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Langue française : “vélo musculaire”, "téléphone filaire", "lave-linge"... Muriel Gilbert s’amuse de la “rétronymie”

Muriel Gilbert s’amuse de la “rétronymie”, phénomène curieux qui rebaptise les objets de notre quotidien...

Un vélo électrique

Crédit : Shutterstock

Muriel Gilbert

Ah, c’est que j’avais grand hâte de vous parler du sujet d’aujourd’hui. Avez-vous jamais entendu parler de "rétronymie", amis des mots ? Inconnu au bataillon ? Je m’en doutais un peu. Moi-même, je viens de découvrir ce mot. Pourtant, j’avais bien remarqué le phénomène. C’est une collègue correctrice au journal "Le Devoir", à Montréal, qui a attiré mon attention sur cette nouveauté (coucou Christine !). 

D’abord, c’est un mot tout neuf, j’adore ça. Enfin, tout neuf à l’échelle de l’histoire de notre langue : il a été inventé aux Etats-Unis en 1980, mais il n’est pas encore dans mes dicos préférés, le Petit Robert et le Petit Larousse. En revanche, on le trouve dans le Wictionnaire en ligne, qui le définit comme un "Mot créé spécialement pour signifier un objet précédemment connu sous un nom devenu ambigu"...

Mais encore ? Tenez, il y a un rétronyme qui m’a frappée récemment, inventé par les vendeurs de vélos. Depuis le Covid, on a vu une véritable explosion de l’usage de la bicyclette, et de sa version à assistance électrique en particulier. Au point que, dans les rayons, on a vu apparaître la mention "vélos musculaires" pour les différencier des vélos électriques. Eh bien "vélo musculaire" est un rétronyme, un nouveau nom inventé pour préciser un nom ancien devenu ambigu à cause de l’apparition d’une réalité nouvelle.

Souvent l’évolution technologique qui est à l’origine de la création de rétronymes

La même chose s’est produite au moment de la généralisation des téléphones portables : on s’est mis à parler de "téléphones filaires". On n’en avait jamais parlé avant. On n’avait jamais non plus qualifié un téléphone de "fixe" avant qu’on invente le téléphone mobile. Idem, on ne parle d’appareils photo argentiques que depuis que les appareils numériques sont apparus. Ou encore, tenez, quand j’étais petite, on ne parlait pas de "lave-linge". Pourquoi ? Parce que le lave-vaisselle n’était pas répandu. On ne disait pas lave-linge, mais machine à laver. Avec l’apparition de la machine à laver la vaisselle, la machine à laver tout court a disparu, et on s’est mis à parler de lave-vaisselle et de lave-linge. Lave-linge est un rétronyme.

C’est donc souvent l’évolution technologique qui est à l’origine de la création de rétronymes. Mais il y a aussi quelques exemples de rétronymes historiques. Ainsi, après la première guerre mondiale, les Français qualifiaient assez logiquement la période qu’ils vivaient "d’après-guerre". L’irruption de la seconde guerre mondiale a changé cela, et il a fallu renommer les années de 1919 à 1939 "l’entre-deux-guerres". "Entre-deux-guerres" est un rétronyme !

On ne parle plus de "montre-bracelet"

Le phénomène inverse se produit aussi parfois. On ne parle plus de "montre-bracelet", on dit "une montre" tout court. Pourquoi ? Parce qu’on parlait de montre-bracelet à l’époque où il fallait la différencier de la montre gousset ou de la montre de poche. Depuis qu’il n’y a plus que des montres que l’on porte au poignet, la montre-bracelet a disparu au profit de la "montre" tout court. Mme Larousse, M. Robert, pour votre édition 2028, si vous ajoutiez le mot rétronyme ?

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