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Langue française : faut-il écrire "une chose que je n’ai pas fini" ou "une chose que je n’ai pas finie" ?

La correctrice de RTL revient sur un cas épineux de participe passé…

Image d'illustration

Crédit : steven-wong/unsplash

Muriel Gilbert

Une question venue d’Allemagne, ce matin, amis des mots – de Solingen, entre Cologne et Düsseldorf. "Je suis en train de lire un roman de Fred Vargas, m’écrit Nathalie sur l’Instagram du Bonbon sur la langue, et une phrase me gêne, enfin l’orthographe d’un mot. Je cite Fred Vargas : 'Ah, une dernière chose, que je n’ai pas fini de développer dimanche soir’. Je trouve qu’il manque un E à fini, poursuit notre amie des mots, mais je me demande aussi si cette absence de E est due à une règle tarabiscotée que, quelle honte, je ne connaîtrais pas !"

Encore le participe passé, eh oui, et pas de honte à avoir, Nathalie, il fait trébucher tout le monde ! En effet, il y a règle tarabiscotée sous roche – et donc pas de faute, ouf, dans le roman de Fred Vargas. Je comprends bien ce qui a induit Nathalie en erreur : en effet, on écrirait bien "une chose que je n’ai pas finiE" : c’est le cas typique du participe passé avec l’auxiliaire avoir qui s’accorde avec le complément d’objet direct placé avant lui (je n’ai pas fini quoi ? une chose, COD, placé avant, on accorde fini au féminin).

Alors, pourquoi n’accorde-t-on pas dans l’exemple tiré du roman de Fred Vargas ? Eeeh… parce que dans ce cas "une chose", justement, n’est pas le COD. La phrase d’origine, rappelons-le, est "une dernière chose, que je n’ai pas fini de développer". Je n’ai pas fini quoi ? Pas "une chose", je n’ai pas fini "de développer" ! Bref, "une chose" est bien placé avant le participe, mais ce n’est pas le COD, donc on n’accorde pas.

Vous vous souvenez de ma baguette magique à accorder les participes passés, amis des mots ? Dans ce cas elle fonctionne très bien. Je vous la rappelle : au moment d’écrire le participe passé (ici, "fini/e"), pour décider si on doit l’accorder, on se pose la question "qu’est-ce qui est ?". Si la réponse est déjà sur la feuille, on accorde avec ce qui est (ici, ce qui “n’est pas fini”), autrement on considère qu’on ne sait pas avec quoi accorder et on laisse le participe invariable. Dans notre cas, "une chose que je n’ai pas fini/e de développer", "qu’est-ce qui n’est pas fini ?" On ne le sait pas encore au moment où on écrit fini, et donc on n’accorde pas ! Hop-là. Je rappelle que cette baguette magique est une combine, pas une règle, et qu’elle fonctionne on va dire 9 fois sur 10… ce qui n’est pas si mal, si vous voulez mon avis.

De l'aragne à l'araignée

On passe à la question du dimanche ? Aujourd’hui c’est moi qui l’ai choisie – eh oui ! Hier, je vous racontais la naissance étonnante du mot araignée dans notre langue, et j’avais dit qu’on y reviendrait. Eh bien revenons-y. Pour ceux qui n’étaient pas à l’écoute, rappelons qu’araignée vient du latin aranea, qui a d’abord donné aragne en ancien français.

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À l’époque médiévale, on a ajouté un i (qui aurait dû rester muet) devant le couple de lettres GN. Il s’agissait d’une convention destinée à indiquer que l’on prononçait bien aragne et non araG-Ne... et finalement, par erreur, à force de lire ce i, on a fini par le prononcer, et c’est ainsi que l’aragne est devenue araigne. Mais comment est-elle devenue araignée ? Eh bien au départ, figurez-vous, le mot araignée désignait la toile. Une araignée était ce que faisait une araigne, comme la poignée est ce que contient le poing ou la brassée ce que contiennent les bras.

Et finalement, on a confondu l’œuvre et l’artiste, et l’araigne a disparu au profit de l’araignée, tandis que l’araignée prenait le nom de "toile d’araignée". "Dans ses Fables, remarque l’Académie française sur son site, La Fontaine emploie indifféremment araignée et aragne." En tout cas voilà comment, par des erreurs successives, l’aragne d’antan est devenue araignée d’aujourd’hui.

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