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Orthographe : doit-on écrire "oignon" ou "ognon" (et à quoi servait la lettre "i" à l'origine) ?

Muriel Gilbert explique l’une des orthographes mystérieuses de notre langue baroque…

Image d'illustration

Crédit : doina-gavrilov/unsplash

Pourquoi l'oignon a-t-il un i ?

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Muriel Gilbert

Parlons d’un accident de la langue française, amis des mots, l’un de ces carambolages qui expliquent en partie la délirante fantaisie de notre langue. Depuis les rectifications de l’orthographe de 1990, on a le choix d’écrire notre soupe à l’oignon O.I.G.N.O.N ou bien O.G.N.O.N. Je crois que je préférerai toujours la graphie que j’ai apprise à l’école, celle avec un I, mais je dois bien reconnaître qu'elle n’a pas grand-chose de logique, puisque ce i ne se prononce pas et que O.G.N.O.N. se lit bien "onion".

Mais savez-vous d’où vient ce i ? Il s’agit d’une invention des lettrés du Moyen Âge. Ils avaient trouvé cette combine d’ajouter un i avant le couple de lettres G+N pour indiquer qu’il fallait le prononcer comme dans oignon, dans mignon, dans magnifique ou dans montagne et pas comme dans pugnace ou dans gnou, dans gnome ou dans diagnostic – eh oui, G+N peut se prononcer de deux façons, gueneu ou nieu.

L’essentiel du français est issu du latin, or en latin on prononçait toujours le g et le n séparément, comme dans gnome et dans gnou. Avec le temps, chez nous, on s’est mis, dans la plupart des cas (mais pas toujours, c’est bien le problème), à prononcer "nieu". C’est pourquoi, à l’époque médiévale, on a eu l’idée de mettre en place cette convention : quand G+N se prononce nieu, allez hop, on met un i devant ! Le i de l’oignon est un reste de cette époque. On n’était pas censé prononcer ce i (pas dire ouanion par exemple, comme on l’entend parfois dans certaines régions).

Le cas Michel de Montaigne

Mais, au passage, on n’aurait pas davantage dû dire "araignée"... Eh non ! Au départ, on a "aranea" en latin, qui a donné "aragne" en ancien français, puis on a ajouté ce i pour s’assurer que l’on prononce bien aragne et non araG-Ne... et finalement on a fini par prononcer le i, et l’aragne est devenue araigne – puis araignée, mais c’est une autre histoire. 

De même, le philosophe Michel de Montaigne s’appelait en fait Michel de Montagne, le i a été ajouté pour qu’on ne dise pas MontaG-Ne... et finalement on a lu Montaigne ! Bref, certains de ces i devant GN sont restés en place, comme celui de l’oignon, celui de Montaigne et celui de l’araignée. Parfois, ils ne se prononcent pas, comme dans l’oignon, parfois, à force de lire ce i on a cru devoir le prononcer, comme dans le nom de Michel de Montaigne. 

Et finalement, lors d’une réforme de l’orthographe, on a retiré tous ces i, du moins ceux qui n’en étaient pas venus à se prononcer… sans quoi notre montagne s’écrirait avec un i, comme Montaigne ! Bon, en tout cas, pour l’oignon, aujourd’hui, on a le choix : OGNON ou OIGNON.

Peut-on parler de "bébés" pour les animaux ?

Quant à la question du jour, elle est arrivée sur la page Facebook du Bonbon sur la langue. Grégoire m’écrit ceci : "Bonjour, on entend et lit souvent que des animaux décèdent, accouchent, ont des bébés, sont des mamans, des papas, ça m’écorche les oreilles ! Est-ce une erreur de français ou une évolution de la langue ?" Intéressante question… je serais presque tentée d’en déduire que Grégoire n’est pas un grand ami des animaux. 

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Mais d’abord, il a raison : décéder, accoucher, avoir des bébés, en toute rigueur, ces termes s’appliquent aux humains. Si je trouvais en corrigeant un article du Monde la mention de l’accouchement d’une chienne, par exemple, je corrigerais en "mise bas". De même, une chatte, une lionne ou une brebis n’a pas de bébés mais des chatons, des lionceaux, des agneaux… ou des petits. On ne parle pas non plus de décès d’un animal mais simplement de sa mort. Il n’en reste pas moins que les personnes qui sont attachées à leurs animaux de compagnie en parlent souvent ainsi, comme ils parleraient d’humains. C’est une marque de leur affection, une manifestation du fait que cet animal fait partie de la famille. Et ce n’est surtout pas interdit !

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