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Isabelle Morini-Bosc : "S'autocensurer par lâcheté devient insupportable"

ÉDITO - Pour Isabelle Morini-Bosc, deux cas récents illustrent la nécessité de faire attention à ce qu'on dit pour ne pas être taxé d'intolérance.

Karine Le Marchand
Karine Le Marchand Crédit : AFP
Isabelle Morini-Bosc
Isabelle Morini-Bosc Journaliste RTL

C'est vrai que les dictons populaires avaient du bon. Tiens, par exemple celui dans lequel il est conseillé de "tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler", histoire de bien réfléchir pour éviter de dire une absurdité. Il faut en effet que ce soit pour le bon motif, c'est-à-dire dans le but - répétons-le - de ne pas gaffer, de ne pas tenir des propos involontairement préjudiciables à un tiers. 

Mais cela ne devrait être que pour ce motif-là. J'entends par là que tourner sa langue sept fois dans sa bouche devient une attitude à proscrire si elle consiste désormais à devoir peser et soupeser chaque mot prononcé par peur d'avoir des ennuis en s'attirant les foudres de telle ou telle communauté. 

Comprenez-moi bien : il est logique que chacun d'entre nous évalue tous les mots qu'il emploie pour faire passer ses idées en étant le plus rigoureux et le plus honnête possible. Mais s'autocensurer jusqu'à la lâcheté par peur d'être taxé de racisme, de sexisme, de xénophobie, d'islamophobie ou d'homophobie, cela devient insupportable. 

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Vous chantez en sushi

Nagui
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La trouille est mauvaise conseillère ! Qui peut raisonnablement croire à une meilleure compréhension entre les êtres, quand celui qui s'exprime a la hantise d'être mal compris. Il sait pourtant bien, lui, qu'il n'est ni raciste, ni sexiste, ni xénophobe, ni islamophobe, ni homophobe. Et que 10 ans en arrière seulement, son discours aurait été perçu pour ce qu'il était, c'est-à-dire dénué de tout relent nauséabond. 

Histoire d'illustrer mon propos, qu'il me soit permis de porter à votre connaissance deux cas très récents. Le premier concerne Nagui, traité mardi dernier de raciste après l'émission N'oubliez pas les paroles. Porter une telle accusation sur cet animateur d'origine égyptienne, non mais, allô, quoi, comme aurait dit la philosophe Nabilla ! C'est à peu près aussi rationnel que d'accuser Antoine Griezmann de faire du football. Et pourquoi donc l'a-t-on montré du doigt avant mise à l'index ? 

Tout simplement à la suite d'une boutade anodine adressée à une candidate polyglotte baragouinant en fait un air nippon. Son japonais très approximatif était comparable au mauvais anglais que serinent parfois des candidats décidés à faire croire qu'ils maîtrisent la langue. C'est ce que l'on appelle du yaourt, terme que Nagui transforme ce jour-là en "sushi": "Vous chantez en sushi", lui déclare-t-il pour blaguer. Et c'est la déferlante. Le tollé pour racisme caractérisé. Cela vous sidère ? Cela devrait. 

C'est même tellement absurde qu'il vaut peut-être mieux passer à un autre dossier tout aussi choquant, le dossier Karine Le Marchand. Il est en effet reproché à la journaliste de s'apprêter à produire un programme qui, lit-on sur Internet, "ridiculise les "gros". Entre autres. On l'accuse de vouloir humilier les personnes en nette surcharge pondérale dans une future émission pour laquelle ses détracteurs la jugent "illégitime" (tout comme sa future co-animatrice Cristina Cordula) puisqu'elle est mince et pas médecin. 

Juger sans avoir vu

Mais comment peuvent-ils juger, attendu que le choix des jeunes patientes décidées à maigrir "de leur propre initiative" n'est pas encore fait ? Où ont-ils pu voir des images, attendu que rien n'a encore été tourné ? Et pourquoi humilierait-on ces jeunes femmes en état d'obésité morbide, décidées à maigrir lentement avec l'aide de médecins et de chirurgiens en milieu hospitalier. Les deux animatrices, elles, vont suivre durant deux ans ces patientes filmées avec pudeur dans un programme diffusé dans 3 ans seulement, au mieux. 

Et où est-il écrit qu'il faut être soi-même très enrobé et en blouse blanche pour soutenir des jeunes femmes en souffrance ? Seul un trapéziste aurait ainsi le droit de tourner un documentaire sur Bouglione ? Seul un psychopathe pourrait présenter Faites entrer l'accusé ? Seul un colvert pourrait s'exprimer sur le drame des canards dans le sud-ouest ? C'est à peine moins caricatural que cela. La ficelle est, si j'ose dire, elle aussi un peu grosse. Et l'accusation aussi absurde que dangereuse pour la démocratie. Je sais bien que la meilleure défense c'est l'attaque, encore faut-il vérifier qu'il y ait des raisons d'attaquer.

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