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"Mon papa, il est policier" : effet de style ou faute de français ?

La correctrice de RTL se penche sur une façon de parler qui ne concerne plus seulement les enfants...

Image d'illustration

Crédit : alexandr-podvalny/unsplash

Muriel Gilbert

Le sujet du jour porte un nom compliqué, mais c’est un truc tout simple, que tout le monde fait, et d'ailleurs surtout les enfants. Il s’agit de répondre à la question de Loïck, habitant près de Fontainebleau, qui m’écrit ceci sur Instagram : "Bonjour chère Muriel, J’entends de plus en plus les journalistes utiliser un élément de langage qui me gêne : ‘Le gouvernement, il a décidé…’ ; ‘La météo, elle nous dit que…’ ; ‘L’accusé, il a répondu…’, etc. Est-ce correct ?"

Cette façon de parler, que nous adoptons tous parfois (peut-être pas Loïck !), fleure bon la cour de récré : "Mon papa, il est policier", "Ce vélo, il est à moi." Au lieu, bien sûr, de "Mon papa est policier", "Ce vélo est à moi".

Je comprends bien ce qui agace notre ami des mots : on répète le sujet de la phrase par un pronom (ce vélo, il ; mon papa, il) alors que c’est superflu, et que cela alourdit inutilement la phrase. Cette tendance est d’autant plus surprenante que, je le fais souvent remarquer dans le Bonbon sur la langue, l’usage raccourcit habituellement tout ce qu’il peut, pour aller au plus rapide. Là, on rallonge, puisqu’on ajoute un mot inutile.

Une figure de rhétorique en bonne et due forme

Alors pourquoi ? Il s’agit, explique le site de l'Académie française, de donner de l’emphase à son propos, d’insister sur ce qui est important. Évidemment, l’opération se fait inconsciemment. Autre avantage, elle vous donne le temps de réfléchir à la suite de votre phrase. La chose est considérée comme une figure de rhétorique en bonne et due forme, figurez-vous – si, si –, et qui plus est porteuse d’un nom pompeux vaguement intimidant : la "dislocation à gauche".

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En fait, on place le sujet en tête de phrase ("Mon papa,"), en l’isolant à l’écrit de ce qui suit par une virgule, et, comme on écrit de gauche à droite, le sujet est séparé du reste et placé à gauche. Hop : dislocation à gauche. Maaais attention, on peut aussi disloquer à droite, comme dans : "Il est policier, mon papa", "Il est à moi, ce vélo !"

Cela provoque le même effet d’insistance. Et le phénomène peut se produire avec d’autres éléments de phrase, un complément d’objet, par exemple, comme si je dis "Les Bonbons sur la langue, Loïck les aime" ou "Du café, j’en bois plein".

Noble figure de style

L'Académie, si prompte à critiquer tout écart de langage, juge cet usage correct, ainsi qu’elle le confirme sur son site : si "les tout jeunes enfants [en] usent aussi inconsciemment et aussi volontiers que Monsieur Jourdain usait de la prose (…), il est loisible aux adultes d’en faire également usage pour donner de l’emphase à leur propos. Il s’agit en effet d’un procédé d’insistance parfaitement licite."

Bon, évitons quand même d’en abuser, au risque de faire d’une noble figure de style un agaçant tic de langage – et c’est sans doute pour cela qu’il l’a relevé, Loïck ( !). Précisons aussi que si la chose passe à l’oral, il est conseillé de l’éviter à l’écrit, où le français n’aime pas les répétitions.

Allez, on finit par la question du jour, celle de Jade, sur Instagram, qui a été déstabilisée par une affiche aperçue au consulat de France en Suisse, où il était question de "Français résidents à l’étranger". "Je me demandais si cette phrase était correcte", m’écrit-elle. Eh bien chère Jade, je suis d’accord avec vous, c’est un peu maladroit, et je préfère nettement l’autre formule que vous proposez : "Français résidant à l’étranger" avec un A. Bon voyage en Suisse !

(Ah, pour les amis des mots franciliens, il reste quelques places pour venir corriger la "une" du Monde avec moi dimanche prochain dans le cadre du 11e Festival du Monde. Dépêchez-vous de vous inscrire. 

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