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Doit-on dire maligne... ou maline ?

Il fut un temps où un homme pouvait être maligne, mais ce n’était pas un compliment, raconte Muriel Gilbert.

livres (image d'illustration)
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Crédit : dariusz-sankowski/unsplash
Quand les hommes étaient malignes...
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Muriel Gilbert

Ce matin, on parle de mots qui ont changé de sens… Le français évolue sans cesse : comme je l’explique souvent ici, c’est le propre des langues vivantes. En dehors des mots nouveaux qui entrent chaque année dans les dictionnaires, la langue change aussi d’une façon plus discrète, quand le sens des mots se modifie. Or, on n’imagine pas à quel point c’est fréquent. En général, un mot commence par devenir polysémique (par avoir plusieurs sens), puis il arrive que le deuxième sens passe en premier… et parfois même efface l’ancien !

J’écrivais l’autre jour à une copine que j’étais très maligne (eh oui !), et tout à coup je me suis demandé si l’on disait bien maligne, ou si c’était maline... A votre avis, amis des mots : on dit “Stéphane est malin”, mais dit-on “Muriel est maline” ou “Muriel est maligne” ?

La réponse est : les deux, mais pas tout à fait n’importe quand. Larousse.fr explique que “Malin fait au féminin maligne (comme bénin fait bénigne). Cependant, la forme féminine maline (…) est de plus en plus courante à l’oral (probablement par analogie avec des paires comme marin / marine, salin / saline, etc.).” Mais le dictionnaire enchaîne avec cette recommandation : “Dans l’expression soignée, employer (…) maligne plutôt que maline.” En somme, on peut utiliser les deux, mais maligne est plus élégant…

Un homme maligne

Mais imaginez-vous que, au moment où l’adjectif est arrivé en français, au début du XIIe siècle, il était employé “aux deux genres sous la forme maligne”, nous apprend le Dictionnaire historique de la langue française. Bref, on disait “une femme maligne, un homme maligne”. « Ce n’est qu’au XVe siècle, sur le modèle des adjectifs en in/ine [taquin, taquine ; câlin, câline] qu’on a formé le masculin malin ». Puis ce malin-là a donné lieu à la version maline !

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Quelle histoire, n’est-ce pas ? Et ce n’est pas fini, car attention, dans certains cas, on ne peut pas du tout employer maline. En effet, malin a deux sens bien différents. Et pour vous l’expliquer, je dois remonter le temps à nouveau. Au Moyen Age, si l’on disait de vous que vous étiez maligne, c’était loin d’être un compliment : le sens originel de malin renvoie à la méchanceté, figurez-vous. Il vient du malignus latin, qui veut dire exactement cela : “méchant, perfide”, et qui d’ailleurs dérive de malus, “mauvais” – qui a aussi donné son nom à cette mauvaise habitude des assureurs, le malus. C’est également pourquoi on appelle parfois le diable le Malin, avec une majuscule cette fois. Et c’est encore ce sens qui explique que l’on parle de “mélanome malin” ou de “tumeur maligne”. Dans ce sens-là, on n’a pas le choix : c’est la version maligne qui s’applique.

Le sens de rusé, dégourdi (j’adore cet adjectif : dégourdi !) de malin est apparu au XVIIe siècle, et c’est le sens le plus courant aujourd’hui. Pour l’anecdote, l’antonyme de malin/maligne (son opposé), bénin/bénigne (comme dans “un malaise bénin, une maladie bénigne”), a vécu la même histoire : il vient du latin bene, qui veut dire “le bien” et qui a donné lieu à une excellente habitude des assureurs, le bonus !

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