média : RTLnet | Date :

Dans une interview accordée à Vanity Fair, Saoirse Ronan reconnaît également que sa peau "n'était pas super" pendant le tournage et qu'elle avait de l'acné. La maquilleuse du film a alors proposé à l'actrice de 23 ans de ne pas couvrir les traces. "Je me suis dit que c'était une très bonne occasion pour que le visage d'une ado dans un film ressemble vraiment à celui d'une ado dans la vraie vie", confie-t-elle au magazine américain. 

Une vision de l'adolescence au cinéma également portée par la réalisatrice. Greta Gerwig n'en pouvait plus, elle aussi, de voir sur grand écran des jeunes mal dans leur peau... mais parfaitement beaux et belles. "Alors que la réalité de ces jeunes est différente ! Et cela ne les rend pas moins magnifiques", a-t-elle expliqué pendant le festival de Toronto. On résume : des boutons, des cheveux mal coiffés qui tirent sur le gras, c'est bon pour le cinéma ! 

2. Un jeu de séduction initié par Lady Bird

Lucas Hedges et Saoirse Ronan dans "Lady Bird"
Lucas Hedges et Saoirse Ronan dans "Lady Bird" Crédit : IAC Films

Comment se rapprocher d'un garçon qu'on aime bien ? Lady Bird a la réponse : aller lui parler. Qu'il s'agisse de Danny (Lucas Hedges) ou Kyle (Timothée Chalamet), c'est toujours elle qui fait le premier pas et initie la romance.

Greta Gerwig transforme alors son héroïne en personnage actif. Lady Bird prend les devants et n'attend pas qu'on la courtise pour faire comprendre à un garçon qu'il lui plaît. Maître de son destin, elle sait reconnaître ses émotions et accepte de découvrir ce qui se cache derrière ces amours adolescentes aussi excitantes qu'effrayantes.

3. Une relation mère-fille authentique

Saoirse Ronan et Laurie Metcalf dans "Lady Bird"
Saoirse Ronan et Laurie Metcalf dans "Lady Bird" Crédit : IAC Films

Souvent caricaturée, voire reléguée au troisième plan, les relations mère-fille dans les films d'ados se dessinent en une dimension. Greta Gerwig a choisi d'entrer en profondeur dans ce duo qui s'aime autant qu'il se rejette. 

Porté par une actrice au jeu juste et puissant (Laurie Metcalf, dont on prédit l'Oscar du meilleur second rôle féminin), le personnage de la mère dans Lady Bird est celui qui tient la baraque comme le rôle de mauvais flic tout en ouvrant ses bras à sa fille dans les moments les plus intenses de sa vie. 

4. Un regard sur le plaisir et la première fois

Saoirse Ronan et Lucas Hedges dans "Lady Bird"
Saoirse Ronan et Lucas Hedges dans "Lady Bird" Crédit : IAC Films

La pression de la virginité est l'un des thèmes récurrents des comédies adolescentes. Vous comprenez, faire ses premiers pas sur un campus américain en n'ayant encore jamais eu de relations sexuelles avec un autre individu, c'est la honte absolue... Mais pas dans Lady Bird. Jamais les personnages féminins comme masculins ne s'inquiètent de leur virginité. Lady Bird découvre l'amour et le sexe avec une candeur et positivé comme on aimerait en voir plus sur les écrans des salles de cinéma. 

La rédaction vous recommande
Lire la suite
Cinéma Féminisme
Pour ne rien manquer
Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous

500 caractères restants

fermer
Signaler un abus
Signaler le commentaire suivant comme abusif
500 caractères restants
article
7792103648
"Lady Bird" : pourquoi ce premier film est-il un cas d'école du "female gaze" ?
"Lady Bird" : pourquoi ce premier film est-il un cas d'école du "female gaze" ?
NOUS L'AVONS VU - Le premier film de Greta Gerwig offre une belle représentation des adolescentes et des relations mère-fille faisant de lui un bel exemple du "female gaze". Explications.
https://www.rtl.fr/girls/societe/lady-bird-pourquoi-ce-premier-film-est-il-un-cas-d-ecole-du-female-gaze-7792103648
2018-02-28 07:14:00
https://cdn-media.rtl.fr/cache/TWiAWX6osw3sF1nw8DzM0A/330v220-2/online/image/2018/0202/7792103976_saoirse-ronan-et-danielle-macdonald-dans-lady-bird.jpg