1. Accueil
  2. Culture
  3. Culture générale
  4. Jeanne d'Arc : pourquoi sa mise à mort a tant marqué les témoins de l'époque ?
4 min de lecture

Jeanne d'Arc : pourquoi sa mise à mort a tant marqué les témoins de l'époque ?

Arrêtée en 1430 à Compiègne, Jeanne d'Arc est ensuite livrée aux Anglais qui n'ont qu'un objectif : la brûler sur la place publique.

La statue de Jeanne d'Arc à l'hôtel Groslot d'Orléans
La statue de Jeanne d'Arc à l'hôtel Groslot d'Orléans
Crédit : GUILLAUME SOUVANT / AFP
Jeanne d'Arc : celle qui fit craindre le pire à son bourreau
00:43:41
Lorànt Deutsch - Entrez dans l'histoire
Lorànt Deutsch

Au début de l’année 1430, Jeanne jette son dévolu sur la ville de Compiègne, assiégée par les Bourguignons. Et là, c’est le drame : isolée au cours d’une sortie, elle se retrouve bloquée devant les portes qui se referment brutalement, avant d'avoir pu passer le pont-levis.


Jeanne se retrouve à terre, prisonnière de Jean de Luxembourg, un seigneur au service du puissant duc de Bourgogne. Celui-ci exige une rançon de dix mille livres tournois pour la livrer aux Anglais. En attendant l’issue des tractations, au cours desquelles l’ingrat roi de France ne se manifeste même pas, Jeanne essaie de s'échapper par deux fois, mais elle échoue.

Les Anglais, eux, paient la rançon rubis sur l’ongle le 21 novembre 1430. Ils veulent la Pucelle vivante, afin d’exhiber comme un trophée celle qui leur a causé tant de dommages. Jeanne est confiée à Pierre Cauchon, évêque de Beauvais, allié des Anglais, qui l'emmènent à Rouen, où se situe leur quartier général. C’est alors que commence un procès au verdict couru d’avance. Mais Jeanne n’a pas dit son dernier mot…

Un procès qui n'est autre qu'une caricature de la justice

Le procès de Jeanne d’Arc est passé dans l’Histoire comme un monument d’iniquité. C’est un procès voulu par les Anglais, mais confié à l’Église. L’objectif est de condamner symboliquement comme sorcière celle qui leur a infligé de terribles défaites et qui a mené Charles VII à son sacre. On veut prouver que c’est au diable, et non à Dieu, que la France doit ses victoires. C’est donc un procès purement politique qui prend le masque de l’Inquisition

À lire aussi

Les juges ont été dépêchés de l’Université de Paris, sous la houlette de l’évêque Pierre Cauchon, qui est aussi le conseiller du roi d’Angleterre. Il est donc juge et partie. Il faut imaginer la pauvre Jeanne, du haut de ses dix-neuf ans, amaigrie et fatiguée après des mois de captivité, toute seule pour sa défense, devant ce groupe d’éminents savants et théologiens, plus d’une centaine de chanoines, abbés, évêques et assesseurs qui la bombardent de questions, toutes plus pernicieuses les unes que les autres. 


Et pourtant, c’est au cours de ce procès que Jeanne va montrer toute sa vaillance et sa force intérieure en répondant avec son éloquence légendaire à tous les crimes qui lui sont reprochés. Soixante-dix chefs d'accusation sont avancés, mais Jeanne a réponse à tout et finit même par déconcerter ses juges. Insolente, rusée, sublime, elle se défend. Suivant l’inspiration de ses Voix, qui lui auraient dit : "Réponds hardiment, Dieu t’aidera", Jeanne apparaît comme l’illustration de cette célèbre parole d’Évangile : "ce que Dieu a caché aux doctes et aux prudents, il l’a révélé aux simples".

Une première sinistre mise en scène de bûcher

Mais quoi qu’elle puisse répondre, son sort semble déjà scellé : les Anglais veulent la brûler. Jeanne se sait condamnée, "Il n'y avait personne au tribunal qui ne tremblât de peur", racontera plus tard un témoin. Au mieux, Jeanne pourrait obtenir l'incarcération à vie dans une prison d’Église, en abjurant ses prétendues erreurs, l’évêque Cauchon n’y serait pas opposé. C’est pourquoi, alors que le procès touche à sa fin, il organise une sinistre mise en scène au cimetière de Saint-Ouen de Rouen, devant un bûcher prêt à être allumé devant une foule hostile. Coup de théâtre : Jeanne prend peur et signe l'acte d'abjuration ! 

Les choses auraient pu en rester là, mais ce serait sans compter sur la détermination des Anglais. Quelques jours plus tard, Jeanne se rétracte, en revêtant à nouveau des habits hommes, l’un des péchés qui lui est reproché. On peut aisément imaginer pourquoi Jeanne a enfilé ces habits : on sait qu’elle se sentait plus en sécurité avec des vêtements masculins, car elle a subi deux tentatives de viol dans sa cellule par ses geôliers anglais.

Par ce geste, Jeanne est "relaps", c’est-à-dire retombée dans l’hérésie. Cette fois, elle ne peut plus éviter le bûcher. Cauchon vient constater la chose, mais c'est une simple formalité. "Évêque, je meurs par vous", lui lance Jeanne. Celui-ci, peut-être pris de remords, l’autorise à se confesser et à communier, ce qui n’est pourtant pas permis aux hérétiques. Décidemment, il n'y a rien de réglementaire dans ce procès, rien de cohérent, sinon la volonté farouche des Anglais de condamner au pire supplice la Pucelle qui leur a donné tant de cauchemar.

Et un supplice qui a fait "pleurer tout le monde"

Le 30 mai 1431, vers 9h, Jeanne en tunique de toile soufrée est conduite, sous escorte anglaise, dans la charrette du bourreau sur la place du Vieux Marché de Rouen, où l’on a dressé le bûcher sur une estrade maçonnée pour qu’elle soit bien en vue.

Jeanne monte au supplice avec courage. Elle demande un crucifix, on lui en fabrique un en bois, qu’elle presse contre elle. Un prêtre va chercher une grande croix dans l’église et la tend bien haut pour qu’elle périsse en voyant l’image du Christ, son Seigneur. Après avoir prononcé six fois le nom de Jésus, tandis que les flammes commencent à dévorer son corps, elle le crie une dernière fois, et sa tête retombe sur son épaule. Jeanne avait 19 ans. 

Le greffier rapporte que tout le monde pleurait, même l’évêque Cauchon et le bourreau, le plus marqué, qui confiera peu après que "jamais l’exécution d’aucun criminel ne m’a donné tant de crainte que l’exécution de cette pucelle". 

20 ans après, un nouveau procès entrepris par Charles VII déclare le premier procès et ses conclusions "nuls, non avenus, sans valeur ni effet" Jeanne est entièrement réhabilitée. Cinq siècles plus tard, elle est canonisée par l’Église Catholique. La Pucelle devient Sainte Jeanne d’Arc, seconde patronne de la France après la vierge Marie. 

La rédaction vous recommande

L’actualité par la rédaction de RTL dans votre boîte mail.

Grâce à votre compte RTL abonnez-vous à la newsletter RTL info pour suivre toute l'actualité au quotidien

S’abonner à la Newsletter RTL Info

Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires.
Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Signaler un commentaire

En Direct
/